À Hinkley Point, le rapprochement entre EDF et CGN, le dragon chinois

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(Crédits : Reuters)
ENQUÊTE SUR LA FILIÈRE NUCLÉAIRE FRANÇAISE 4/4. Au Royaume-Uni, EDF collabore avec le groupe chinois CGN sur trois sites nucléaires. Au programme : construction de plusieurs EPR, mais également partage de la licence d'un réacteur 100 % chinois, le Hualong.

Pour EDF, c'est une mauvaise nouvelle supplémentaire : fin septembre, l'électricien annonçait que son chantier à Hinkley Point C en Grande-Bretagne, qui concerne deux réacteurs EPR, allait coûter plus cher que prévu, « entre 21,5 et 22 milliards de livres sterling » (25,2 et 25,8 milliards d'euros), en raison de l'allongement des délais pour finir les travaux. Mais à ­Hinkley Point, l'électricien français n'est pas seul dans l'aventure. Via sa filiale britannique EDF Energy, il est associé au groupe chinois CGN (China General Nuclear Power Group), son partenaire en Chine depuis les années 1980.

Les Français et les Chinois sont partenaires dans deux autres projets britanniques, l'un à Sizewell C, où deux réacteurs EPR doivent être également construits, l'autre à Bradwell B, où c'est le  réacteur chinois Hualong qui doit être construit. Une première en Europe !

Risques financiers

Outre-Manche, ce partenariat franco-chinois a donc provoqué plusieurs polémiques et fait couler beaucoup d'encre. À l'été 2016, la Première ministre Theresa May, fraîchement élue peu après le Brexit, annonçait même un report de la signature définitive des contrats, avant de se raviser quelques semaines plus tard. À l'origine, un premier accord ­stratégique avait été signé en octobre 2015, avant d'aboutir à une signature définitive en septembre 2016.

Côté français, le ministre de l'Économie de l'époque, un certain Emmanuel Macron, avait particulièrement tenu à la signature de ces contrats, malgré l'opposition des syndicats :

« Le projet d'Hinkley Point promeut dans le monde notre savoir-faire dans cette technologie majeure. C'est aussi un projet nécessaire pour la présence d'EDF en Grande-Bretagne », avait-il déclaré au "Journal du Dimanche" en avril 2016.

Lui aussi opposé à ces projets, le directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, un proche de l'ancien PDG Henri Proglio, avait démissionné quelques semaines plus tôt pour alerter l'opinion publique et les responsables politiques sur les risques financiers pris par le groupe. C'est en effet principalement EDF qui supporte les garanties, et les éventuels surcoûts de ces pharaoniques chantiers britanniques.

Toutefois, les chinois de CGN investissent désormais 8 milliards d'euros dans le projet alors qu'ils étaient initialement engagés à le financer à hauteur de 2 milliards. Chez EDF, Jean-Bernard Lévy s'en félicite. En interne pourtant, les inquiétudes sont grandes parmi les salariés de voir le géant chinois améliorer encore davantage son expérience technique sur le dos du groupe français, ce à quoi la direction rétorque : « On ne vend pas le même produit. »

De son côté, l'électricien chinois n'est pas pressé. Son objectif principal est de profiter de ce partenariat afin de certifier pour la première fois à l'international son modèle de réacteur Hualong, via l'autorité de sûreté britannique. Les accords entre Français et Chinois prévoient ainsi qu'EDF participe au processus de certification effectué par le régulateur britannique. En échange, CGN donne accès aux droits d'usage de la propriété intellectuelle de l'adaptation anglaise du Hualong au groupe français.

Élargir la gamme

EDF se voit également octroyer le droit de construire le réacteur UK Hualong seul en France, avec CGN au Royaume-Uni, et dans le monde en dehors de la Chine. Cela permettra à l'électricien français d'élargir sa gamme de réacteurs à l'export, alors qu'il ne dispose que de la technologie EPR, voire de proposer, à terme, de construire ce type de réacteur... sur le territoire français. En Chine, le premier réacteur Hualong a été construit à Fuqing en cinq ans et mis en service en 2019, pour un coût inférieur à 6 milliards de dollars.

En Grande-Bretagne, le processus de certification se poursuit. L'Office for Nuclear Regulation (ONR), l'autorité de sûreté britannique, et l'Environment Agency ont achevé, fin novembre 2018, la deuxième étape du processus de certification du design du réacteur, le Generic Design Assessment (GDA), qui en compte quatre. La dernière étape pourrait d'ailleurs s'achever courant 2020, autorisant le consortium EDF Energy-CGN à solliciter l'autorisation de construction d'un réacteur à Bradwell avant l'été 2021. Pour EDF, le compte à rebours a commencé : le groupe réussira-t-il à proposer un nouveau modèle EPR, plus économique, d'ici là ?

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Commentaires
a écrit le 13/12/2019 à 11:48 :
Les chinois viennent reprendre la main sur le projet parce que nous sommes totalement à la ramasse, c'est aussi simple et brutal que cà.

Si ça continue c'est eux qui viendront terminer Flamanville et racheter une partie de la filière nucléaire française en perdition.
a écrit le 13/12/2019 à 10:19 :
Vu l'état de notre "know how" dans le domaine du nucléaire, je gage que les surcoûts en Angleterre seront pharaoniques pour EDF/le contribuable français et rentrera dans le tonneau des danaïdes de la dette.

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