À Hinkley Point, le rapprochement entre EDF et CGN, le dragon chinois

Marc Endeweld

Photo d'illustration
Reuters

Marc Endeweld

Photo d'illustration
Reuters
Pour EDF, c'est une mauvaise nouvelle supplémentaire : fin septembre, l'électricien annonçait que son chantier à Hinkley Point C en Grande-Bretagne, qui concerne deux réacteurs EPR, allait coûter plus cher que prévu, « entre 21,5 et 22 milliards de livres sterling » (25,2 et 25,8 milliards d'euros), en raison de l'allongement des délais pour finir les travaux. Mais à Hinkley Point, l'électricien français n'est pas seul dans l'aventure. Via sa filiale britannique EDF Energy, il est associé au groupe chinois CGN (China General Nuclear Power Group), son partenaire en Chine depuis les années 1980.
Les Français et les Chinois sont partenaires dans deux autres projets britanniques, l'un à Sizewell C, où deux réacteurs EPR doivent être également construits, l'autre à Bradwell B, où c'est le réacteur chinois Hualong qui doit être construit. Une première en Europe !
Outre-Manche, ce partenariat franco-chinois a donc provoqué plusieurs polémiques et fait couler beaucoup d'encre. À l'été 2016, la Première ministre Theresa May, fraîchement élue peu après le Brexit, annonçait même un report de la signature définitive des contrats, avant de se raviser quelques semaines plus tard. À l'origine, un premier accord stratégique avait été signé en octobre 2015, avant d'aboutir à une signature définitive en septembre 2016.
Côté français, le ministre de l'Économie de l'époque, un certain Emmanuel Macron, avait particulièrement tenu à la signature de ces contrats, malgré l'opposition des syndicats :
Lui aussi opposé à ces projets, le directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, un proche de l'ancien PDG Henri Proglio, avait démissionné quelques semaines plus tôt pour alerter l'opinion publique et les responsables politiques sur les risques financiers pris par le groupe. C'est en effet principalement EDF qui supporte les garanties, et les éventuels surcoûts de ces pharaoniques chantiers britanniques.
Toutefois, les chinois de CGN investissent désormais 8 milliards d'euros dans le projet alors qu'ils étaient initialement engagés à le financer à hauteur de 2 milliards. Chez EDF, Jean-Bernard Lévy s'en félicite. En interne pourtant, les inquiétudes sont grandes parmi les salariés de voir le géant chinois améliorer encore davantage son expérience technique sur le dos du groupe français, ce à quoi la direction rétorque : « On ne vend pas le même produit. »
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

De son côté, l'électricien chinois n'est pas pressé. Son objectif principal est de profiter de ce partenariat afin de certifier pour la première fois à l'international son modèle de réacteur Hualong, via l'autorité de sûreté britannique. Les accords entre Français et Chinois prévoient ainsi qu'EDF participe au processus de certification effectué par le régulateur britannique. En échange, CGN donne accès aux droits d'usage de la propriété intellectuelle de l'adaptation anglaise du Hualong au groupe français.
EDF se voit également octroyer le droit de construire le réacteur UK Hualong seul en France, avec CGN au Royaume-Uni, et dans le monde en dehors de la Chine. Cela permettra à l'électricien français d'élargir sa gamme de réacteurs à l'export, alors qu'il ne dispose que de la technologie EPR, voire de proposer, à terme, de construire ce type de réacteur... sur le territoire français. En Chine, le premier réacteur Hualong a été construit à Fuqing en cinq ans et mis en service en 2019, pour un coût inférieur à 6 milliards de dollars.
À lire également
En Grande-Bretagne, le processus de certification se poursuit. L'Office for Nuclear Regulation (ONR), l'autorité de sûreté britannique, et l'Environment Agency ont achevé, fin novembre 2018, la deuxième étape du processus de certification du design du réacteur, le Generic Design Assessment (GDA), qui en compte quatre. La dernière étape pourrait d'ailleurs s'achever courant 2020, autorisant le consortium EDF Energy-CGN à solliciter l'autorisation de construction d'un réacteur à Bradwell avant l'été 2021. Pour EDF, le compte à rebours a commencé : le groupe réussira-t-il à proposer un nouveau modèle EPR, plus économique, d'ici là ?
Marc Endeweld