LA TRIBUNE - En 2022, les entreprises énergo-intensives ont été frappées de plein fouet par la flambée des prix de l'électricité dont les prix ont grimpé jusqu'à 1.000 euros le mégawattheure (MWh) contre moins de 100 euros en 2021. Quel bilan tirez-vous de cette année extraordinaire ?
NICOLAS DE WARREN - Le poids de l'énergie pour les entreprises énergo-intensives représente entre 10 et 60% des coûts de production. Dans la production d'aluminium, de chlore ou d'ammoniac, par exemple, l'énergie issue souvent d'électricité ou de gaz représente 60 à 80% des coûts variables et 60% des coûts de production. Problème, en 2022 les prix de l'électricité et du gaz ont explosé. Concernant le gaz, les stratégies de couverture varient en fonction des modèles d'affaires et des choix d'entreprise. Avec des prix très élevés entre 150 et 200 € le MWh, certains acheteurs ont pu fractionner leurs achats à terme par lots, de 10 ou 15% par exemple, pour essayer de profiter d'éventuelles opportunités baissières. Concernant l'électricité en revanche, pour la partie non couverte par l'Accès régulé à l'électricité nucléaire historique (ARENH) à 42 euros le MWh, les acheteurs ont dû se couvrir dans des conditions très défavorables fin décembre mais certains ont pris le risque de ne pas se couvrir intégralement vu le niveau très élevé des cours. Tout est question de perception fine et d'analyse des micro-signaux de marché, mais la couverture à terme est loin d'être une science exacte !
Toujours est-il que, face à la très forte hausse des coûts de production, il y a une diminution de la consommation d'énergie, de l'ordre de 10-15% chez les industriels électro-intensifs de la chimie, des métaux et autres secteurs. Cette baisse de consommation est également justifiée par le ralentissement de la demande pour début 2023. Il y a eu en général des "arrêts chauds" de production, c'est-à-dire partiels, avec l'activation des dispositifs d'activité partielle. Il est assez simple de réduire de 20 à 30% le rythme de production par exemple alors qu'il est beaucoup plus complexe et coûteux d'arrêter complètement une usine qui fonctionne en continu.