DOSSIER MONDIALISATION- Bien que la filière du cycle reprenne de la vigueur à la faveur de l’engouement pour le vélo, l’essentiel des composants qui équipent les vélos assemblés en France provient encore d’Asie. A Saint-Lô dans la Manche, le fabricant des deux-roues Solex et Matra tente de se sevrer de ces pièces venues de l’autre bout du monde. Un bel exemple de relocalisation en Europe de la chaîne d'approvisionnement.Rares sont les Asiatiques qui s'alignent au départ du Tour de France et pourtant, ils sont bel et bien devenus les rois de la petite reine en l'espace de quelques décennies. Bruxelles a bien tenté de leur mettre des bâtons dans les roues à partir de 1993* en imposant des taxes anti-dumping aux vélos fabriqués en Chine. Las. L'UE n'a réussi que partiellement à endiguer la domination de l'ex-Empire du Milieu sur ce marché.
En effet, l'immense majorité (90%) des composants des vélos assemblés sur le vieux continent provient encore du pays de Xi Jinping ou de ses proches voisins. Pas seulement les systèmes de frein, de dérailleurs, de roues et de pneus, mais aussi le cadre, pièce maîtresse de l'industrie du cycle sur laquelle viennent se greffer toutes les autres. Résultat, l'engouement actuel pour le deux-roues, s'il est bénéfique pour le climat, profite surtout aux industriels asiatiques.
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Une fatalité ? Pas si sûr. La pandémie et son cortège de conséquences pourraient rebattre les cartes au sein de la filière. Illustration chez le spécialiste français du vélo électrique Easybike. Le groupe, créé en 2005, n'a pas attendu le coronavirus pour soigner son addiction à l'usine du monde. Après avoir racheté les marques Solex et Matra, il s'était distingué en 2015 en rapatriant l'assemblage de ces vélos réalisé en Chine et à Taïwan dans son usine de Saint-Lô. Laquelle était inaugurée la même année par l'ancien ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, chantre du Made in France.
La roue tourne
Depuis, son fondateur cherche à aller plus loin avec pour ambition de s'affranchir, au moins en partie, de sa dépendance aux composants asiatiques. « Nous avons été pionniers, nous voulons le rester », explique-t-il. La hausse vertigineuse du coût du transport « multiplié par sept » et la désorganisation de la production chinoise provoquée par le coronavirus poussent Gregory Trebaol à accélérer... autant par conviction que par obligation. Car cette nouvelle donne met son activité sous pression.