Veolia : comment Frérot veut solder l'héritage Proglio

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La Tribune Infographie
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Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, doit dévoiler ce mardi comment son groupe, fortement endetté par les nombreuses acquisitions de l'ère Proglio, va faire face. L'actuel PDG d'EDF ne lui facilite pas la tâche.

Attendu depuis le 29 juillet dernier, date du premier des deux avertissements sur résultats lancés par Veolia en cinq mois, le rendez-vous d'Antoine Frérot devant les analystes ce mardi est crucial. Le PDG de Veolia, qui a récupéré il y a exactement un an toutes les commandes du groupe des mains de son fondateur, Henri Proglio, va devoir être convaincant. Le titre a fondu de près de 57 % depuis le début de l'année. Les agences de notation commencent à regarder d'un oeil torve la dette imposante du groupe. La concurrence et l'exigence de transparence sur les marchés de l'eau font baisser les marges. Enfin la crise vient contrecarrer le modèle économique du groupe reposant sur la croissance.

Les marchés attendent des garanties sur le dividende, des objectifs de réduction des dépenses et de la dette, et surtout de nouvelles perspectives à moyen terme après l'annonce choc cet été d'un repli du groupe dans 40 pays contre 77 aujourd'hui. « Nous savons ce que nous voulons entendre mais que peuvent-ils nous dire ? » s'interrogeait la semaine dernière dans une note Vincent Gilles de Credit Suisse. « Je n'attends rien », affirme un autre analyste parisien. « Tous les patrons opérationnels ont changé depuis juillet. C'est trop court pour bâtir un nouveau plan stratégique. »

Ce n'est d'ailleurs pas l'intention d'Antoine Frérot qui ne prévoit pas de changement de cap. Plutôt une sortie des pays et des contrats peu ou pas rentables qui sont innombrables mais représentent un faible volume, selon le PDG. Quitter d'ici à fin 2013 près de la moitié des pays où il vend ses services de transport d'eau, de propreté et d'énergie, ne diminuera que de « moins de 10 % » les 34,7 milliards de facturation enregistrés en 2010.

Critique et amertume

« Malgré toute la violence et l'hostilité dont fait montre Henri Proglio ces derniers mois à son encontre, Antoine ne renie rien de son héritage. Au contraire », souligne un proche du PDG de Veolia. Après avoir récupéré en 2002 les activités environnement du naufrage de Vivendi, Henri Proglio a bâti Veolia en accélérant sa croissance à coups d'acquisitions souvent cher payées et d'endettement assumé. « Mais il a eu beaucoup de mal à lâcher les rênes. Depuis que les résultats de Veolia baissent, il est très amer, très critique », confirme un membre de son entourage.

Et Henri Proglio, qui a réussi à cumuler pendant un an la double présidence d'EDF et de Veolia, ne fait rien pour aider son ex-poulain. Ainsi, l'avertissement sur résultat qui a fait l'effet d'une bombe sur les marchés fin juillet, a été lancé à cause d'EDF. « Le 28 juillet, nous avons reçu un coup de fil d'EDF nous annonçant qu'ils allaient publier le lendemain des dépréciations importantes sur Dalkia en Italie », raconte un membre de la direction. Dalkia International étant une filiale à 50-50 des deux groupes, Veolia a dû annoncer de son côté ces provisions. Et en a profité pour ajouter des dépréciations liées à plusieurs autres contrats et pays.

Présent, et souvent critique, au conseil d'administration de Veolia, Henri Proglio se tient par ailleurs étroitement au courant de ce qui passe dans son ex-groupe. « À sa demande, des membres de la direction lui rapportent régulièrement en passant par-dessus Frérot, comme s'il était aux commandes », confie un expert du secteur. Il a cependant renoncé à faire d'EDF le premier actionnaire de Veolia. En lot de consolation, il fait le forcing ces derniers temps pour qu'EDF monte à 50 % au capital de Dalkia France et exerce un « cocontrôle » sur cette filiale commune.

« La dégringolade boursière de Veolia le met en délicatesse avec les actionnaires qu'il a fait venir au capital, comme le Qatar ou la famille Dassault », ajoute un connaisseur du groupe. La constitution d'un noyau dur a toujours été une obsession pour l'ancien PDG. « Cela reste une nécessité absolue, voire une urgence pour l'actuel patron qui mène des discussions dans ce sens », ajoute un proche de Proglio. Outre des relations très fortes avec les investisseurs, Henri Proglio se chargeait des liens avec les élus locaux. « Dans une entreprise aussi décentralisée, il faut une tête solide qui tienne les rênes d'une main de fer », note un spécialiste. Henri Proglio, à l'image de son mentor Guy Dejouany, le redouté patron de la Générale des Eaux, jouait ce rôle. « S'il y avait un problème quelque part, Proglio allait sur place sauver le coup », se souvient un ex-dirigeant du groupe. Antoine Frérot, même s'il a dirigé deux des quatre branches de Veolia depuis 1990, n'a pas le même entregent politique.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2011 à 13:02 :
Proglio, copain de Sarko, a réussi en endettant au maximum Veolia à avoir une superbe promotion à EDF. C'est un encouragement au crime. Mais entre copains...Si Sarko est réélu nous serons en COPINOCRATIE!
a écrit le 05/12/2011 à 10:18 :
Il semble grand temps de revoir les procédures de nomination des dirigeants de nos mammouths publics, avant que ces entreprises ne connaissent le sort des dits mammouths....
a écrit le 05/12/2011 à 8:52 :
Aujourd'hui Proglio, dont l'égo est surdimentionné, va engager la même politique incontrolée d'investissement chez EDF, en faissant payer ces acquisitions par une augmentation des tarifs des usagers (entreprises et particuliers) Merci la bonne gestion. En ces temps de crise, il faudrait licencier ce type de personnage.
Réponse de le 05/12/2011 à 10:05 :
Tout à fait d'accord avec vous! Comme si les taxes actuelles n'étaient pas suffisantes! La nomination de copains, malgré leurs résultats désastreux, à ces hauts postes, devient scandaleuse et insupportable.

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