Comment les Hauts-de-France boostent leurs entreprises à l'industrie du futur

Quand on évoque l'industrie du futur, les freins et préjugés peuvent être nombreux du point de vue des TPE-PME. Dans les Hauts-de-France, des aides existent pour les entreprises régionales. L'écosystème a donné naissance à de belles réalisations, en termes d'évolution des process de fabrication, de formation à la production ou encore de modélisation. Tour d'horizon.

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(Crédits : Safran)

« Je préfère être dans l'industrie du futur que dans celle du passé », résume Thierry Favrez, directeur d'Apegelec Industrie, un fabricant d'armoires électriques industrielles, basé à Saint-Quentin, dans l'Aisne, qui emploie 80 personnes. « L'important, c'est de rêver. Je demande à mes collaborateurs de développer la créativité (trouver des solutions), la valeur ajoutée (ce que nous apportons) et la conduite du changement (en écoutant les besoins des clients) », résumait le chef d'entreprise lors des Rencontres de la recherche et de l'innovation en Hauts-de-France 2021.

Thierry Favrez l'admet : il y a huit ans, Apegelec perdait beaucoup d'argent. « L'armoire électrique était encore fabriquée entièrement à la main. Nous avons dû revoir notre process de fabrication, en installant des robots, en digitalisant l'atelier avec des tablettes numériques, en faisant évoluer les compétences, etc. : aujourd'hui, nous sommes bénéficiaires », constate le dirigeant, par ailleurs adhérent du club Robonumérique à Saint-Quentin.

Millefeuille de réseaux et d'aides

Selon lui, la région des Hauts-de-France possède un écosystème très dense. « C'est même un sacré millefeuille où l'on peut se perdre facilement, tellement il y a de réseaux et d'aides », explique celui qui est devenu « diagnostiqueur industrie du futur » pour justement aider ses pairs.

Aux côtés des clubs d'intérêt nés autour de l'industrie du futur comme Usine 4.0 ou Maintenance 4.0, seize entreprises régionales ont été labellisées Vitrine industrie du futur, via l'État et l'Alliance industrie du futur. Ce qui place les Hauts-de-France dans les premières régions à la pointe de l'innovation industrielle.

Parmi ces entreprises labellisées, on trouve les géants du ferroviaire Alstom à Petite-Forêt près de Valenciennes et SNCF à Hellemmes du côté de Lille, mais aussi de belles PME comme Lenze, spécialiste des systèmes d'automatisation à Ruitz, près de Béthune, Recytech, pionnière en matière de recyclage à Fouquières-lès-Lens, ou encore Stratiforme, expert des matériaux composites à Bersée près de Douai.

« L'industrie du futur, c'est un pas à oser franchir », résume Elodie Rohart à la direction de l'innovation et de la performance du conseil régional Hauts-de-France. Pour elle, le collaboratif, la digitalisation, le numérique, la maintenance prédictive ou l'économie circulaire nécessitent de se faire accompagner.

Le mouvement Rev3, révolution de la transition écologique initiée par le conseil régional et la CCI Hauts-de-France, a déjà soutenu des milliers d'entreprises depuis son lancement. De son côté, le conseil régional propose énormément d'aides pour les entreprises régionales. « La clef d'entrée peut être soit le conseil régional, soit les opérateurs comme les centres techniques, les pôles de compétitivité et les chargés de mission de la région intervenant auprès des entreprises des Hauts-de-France », souligne Elodie Rohart. Qui ajoute que toute demande doit toujours être effectuée avant sa réalisation.

Diagnostic financé à 90%

En Hauts-de-France, le Pack performance industriel permet de revoir un process de fabrication, une réorganisation, de monter en compétences ou de verdir une production. « La première étape est le Diagnostic Industrie du futur, avec 10 jours financés à 90% : cette analyse très ouverte permet de balayer de nombreux sujets », poursuit Elodie Rohart.

Viennent ensuite les financements et les subventions pour soutenir les PME, notamment pour les investissements productifs, avec éventuellement un bonus vert, pour l'économie de matière ou d'énergie.

La collaboration entre l'entreprise et l'académique, les centres techniques et les compétences présentes sur le territoire est encouragée, via la subvention d'un projet durant un à trois ans.

Concernant les ressources humaines, le Volontariat Territorial en Entreprise permet de donner un coup de pouce sur le recrutement, prioritairement d'un jeune diplômé, pouvant aller jusque 4.000 euros de subvention pour un contrat long. Le conseil régional est également l'autorité de gestion pour distribuer les fonds européens du FEDER, vers l'amélioration de la compétitivité des entreprises ou vers l'économie circulaire ou d'énergies.

Co-construction

Exemple de coopération entre laboratoires de recherche et entreprises, JUNAP (Jumeau Numérique d'un Appareil à Pression) est typique. « Un appareil à pression, c'est une sorte de grosse cocotte-minute utilisée par toutes les industries agroalimentaires ou chimiques », contextualise Jean Fagot, directeur de STCN, entreprise de chaudronnerie industrielle employant 50 salariés, installée à Grenay dans le Pas-de-Calais.

« L'intérêt du projet JUNAP, c'est de fabriquer un appareil à pression et le modéliser via ce jumeau numérique. L'appareil va être sollicité sur un certain nombre de cycles de fonctionnement afin de vérifier comment il se comporte. C'est la première fois qu'on compare la théorie des codes de fabrication à la pratique. »

« À la différence des maquettes, le jumeau numérique permet en effet des échanges d'information, entre la modélisation et le dispositif : des algorithmes vont récupérer la donnée d'utilisation et de fonctionnement afin permettre de prédire son fonctionnement et d'optimiser les conceptions futures », explique Mohamed Bennebach, directeur de la recherche et des programmes du CETIM (Centre technique dédié à l'industrie mécanique créé en 1965), spécialisé dans le transfert de technologie, appartenant au réseau de l'Alliance Industrie du futur.

Le directeur de l'entreprise de chaudronnerie industrielle s'ouvre ainsi un champ de possibilités, comme par exemple équiper les appareils à pression de capteurs pour proposer un monitoring à distance, sans intervention humaine. Ce projet JUNAP a réuni dans un consortium le CETIM, en tant que centre technique industriel coordinateur : Ineos, fabricant de plastique qui utilise des appareils à pression de manière régulière, l'entreprise de chaudronnerie STCN et l'IMT Nord Europe (ex-École des Mines de Douai). Jean Fagot, en tant chef d'entreprise de chaudronnerie en est convaincu :

« Nous sommes en train d'écrire une page de l'histoire qui est absolument fantastique. »

À Compiègne, dans l'Oise, pour remédier aux problèmes de recrutement, une école de production, baptisée O'Tech a même été créée par plusieurs industriels, sous l'égide de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), dans le cadre du plan de relance. « Ce projet est né de l'amitié et de la passion de trois industriels [Poclain Hydraulics Industrie, Zodiac et Constructions mécaniques de Chamant-CMC, Ndlr] », résume Olivier Le Maire, market business manager Europe chez Poclain.

« Nous avons fait le pari de l'industriel pour la réinsertion et accompagner les milliers de jeunes qui décrochent de leur scolarité. »

Dans cette école, chacun fabrique de vraies pièces, sur de vraies machines, pour honorer de vraies commandes. Une école du futur à ne pas mettre au passé.

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