Les grands laboratoires pharmaceutiques multiplient les actions en justice pour retarder la commercialisation de ses reproductions de biomédicaments, et protéger les revenus de leurs blockbusters.
Johnson & Johnson n'a pas réussi à garder le brevet du Remicade, qui génère près de 7 milliards de dollars de revenus par an. Mais il compte bien bloquer la commercialisation du biosimilaire de Samsung. Il estime que le Sud-coréen n'a pas respecté la procédure demandée pour pouvoir lancer un biosimilaire sur le marché, qui réclame notamment le respect d'un délai entre le feu vert de l'Agence des médicaments et le lancement sur le marché.
Le marché américain, terrain des actions en justice
Cette nouvelle bataille judiciaire autour des biosimilaires rappelle celle menée par Amgen contre Sandoz (filiale de Novartis dédiée aux génériques et biosimilaires) depuis 2014 pour un biosimilaire du Neupogen, un traitement pour augmenter le nombre de globules blancs. Le laboratoire américain considère que la société suisse n'a pas respecté la régulation américaine, en proposant son produit sur le marché sans le notifier au laboratoire fabriquant le produit original, et n'a pas attendu 180 jours avant la commercialisation de son traitement, un délai fixé par la FDA.
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Gagner du temps
En recourant à ces actions judiciaires, les laboratoires espèrent gagner du temps et se retrouver en concurrence face à ces copies de médicaments le plus tard possible. De l'autre côté, l'intérêt des fabricants de biosimilaires, à l'instar des génériqueurs, est de s'emparer en premier des parts de marchés des biomédicaments orignaux, en fixant des rabais pour être adoptés rapidement par les organismes payeurs. D'autant que ces copies s'attaquent à des traitements plus complexes que les génériques, et réclament des investissements conséquents qui atteindraient jusqu'à plus de 100 millions de dollars.
Les fabricants de biosimilaires attendent un retour sur investissement rapide, d'autant que plusieurs laboratoires conçoivent des biosimilaires pour un même médicament et lorgnent le même marché. Pour l'Humira, il existe une douzaine de biosimilaires développés ou en cours de développement, par exemple.Autre exemple : l'Agence américaine des médicaments a approuvé deux biosimilaires pour le Remicade, l'un produit par Pfizer, l'autre par Samsung.
L'arrivée de ces biosimilaires commence à produire ses premiers effets. Par exemple, le Neupogen d'Amgen a perdu son statut de blockbuster en un an, passant de 1,05 milliards de dollars de ventes en 2015 à 765 millions de dollars en 2016, en raison notamment des parts de marché grignotées par le biosimilaire Zarxio de Sandoz, en Europe et aux Etats-Unis.
Des économies massives pour les organismes payeurs ?
Avec la faible implantation actuelle, le marché américain est la clé du développement des biosimilaires. Et l'élection de Donald Trump, qui a mis en avant la concurrence pour faire baisser les prix des traitements onéreux aux Etats-Unis, pourrait bien le favoriser.