Diabète : "une fracture sociale" dans l'accès à l'innovation en France

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Chaque année, 34.000 personnes meurent de complications dues au diabète en France.
Chaque année, 34.000 personnes meurent de complications dues au diabète en France. (Crédits : REUTERS/Radu Sigheti)
La Fédération française des diabétiques déplore la non prise en charge financière des capteurs de glucose en continu, un appareil susceptible d'améliorer le suivi de la maladie chronique et de d'empêcher certaines complications, qu'une partie des malades ne peut se payer. Le dispositif pourrait toutefois être pris en charge par l'Assurance maladie dans les mois à venir.

Si les questions de l'accès à l'innovation tournent beaucoup autour du prix onéreux des nouveaux anticancéreux, celle de l'accès pour tous à certains dispositifs médicaux fait également parler. Ainsi, la Fédération française des diabétiques et d'autres organisations militent pour le remboursement par l'Assurance maladie des capteurs de glucose en continu. Des pétitions circulent à ce sujet.

Ce capteur de glucose connecté permet d'automatiser le suivi de la glycémie, et d'optimiser les injections d'insuline. "C'est une amélioration de la qualité de vie et cela permet d'avoir un meilleur suivi rapport à la maladie", assure Caroline Guillot, responsable du Diabète Lab à la Fédération française des diabétiques.

"Un peu peu plus de 20.000 personnes disposent d'un capteur de glucose en continu en France. On crée une fracture sociale, entre les patients qui peuvent se le payer et ceux qui ne le peuvent pas. Il faut permettre à tous d'avoir accès aux innovations thérapeutiques", lance Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques, lors d'une conférence de presse, mardi 8 novembre. Le coût proposé par l'industriel est de 124 euros par mois, rappelle--t-il.

"Cet outil est disponible dans la majorité des pays occidentaux. La France est à la traîne en termes d'obtention du remboursement", avance le docteur Jean-Pierre Riveline, diabétologue à l'hôpital Lariboisière.

Les dangers d'un mauvais suivi

Avec cet outil, les diabétiques de type 1 qui représentent 10% des personnes touchées par la maladie en France, soit autour de 350.000 personnes, et une partie de ceux atteints d'un diabète de type 2 pourraient voir le suivi de leur maladie amélioré.

Le capteur est une vraie amélioration par rapport au suivi manuel, la glycémie capillaire. Celle-ci consiste à mesurer le taux de sucre dans le sang en prélevant une goutte de sang au niveau du doigt, puis en l'analysant avec un glucomètre. En moyenne, avec ce système, un patient fait deux glycémies par jour, alors que la Haute autorité de santé en préconise six.

Un mauvais suivi peut créer un diabète de type 1 mal équilibré pouvant entraîner des AVC, la cécité, des maladies du cœur, être responsable de la hausse du risque de démence chez les diabétiques.... Et le bilan est lourd. Au total, les diabètes de type 1 et de type 2 sont responsables de 34.000 morts en France, selon la Fédération française des diabétiques.

Une question de temps pour obtenir un remboursement

La mise en place du remboursement de ces appareils médicaux semble toutefois être une question de temps. La Haute autorité de santé a jugé en juillet que le capteur de glucose en continu Freestyle Libre, fabriqué par Abbott, améliorait le service médical rendu de façon "modérée" (ASMR III) et peut donc prétendre à une prise en charge de l'Assurance Maladie. Les autres capteurs de glucose en continu ont obtenu un ASMR IV, c'est-à-dire un service médical rendu faible, mais peuvent également prétendre à un remboursement, selon les critères de la Haute autorité de santé.

Les dossiers de demande de prise en charge viennent d'être déposés au Comité économique des produits de santé, en charge de la fixation des prix des médicaments et dispositifs médicaux pris en charge par l'Assurance maladie, rappelle Gérard Raymond. Mais le traitement des dossiers peut atteindre les 480 jours, selon le Syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem), alors que le CEPS dispose de 180 jours maximum pour le faire en théorie.

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Commentaires
a écrit le 11/11/2016 à 21:54 :
C est un appareil qui a changé la vie de ma fille de 17 ans diabetique, elle peut grace a cela se controler beaucoup plus dans la journee, et en toute discretion, meme en cours, meme dans la rue a travers un manteau. C est une revolution et c est inadmissible qu il ne soit pas encore rembourse alors que l on rembourse le patch des fumeurs. Et une chose encore plus inadmissible c est que certains patients selon les regions ont reussit a avoir des aides de la mdph et meme de la secu qui leur remboursent leur patch freestyle libre. C est la medecine des riches et des chanceux pour les autres tant pis, il n y a pas de mots pour definir cette aberation.
a écrit le 09/11/2016 à 11:05 :
J'aimerais savoir qui sont les membres de la fédération française des diabétiques (et autres organisations ???). Quelle est la proportion de membres qui sont en fait des professionnels de la profession médicale ou pharmaceutique ?
A vrai dire, cette innovation de la lecture en continu de la glycémie est susceptible d'améliorer l'équilibre glycémique des diabétiques. Mais jusqu'où. Une évaluation sérieuse est nécessaire avant de s'enflammer, et notamment d'un point de vue collectif, le rapport "coût / avantage".
Il faut vraiment approfondir ce sujet, qui n'est ici traité que superficiellement.
Réponse de le 14/11/2016 à 13:15 :
Avant de discréditer une association qui se bat pour des personnes qui n'ont pas choisi leur maladie (et dont je n'en suis pas membre), renseignez-vous un minimum s'il vous plaît.

D'une part, auprès de personnes qui ont la chance de pouvoir bénéficier de ce type de matériel (à titre personnel, ce système a réellement changé ma vie de malade, mes résultats d'analyse ainsi que ma vision de l'avenir, désormais un peu moins sombre quant aux complications éventuelles du diabète grâce à cette nouvelle forme de suivi, au quotidien). Il reste que l'apprentissage d'une hygiène de vie reste un prérequis indispensable.

D'autre part, référez-vous aux documents qui font foi. Il ne s'agit pas de "s'enflammer" sans "évaluation sérieuse". Je vous prierai de bien vouloir consulter les documents fournis par l'HAS ( http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2657325/fr/freestyle-libre ), qui mentionne pas moins de 4 études, dont 2 regroupant des cohortes de plusieurs centaines de patients. Évidemment, ne s'agissant pas de nouvelles molécules (donc pas de réelle étude d'effets secondaires ou autres), il n'y a pas des milliers de patients ni d'étude pré-clinique. Cela reste normal pour ce genre de dispositif. Si vous ne l'aviez pas remarqué, ces études n'ont pas été menées par les membre de l'AFD, mais par des scientifiques qualifiés. Et ces études ont elles-même été évaluées par l'HAS, qui aux dernières nouvelles n'est pas composée d'un groupe de gens pris au hasard dans la rue, mais de professionnels de la santé. Ces mêmes professionnels sont également en charge d'évaluer d'autres dispositifs de santé et autres médicaments, et sont, jusqu'à preuve du contraire, bien plus qualifiés que vous pour donner un avis tant sur la question scientifique que sur la question coûts/avantages.

Je tiens enfin à vous rappeler que cet article est paru dans la Tribune, qui est une revue de presse et d'information généraliste, et non pas une revue scientifique.
Réponse de le 17/11/2016 à 7:15 :
Ayez à l'esprit, que cet appareil d'un coût de 169 euros pour le pack de démarrage puis 59 euros tous les14 jours, permet de ne plus utiliser les autres appareils et bandelettes pour les relevés de glycémie quotidiens (parfois jusqu'à 7 ou 8 bandelettes par jour) , qui eux sont remboursés par la sécu depuis longtemps et au nombre de deux appareils par malade en cas de panne. Ce qui signifie, que les utilisateurs du freestyle libre vont permettre d'un côté une économie, donc un rééquilibre. Ce FSL est une avancée pour les malades. Outre un confort pour les enfants, et une facilité d emploi le suivi est plus régulier et permet et une meilleure gestion du diabète. Au final c'est économiquement rentable! Les non malades ne peuvent pas comprendre ça ????? Les enfants n'ont pas demandé à être malades, ni les adultes, d'ailleurs et je pense que nous préférerions tous acheter des jouets, des fringues ou autres que de devoir faire les achats de produits qui améliorent la vie des diabétiques. Nous préférerions tous la guérison et ne plus rien coûter à la sécu, que vivre avec ce Diabète à vie.
Réponse de le 17/11/2016 à 7:17 :
Ayez à l'esprit, que cet appareil d'un coût de 169 euros pour le pack de démarrage puis 59 euros tous les14 jours, permet de ne plus utiliser les autres appareils et bandelettes pour les relevés de glycémie quotidiens (parfois jusqu'à 7 ou 8 bandelettes par jour) , qui eux sont remboursés par la sécu depuis longtemps et au nombre de deux appareils par malade en cas de panne. Ce qui signifie, que les utilisateurs du freestyle libre vont permettre d'un côté une économie, donc un rééquilibre. Ce FSL est une avancée pour les malades. Outre un confort pour les enfants, et une facilité d emploi le suivi est plus régulier et permet et une meilleure gestion du diabète. Au final c'est économiquement rentable! Les non malades ne peuvent pas comprendre ça ????? Les enfants n'ont pas demandé à être malades, ni les adultes, d'ailleurs et je pense que nous préférerions tous acheter des jouets, des fringues ou autres que de devoir faire les achats de produits qui améliorent la vie des diabétiques. Nous préférerions tous la guérison et ne plus rien coûter à la sécu, que vivre avec ce Diabète à vie.
Réponse de le 18/11/2016 à 23:24 :
"Avant de s'enflammer"? 100% des gens qui l'ont testé ont dit que c'était un avantage énorme! Vous n'êtes pas diabétique ou, encore pire, trop dans le pessimisme, mais franchement, ne commentez pas quand vous avez rien d'intelligent à dire
Réponse de le 21/11/2016 à 12:33 :
Merci pour les retours qui malheureusement sont plutôt "enflammés", alors que j'appelais à la raison.
Il faut savoir que déjà avec la pompe à Insuline, certains diabétiques ne savent même pas changer les paramètres de bolus ou de basales. C'est le prestataire de services qui s'en charge à chaque visite (bimensuelle).
Dans le cas des capteurs de glucose en continu, c'est la machine (algorithme, programmation) qui va commencer à prendre le pas sur la décision et le choix du diabétique pour son comportement...
Je le répète : une évaluation, portant notamment sur l'amélioration de l'équilibre glycémique du "patient" relativement au système actuel (goutte de sang) et ainsi les complications évitées (rétinopathie, neuropathie périphérique, ...) doit être réalisée et communiquée.
Pour finir, aujourd'hui le traitement d'une insulinothérapie avec pompe nous revient à environ 7000 € par an. A quel coût cela reviendra-t-il avec le lecteur de glucose en continu ?
a écrit le 09/11/2016 à 9:13 :
Merci pour cet article, c'est grâce à des informations de ce genre que cela oblige les autorités à réagir, dommage que nos médias nous parlent essentiellement de n'importe quoi.
a écrit le 08/11/2016 à 16:38 :
La Fédération française des diabétiques et autres organisations qui militent pour le remboursement par l'Assurance maladie des capteurs de glucose en continu se heurtent en réalité à la totale incompréhension qui règne au sujet de l’auto-surveillance de la glycémie et au lobbying de laboratoires pharmaceutiques.
Les progrès en termes de traitements de contrôle qui ont une influence notable sur l'état de santé et les conditions de vie des diabétiques de type 1 comme de type 2 reposent essentiellement sur la mise au point d'un système d'auto-surveillance pratique, discret et efficient. L'occasion de souligner à quel point le concept de montre bracelet lecteur de glycémies baptisé " AWI GLUCOWATCH" élaboré par un diabétique permettrait de donner satisfaction aux diabétiques traités à l'insuline comme comme aux diabétiques de type 2, qu'il soient sédentaires comme très actifs. Qui plus est, on éviterait les coûteuses complications, hospitalisations et remboursements de bandelettes et autres accessoires d'un autre âge. Mais allez expliquer çà à l'Assurance maladie, des professionnels de santé voire à des start-up.

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