Quand les prix des anciens médicaments augmentent plus vite que ceux des nouveaux

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Le cyclophosphamide oral, un agent de chimiothérapie approuvé en 1959, a augmenté de 300% entre 2010 et 2015.
Le cyclophosphamide oral, un agent de chimiothérapie approuvé en 1959, a augmenté de 300% entre 2010 et 2015. (Crédits : Reuters)
Aux Etats-Unis, les prix des anticancéreux lancés sur le marché il y a plusieurs décennies augmentent plus rapidement que ceux arrivés ces vingt dernières années, malgré un brevet tombé dans le domaine public. Explication.

Alors que le débat fait rage autour du coût des nouveaux médicaments, un phénomène moins connu est pointé du doigt outre-Atlantique. Quand un médicament est sur le marché depuis plusieurs décennies, voyant ainsi son brevet tomber, son prix pourtant susceptible de continuer à augmenter. Cette tendance est confirmée par une étude diffusée par la publication scientifique Jama oncology, jeudi 6 octobre, sur les anticancéreux. Les auteurs ont étudié l'évolution des prix sur les cinq dernières années de 43 médicaments lancés entre 1949 et 1992 et 43 autres mis sur le marché entre 1992 et 2008. Ces derniers ont enregistré une hausse de 6,2% (chiffre médian) tandis que ceux des traitements les plus anciens ont crû de 22,7% entre janvier 2010 et janvier 2015.

Le rapport cite notamment l'exemple du cyclophosphamide oral, un agent de chimiothérapie approuvé en 1959. Il a augmenté de 300% après ajustement sur l'inflation. Les dépenses du système de santé américain dédiées à ce traitement sont passées d'un million à 90 millions de dollars sur la même période.

Pour les auteurs de l'étude, cela n'est pas justifié car "le prix de ces médicaments n'est pas en accord avec les bénéfices apportés".

Consolidation du secteur

Pour comprendre ce phénomène, il faut d'abord rappeler que le prix des médicaments peut régulièrement augmenter aux Etats-Unis, y compris celui des génériques. Car le pays se base sur une politique de l'offre et de la demande, contrairement à la France. "Il y a une négociation entre les laboratoires pharmaceutiques et les assureurs locaux. Pour cela, ces derniers ont la liberté ou non de finaliser la négociation sur les différents produits", expliquait à La Tribune Cédric Foray pour le cabinet de conseil EY.

Par ailleurs, une des raisons de l'augmentation des prix des génériques est la consolidation du secteur avec les fusions acquisitions entre "génériqueurs". Et ce, en raison d'un marché saturé peu avant 2010, offrant de faibles perspectives de croissance, comme l'explique un rapport d'Elsevier, éditeur et cabinet d'audit spécialisé dans l'industrie pharmaceutique. En outre, les faibles marges induites par les copies de médicaments ont réduit l'offre en générique avec moins d'acteurs entrants, ajoute le rapport.

Et si le nombre de fabriquant de génériques est réduit, la compétition entre ces derniers l'est également. D'ailleurs, Donald Trump et Hillary Clinton, candidats à la Maison Blanche, ont axé leur programme pour limiter la hausse des coûts des traitements sur l'importation de médicaments moins chers, y compris des génériques. La candidate démocrate insiste en outre sur des mesures pour renforcer la compétition entre médicaments génériques sur le sol américain.

L'argument du financement de l'innovation est-il crédible ?

Enfin, le document d'Elsevier évoque d'autres possible raisons à ces hausses comme la dépendance des "génériqueurs" à un seul fournisseur étranger pouvant créer des problèmes de pénuries. Enfin, est évoqué le manque de volonté de certains laboratoires de suivre une demande grimpante en génériques, cela impliquant des coûts élevés dans le développement de la chaîne de production pour des bénéfices jugés faibles.

Un chiffre explique l'augmentation du coût de certains anciens anticancéreux en particulier : 80% des pénuries de médicaments concernent des produits injectables, notamment utilisés en oncologie. Mais cela n'explique pas tout. Reste l'argument phare des labos pharmaceutiques : le financement de l'innovation. Les auteurs du rapport de JAMA oncology sont peu sensibles à ces arguments:

"Augmenter le prix des médicaments anciens peut poser question lorsqu'on considère que les dépenses de R et D ont eu lieu il y a longtemps et ont certainement déjà été récupérées."

Des hausses de prix scrutées par le Congrès et la justice américaine

Par ailleurs, des augmentations de prix jugées injustifiées ont attiré l'attention du Congrès américain, qui a multiplié les auditions de patrons de l'industrie pharmaceutique. Cela a récemment été le cas de Mylan pour l'augmentation du prix  d'un antihistaminique (un antiallergique), juste après le déclenchement du scandale de l'Epipen, un traitement contre les chocs allergiques dont le prix a été multiplié par six en quelques années.

La justice commence également à convoquer certains laboratoires pharmaceutiques pour enquêter sur ces pratiques, à l'instar de Valeant en octobre 2015 sur sa politique de tarification et de distribution des médicament .

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Commentaires
a écrit le 07/10/2016 à 17:32 :
C'est pour augmenter les marges bénéficiaires des actionnaires.

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