Cancer : les copies de biomédicaments prêtes à (un peu) soulager les systèmes de santé

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Le nouveau traitement de Novartis contre la leucémie aiguë lymphoblastique coûte 475.000 dollars par patient. Il faudra attendre de nombreuses années avant de voir arriver un traitement reproduisant ses effets, et permettant de faire baisser la note radicalement.
Le nouveau traitement de Novartis contre la leucémie aiguë lymphoblastique coûte 475.000 dollars par patient. Il faudra attendre de nombreuses années avant de voir arriver un traitement reproduisant ses effets, et permettant de faire baisser la note radicalement. (Crédits : DR)
Grâce au feu vert de la FDA, Allergan et Amgen pourront commercialiser le premier biosimilaire en oncologie aux Etats-unis, reproduisant les effets d'un anticancéreux de Roche. Ces copies de médicaments innovants vont faire baisser la note des organismes payeurs. Mais pas sûr qu'elles compensent l'inflation des prix des nouveaux anticancéreux.

Pour la première fois, l'Agence américaine des médicaments a approuvé un biosimilaire (traitement qui reproduit les effets d'un biomédicament) d'un anticancéreux, jeudi 14 septembre. Le Mvasi développé par Allergan et Amgen est similaire au bevacizumab (Avastin) de Roche, un médicament contre le cancer du sein métastatique. Les deux laboratoire sont également en attente d'une approbation en Europe. Sur ce marché, plusieurs biosimilaires ont été approuvés cette année, dont deux (un de Celltrion, l'autre de Sandoz, une filiale de Novartis) pour le rituximab (Rituxan et MabThera), un autre anticancéreux de Roche, dédié à la lutte contre des leucémies et des lymphomes. D'autres biosimilaires sont en cours de développement pour l'Herceptin, un autre anticancéreux de Roche.

Les biosimilaires en oncologie arrivent au compte-gouttes

Les biosimilaires en oncologie arrivent donc petit à petit sur les principaux marchés des médicaments. Ils devraient donner un peu d'air aux systèmes de santé et organismes payeurs européens et américains. En effet, ils concurrencent des traitements qui représentent plusieurs milliards de dollars par an pour les systèmes de santé, dont au moins 75% en Europe et aux Etats-Unis. Les ventes de MabThera/Rituxan atteignent 7,3 milliards de francs (6,35 milliards d'euros) en 2016 dans le monde. Celles de l'Avastin grimpent à 6,78 milliards de francs suisses (5,9 milliards d'euros).

Au total, les biosimilaires (comprenant les traitements non dédiés au cancer) permettront aux systèmes de santé européen et américain d'économiser environ 100 millions d'euros entre 2016 et 2020, grâce à des baisses de prix de 20% à 40%, selon le cabinet IMS. Avec l'arrivée d'un plus grand nombre de biosimilaires (six laboratoires conçoivent un biosimilaire du Herceptin par exemple) pour un médicament, certains acteurs voient des rabais plus élevés, comme Joseph Jimenez, patron de Novartis, qui assurait que les biosimilaires pourraient coûter 75% de moins que les produits imités. Pour cela, il faudra que les volumes de ventes de ces copies de biomédicaments suivent. Ce qui peut prendre plusieurs années. D'autant que les attaques en justice lancées régulièrement par les laboratoires contre leur concurrent cherchant à imiter leurs biomédicamenjts peuvent retarder leur mise sur le marché.

Les augmentations des coûts sont dopées par les nouveaux anticancéreux

Ces économies attendues en cancérologie seront-elles conséquentes ? Oui et non. Oui sur le papier, car les biosimilaires en oncologie en développement pour le marché américain imitent des traitements générant 30 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans le monde (en clair les trois principaux anticancéreux de Roche plus le pegfilgrastim d'Amgen utilisé dans le cadre des chimiothérapies). Le marché total des traitements concurrencés ou potentiellement concurrencés par des biosimilaires aux Etats-Unis dépassent les 60 milliards de dollars de revenus au total.

Mais d'un autre côté, les nouvelles immunothérapies, principales responsables des augmentations des dépenses dans le cancer, à l'instar de la France ou des Etats-Unis, ne seront pas concurrencés par des copies avant plusieurs années, en raison de brevets trop fraîchement déposés. Par ailleurs, l'arrivée d'un nouveau type d'anticancéreux, basé sur l'ingénierie du génome (des lymphocytes T sont modifiés pour reconnaître une tumeur et l'attaquer, puis injectés dans un patient) fait craindre une nouvelle flambée des prix. Récemment lancé outre-Atlantique, le nouveau traitement de Novartis contre la leucémie aiguë lymphoblastique coûte 475.000 dollars par patient - s'il donne des résultats satisfaisants. C'est deux fois plus que les dernières immunothérapies, chiffrées autour de 20.000 dollars pour six semaines de traitement, soit moins de 200.000 dollars l'année.

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