Pour se financer, les futurs champions français de la santé doivent composer avec un secteur gourmand en capitaux, une conjoncture difficile, et une dépendance quasi inévitable aux grands laboratoires.Et si dans vos pharmacies, vous ne trouviez plus du Sanofi, mais du ImChecks, de l'Aelis Farma ou de l'Inventiva ? Ces noms d'entreprises biotechnologiques ne vous disent sans doute rien, mais ils sont pourtant derrière de nombreux futurs traitements. Il y a un an, l'une d'entre elles, Genfit, a réussi le petit exploit de commercialiser l'élafibranor, son médicament contre une maladie rare du foie, sur le marché américain.
La molécule a aussi été approuvée dans l'Union Européenne. « En France, très peu de biotech ont des produits viables », souligne Pascal Prigent, le directeur de l'entreprise. La société lilloise n'a toutefois pas fait cavalier seul. Elle s'est appuyée sur le groupe Ipsen, numéro trois français du médicament, pour assurer l'obtention des autorisations réglementaires et la commercialisation.
Moteurs essentiels
Notre pays, selon France Biotech, compte environ 2. 700 start-up spécialisées dans la santé et qui emploient 75 .000 personnes. Dans cet environnement foisonnant d'idées, on remarque les imprimantes à ADN de DNA Script qui permettent de simplifier le travail des chercheurs en laboratoire, la technologie d'Aqemia alliant physique quantique et intelligence artificielle pour trouver de nouvelles molécules, ou encore les traitements prometteurs d'Inshake contre le cancer du sein.
Les biotech sont devenus les véritables moteurs de l'innovation thérapeutique. « Aujourd'hui, environ 80 à 90 % des traitements en cours de développement par les Big Pharma proviennent d'acquisitions de biotech », souligne Rémi Droller, associé chez Kurma, un fonds spécialiste de la santé. Car pour les grands laboratoires, impossible de maîtriser toute la chaîne de découverte de nouveaux traitements qui s'est considérablement complexifiée : thérapies géniques, médecine personnalisée, accès à des données de plus en plus fines... C'est donc aux biotech d'explorer les pistes.
Marine Protais et Simon Prigent