Crise de l’énergie : plus d'une ETI sur quatre risque de rester sur le carreau

Pour 27% des 5.500 entreprises de taille intermédiaire françaises, la crise de l’énergie risque d'avoir des effets « destructeurs » qui les mettraient potentiellement sur la touche, alerte à La Tribune le mouvement de défense des intérêts des ETI (METI). Car les réponses apportées par le gouvernement ne suffiront pas à compenser l’envolée des tarifs, à moins de revoir les conditions d’accès au guichet d’aide au paiement des factures de gaz et d’électricité, fait valoir l’organisation. Ce qui implique de négocier avec la Commission européenne, a priori défavorable à des aides d'Etat aux grandes structures.
Selon le METI, Bercy se montre pour l'instant incapable de fournir des « réponses adaptées » aux entreprises de taille intermédiaire.
Selon le METI, Bercy se montre pour l'instant incapable de fournir des « réponses adaptées » aux entreprises de taille intermédiaire. (Crédits : Reuters)

Les boulangers et autres petits commerçants ne sont pas les seuls professionnels dont l'activité se voit menacée par la crise de l'énergie. Si l'on en croit le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI), les sociétés qui comptent entre 250 et 4.999 salariés risquent, elles aussi, de passer très rapidement dans le rouge face à l'augmentation des tarifs. Et pour cause, certaines se trouvent dans l'« angle mort » de l'Etat, pour l'instant incapable de leur fournir les « réponses adaptées », affirme son délégué général, Alexandre Montay.

Pourtant, ce ne sont pas les signaux d'alarme qui manquent. De fait, presque la moitié d'entre elles verront leurs factures de gaz et d'électricité plus que doubler en 2023 par rapport à 2021, selon les chiffres du METI. Ce qui « bouleverse leur modèle économique », et rend « certaines d'entre elles énergo-intensives en termes de coûts », souligne Alexandre Montay.  Un phénomène « destructeur », dont le gouvernement ne prendrait pas toute la mesure. Car après l'annonce la semaine dernière d'un encadrement des tarifs de l'électricité pour les TPE (moins de 10 salariés), auquel s'ajoutera une ristourne dont pourront également bénéficier les PME (moins de 250 salariés), les ETI s'estime défavorisées. Chiffres à l'appui, Alexandre Montay l'assure : selon les sondages réalisés auprès des membres du METI, plus d'un quart de ces entreprises resteraient sur le carreau.

Réponse partielle

Concrètement, il n'existe aujourd'hui qu'un seul dispositif pour accompagner les quelque 5.500 ETI françaises : le guichet d'aide au paiement des factures de gaz et d'électricité. Pour en bénéficier, une entreprise doit prouver deux choses. Premièrement, que le tarif de l'énergie qu'elle consomme pendant la période de demande d'aide a doublé par rapport au prix moyen payé en 2021. Deuxièmement, que ses dépenses d'énergie pendant cette même période représentent plus de 3% de son chiffre d'affaires de 2021. Si elle répond à ces critères, elle pourra alors toucher un montant plafonné à 4 millions d'euros.

Ainsi, environ 40% des ETI pourraient y avoir accès et parvenir à amortir en partie le choc des prix, et près de 30% n'auront pas besoin d'y faire appel, « parce qu'elles se sont couvertes à des tarifs acceptables, ou parce que l'énergie n'est pas vraiment central dans leur modèle d'affaires », explique Alexandre Montay. Résultat : il resterait 27% d'entre elles « sans aucune solution tenable », soit parce qu'elles sont inéligibles à toute aide, soit parce qu'un chèque de 4 millions ne leur suffirait pas pour tenir bon.

Un plafond à 50 millions d'euros inaccessible, selon le METI

Et pourtant, il existe a priori des alternatives afin de leur venir à la rescousse. Car deux autres plafonds d'aides ont été créés pour les entreprises qui auraient besoin d'un accompagnement financier conséquent : l'un à 50 millions d'euros, l'autre à 150 millions. Cependant, les critères pour y prétendre s'avèrent très restrictifs.

« Pour en bénéficier, les dépenses d'énergie devaient déjà dépasser 3% du chiffre d'affaires en 2021, ou aller au-delà de 6% du chiffre d'affaires au premier semestre 2022. Cela signifie qu'il faut soit avoir été déjà énergo-intensif en 2021, avant que les prix n'augmentent, soit essuyer une hausse conséquente début 2022, alors que l'explosion des coûts est surtout arrivée après », fait valoir Alexandre Montay.

Cela exclut de facto les ETI qui ont connu une explosion de leur coût d'énergie en 2022 et 2023 et qui ont besoin d'aides couvrantes au-delà de 4 millions d'euros, tout spécialement les ETI de l'agro-alimentaire.

Et ce n'est pas mieux pour le deuxième critère, estime le délégué général du METI : « On demande en plus de présenter un excédent brut d'exploitation (Ebitda) soit négatif, soit en baisse de 40 % sur la période. Mais avec des résultats pareils, la survie du modèle économique de l'entreprise est déjà menacée ! », souligne-t-il.

Bruxelles veille au grain

Dans cette situation, le METI espère une révision rapide des critères. « Pour le volet à 50 millions d'euros, il faut que la référence sur les dépenses énergétiques se cale sur les tarifs payés actuellement par les sociétés, et non pas ceux de 2021 ou début 2022 ! », demande Alexandre Montay. Quant au seuil d'Ebitda, une baisse entre 20% et 30% devrait suffire pour pouvoir réclamer plus de 4 millions d'euros, ajoute-t-il.

Reste à voir si le gouvernement accèdera à ces requêtes. Car tout ne dépend pas que de l'Hexagone : la Commission européenne veille au grain, afin d'éviter la multiplication des aides d'Etat aux grandes entreprises, et ainsi garantir la concurrence entre les Vingt-Sept. « Pour Bruxelles, accompagner les petites sociétés et les consommateurs ne pose pas problème, mais on doit éviter de soutenir les plus grosses structures, afin de ne pas altérer la compétitivité entre pays », explique Jacques Percebois, économiste et spécialiste de l'énergie.

« Le gouvernement est en cours de négociation avec la Commission européenne. Nous l'encourageons dans cette démarche. On sait qu'elle a dans son viseur l'aide publique aux grands groupes, mais les ETI ne sont bien souvent que des PME qui ont grandi ! », défend Alexandre Montay.

La suite pourrait bien lui donner raison, alors que l'exécutif bruxellois tend à assouplir ses règles face à la crise historique de l'énergie qui secoue l'Europe. « L'Allemagne a annoncé un vaste plan de 200 milliards d'euros pour aider massivement son industrie, et la Commission ne s'y est pas fermement opposée. Elle restera vigilante, mais devrait permettre des écarts », analyse Jacques Percebois. Selon le METI, ne pas faire bouger les lignes reviendrait en tout cas à contraindre les entreprises à faire des arbitrages défavorables à l'investissement et à l'emploi.

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Commentaires 14
à écrit le 16/01/2023 à 16:47
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Titre totalement exagéré de la Tribune: il faut réfléchir un peu mieux à ce qu'on écrit dans un grand quotidien économique français !! Comment croire un instant qu'un quart des plus belles entreprises de taille intermédiaire va "rester sur le carreau...

à écrit le 16/01/2023 à 16:42
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Titre totalement exagéré de la Tribune: il faut réfléchir un peu mieux à ce qu'on écrit dans un grand quotidien économique français !! Comment croire un instant qu'un quart des plus belles entreprises de taille intermédiaire va "rester sur le carreau...

à écrit le 16/01/2023 à 11:06
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Mais c'est bien ce qu'on voulait, non ? Consommer moins d'énergie, sauver la planète, tout ça. On devrait être content que des entreprises ferment

à écrit le 16/01/2023 à 10:41
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Et alors ce qu'il en sera des PME et TPE si les ETI, peu nombreuses en France seront touchées à ce point par la crise énergétique ?

à écrit le 16/01/2023 à 10:21
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Ahh le libéralisme a du bon, selon EM, surtout en période de crise ou les acteurs peuvent littéralement se goinfrer au risque de mettre à mal des pans entiers de l'économie. Mais c'est sur, même avec des conseillers de Ceuc Lui Qui sait (McKinsey) ça...

le 16/01/2023 à 12:02
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Il restera dans les annales (e.m .) Le plus performant des suivistes de la politique étrangère américaine. Une France dévastée aux forces vives enchaînées mais pour combien de temps ?

à écrit le 16/01/2023 à 10:20
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Ahh le libéralisme a du bon, selon EM, surtout en période de crise ou les acteurs peuvent littéralement se goinfrer au risque de mettre à mal des pans entiers de l'économie. Mais c'est sur, même avec des conseillers de Ceuc Lui Qui sait (McKinsey) ça...

à écrit le 16/01/2023 à 10:15
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L'argent se sera pas perdu pour tous. L'energie doit rester un service public et il convient de stopper net la spéculation et de fermer les officines des copains des puissants. Cela n'aurait jamais du arriver nous revivons la crise des années 70 ...

à écrit le 16/01/2023 à 9:43
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Je pense que certains politiques vont devoir rendre des comptes pour leur choix de politique énergétique devant les français, ce ne sont pas les chèques qui y feront quelque chose,et ce sont des milliers d emplois qui vont être détruit.en activit...

à écrit le 16/01/2023 à 9:23
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L'Europe a prévu de s'occuper du prix de l'énergie en 2023 peut être 2024...pendant ce temps là !

à écrit le 16/01/2023 à 9:14
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L’environnement global français est trop volatile (inflation, coûts de l’énergie, mouvements sociaux, politiques gouvernementales de partage de la valeur et de faire porter les coûts des décisions hasardeuses des politiques sur les entreprises, ceci ...

à écrit le 16/01/2023 à 9:09
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des cheques, quoi qu'il en coute, et le jour ou ca coute, de l'indignation sur les profiteurs de guerre ( mais pas la cgt sncf ou les fonctionnaires qui ont eu des augmentations, hein, eux, c'est des profiteurs justes)........HOLLANDE et ROYAL ont de...

à écrit le 16/01/2023 à 8:01
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Les dragons célestes vont pouvoir y faire leurs courses.

à écrit le 16/01/2023 à 7:07
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