La France n'a plus les moyens de se payer un cancer incurable
Florence Pinaud
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Certains big pharmas annoncent - publiquement ou non - renoncer au marché français pour leurs nouveaux anticancéreux. C'est le cas de Janssen qui en a retiré son Carvykti début avril. La formule d'immunothérapie par cellules CAR-T contre les myélomes multiples (cancer de la moelle osseuse) avait bien été utilisée en France dans le cadre de la procédure dite "d'accès précoce". Mais lors de l'évaluation des progrès thérapeutiques de médicament (ASMR), la mauvaise note obtenue annonçait au labo qu'il aurait bien du mal à en tirer le prix espéré. Dans la mesure où son Carvykti soigne certains cas incurables avec des résultats parfois exceptionnels, Janssen sait bien que son traitement facturé quelque 500 000 $ aux États-Unis trouvera preneur sur d'autres marchés.
En France, notre 100 % ou presque remboursé par la Sécu a un prix, celui de la maîtrise des coûts. Le système actuel donne en effet un accès gratuit aux anticancéreux via l'hôpital. Pour le maintenir sans plomber les comptes de l'Assurance maladie, les politiques de santé imposent aux labos des négociations de prix toujours plus longues et complexes faute d'avoir trouvé une autre solution. C'est ainsi que le traitement par immunothérapie Keytruda (Merck MSD), initialement conçu contre le cancer de la vessie, a mis plusieurs années avant d'être accessible chez nous. Son prix revient à 6 000 € par mois de traitement par patient et il est désormais indiqué dans différents autres cancers.
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Aujourd'hui, l'évaluation administrative de l'ASMR est très mal adaptée aux innovations. Comme elle mesure l'intérêt du nouveau traitement au regard de ce qu'on utilise déjà sur la maladie, il lui faut un produit auquel se confronter. Avec des médicaments totalement nouveaux pour des cancers qu'on ne savait pas soigner, la commission botte en touche et attribue sa plus mauvaise note, faute de pouvoir comparer. Or comme cette note influence largement la négociation du prix remboursable, les labos vont voir ailleurs... Et les nouveaux traitements adaptés au malade s'adressent à des petits échantillons. Il n'y a pas assez de patients pour réaliser des essais comparatifs classiques.
Florence Pinaud