EDF respire : l'EPR de Flamanville évite un nouveau retard important

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a indiqué ce mercredi ne pas avoir d'objection de principe à la solution proposée par EDF pour résoudre les derniers problèmes observés sur le réacteur EPR de Flamanville. Alors que la construction de ce réacteur de nouvelle génération accumule les déboires depuis des années, cette mesure évite ainsi à EDF des réparations plus complexes qui auraient menacé la mise en service de Flamanville prévue fin 2022 tout en alourdissant davantage la facture. Les autres solutions auraient en effet provoqué un retard de plusieurs années. Cette annonce intervient alors que le place du nucléaire est, non seulement, l'un des sujets phares de la campagne présidentielle, mais aussi au coeur de la stratégie énergétique d'Emmanuel Macron. Après avoir annoncé un investissement d'un milliard d'euros pour développer des petits réacteurs, le chef de l'Etat envisage de lancer six nouveaux EPR en France.

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(Crédits : Benoit Tessier)

EDF peut souffler. Le risque d'un nouveau gros retard s'éloigne pour l'EPR (réacteur pressurisé européen) de Flamanville dans la Manche. Accusant déjà un décalage de dix ans, un nouveau dérapage aurait fait couler beaucoup d'encre à l'heure où la place du nucléaire dans le mix énergétique français est, non seulement, l'un des sujets phares de la campagne présidentielle, mais aussi l'une des priorités du chef de l'Etat pour la France de 2030, en cas de réélection. La réussite de Flamanville est en effet critique au moment où Emmanuel Macron envisage de lancer la construction de six nouveaux EPR dans l'Hexagone pour réussir la transition énergétique. Le sujet divise. Les Insoumis et les écologistes y sont hostiles tandis que la droite, Arnaud Montebourg et l'extrême-droite sont favorables.

 Aujourd'hui, la mise en service fin 2022 de Flamanville est confortée par la décision, ce mercredi, de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Le gendarme du nucléaire a en effet, validé la solution la plus simple d'EDF pour résoudre le dernier problème observé en 2018 sur le réacteur nucléaire de 3ème génération. Une solution qui visiblement permet, selon EDF, de tenir les délais, alors que les autres pistes à l'étude pouvaient provoquer un retard de plusieurs années.

"Piquages"

Dans le détail, l'ASN a jugé "acceptable" la solution des soudures dites de "piquages" proposée par l'énergéticien pour régler le problème d'écart de conception sur les raccordements de tuyauterie. Le "piquage" correspond justement à la partie d'une tuyauterie qui permet de raccorder les tuyauteries les unes avec les autres. En début d'année EDF avait signalé à l'ASN un écart de conception concernant trois piquages du circuit primaire (dans lequel circule l'eau qui refroidit le coeur du réacteur).

Tout en demandant des éléments complémentaires, le gendarme du nucléaire ne s'oppose pas à la pose d'un collier de maintien sur ces raccordements de tuyauterie. L'ASN "considère que la solution proposée par EDF est acceptable dans son principe" mais "se prononcera définitivement lorsque EDF aura apporté les éléments attendus concernant la démonstration de l'efficacité du dispositif, les exigences de conception, de fabrication et d'exploitation applicables aux colliers et la qualité des soudures d'implantation autour desquelles ces colliers seront montés", indique le gendarme du nucléaire.

De facto, avec cette solution, l'énergéticien évite des réparations plus lourdes, qui l'auraient obligé de décaler une nouvelle fois le calendrier et auraient provoqué des surcoûts supplémentaires par rapport aux plus de 12 milliards d'euros accumulés jusqu'ici.

Six EPR annoncés avant la fin de l'année ?

L'annonce de l'ASN intervient alors qu'Emmanuel Macron pousse les feux sur l'atome. Après avoir relancé dans France 2030 le programme de petits réacteurs (SMR), essentiellement pour l'export, le chef de l'Etat souhaite, selon le Figaro, annoncer avant les fêtes de fin d'année la construction de nouveaux EPR. Le projet est déjà sur la table. Au printemps dernier, EDF a proposé au gouvernement un projet de construction de six EPR, dont le coût était estimé jusque-là à 46 milliards d'euros. Fin 2020, le conseil d'administration d'EDF avait identifié formellement les sites capables d'accueillir les futurs EPR, à la centrale de Penly (Seine-Maritime), de Gravelines (Nord) et dans la région Rhône-Alpes. EDF souhaite une décision rapide pour pouvoir les lancer le plus tôt possible afin de les mettre en service à partir de 2035. "Les procédures et la construction prennent du temps", avait déclaré en septembre Jean-Bernard Lévy, le PDG d'EDF pour justifier un lancement le plus tôt possible. Emmanuel Macron ne devrait pas se prononcer avant la publication prévue la semaine prochaine d'un rapport de RTE sur le mix énergétique. Il sera suivi le lendemain de la publication du rapport de l'association négaWatt qui milite pour un mix énergétique « 100% renouvelable ».

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                            ENCADRE : près de 15 ans de galère pour l'EPR

2004 : les débuts

En 2004, feu vert du gouvernement à la construction d'un réacteur nucléaire de 3e génération, dit EPR (réacteur pressurisé européen) sur le site de Flamanville. Il doit devenir la vitrine commerciale de la filière nucléaire française.

Le premier béton est coulé fin 2007 pour une mise en service prévue pour 2012. Dès l'année suivante, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) fait état de fissures dans le béton de la plateforme, les travaux sont suspendus un mois.

A partir de cette date, la facture de l'EPR, de 3,3 milliards d'euros en 2006, sera sans cesse réévaluée par EDF.

2010/2011: premier report et décès

En 2010, EDF annonce le premier report, à 2014, de la "première production commercialisable" de l'EPR.

En 2011, deux ouvriers sont victimes de chutes mortelles sur le chantier, un 3e décède dans un accident de la route en rentrant chez lui.

Nouveau report fixé à 2016.

En 2014, Bouygues TP est condamné à 75.000 euros d'amende pour homicide involontaire d'un soudeur, une des deux victimes ayant chuté sur le chantier. La société est relaxée en appel, mais condamnée à 8.000 euros d'amende.

2015: anomalies sur la cuve

En 2015, découverte d'une anomalie dans la composition du couvercle et du fond de la cuve fabriqués par Areva. Des défauts de soudure sont aussi détectés sur le réacteur.

A la fin de l'année, l'ASN donne son feu vert à un programme d'essais d'Areva. Un an plus tard, Areva annonce que des "anomalies" ont été détectées dans le suivi des fabrications d'équipements au sein de son usine du Creusot (Saône-et-Loire) où a été fabriquée la cuve.

2018: avis de l'ASN contesté

EDF commence la phase des essais préalables au démarrage du réacteur, confirmé pour fin 2018, avant sa mise en service commerciale fin 2019.

Le 10 octobre 2018, l'ASN donne son feu vert à la mise en service de la cuve du réacteur à condition que des contrôles soient effectués pendant son utilisation.

Ces contrôles n'étant pas réalisables sur le couvercle actuel, le gendarme du nucléaire demande son remplacement avant 2025.

L'avis de l'ASN est contesté par Greenpeace et trois autres associations.

2019: des soudures défaillantes

En 2018, EDF annonce des "écarts de qualité" sur des soudures du réacteur situées dans la traversée de l'enceinte de confinement, la grosse structure de béton qui doit retenir les éléments radioactifs en cas d'accident. EDF propose de laisser huit soudures en l'état en prouvant avec des essais qu'elles ne posent pas de problème de sûreté, et de renforcer les contrôles pendant le fonctionnement du réacteur.

A ce stade la mise en service commerciale est prévue pour 2020.

Report à 2022 et lourde facture

En juillet 2019, EDF annonce que la mise en service du réacteur "ne peut être envisagée avant fin 2022", compte-tenu du délai nécessaire pour réparer les huit soudures.

Le 29 septembre, le ministre de l'Économie Bruno le Maire fustige des "dérives inacceptables" et dit attendre un "audit totalement indépendant".

Le 9 octobre, EDF annonce que la facture devrait s'alourdir de 1,5 milliard d'euros pour atteindre 12,4 milliards d'euros suite aux problèmes de soudures.

Le 27 mai 2021, l'ASN prévient que les solutions envisagées par EDF pour résoudre le dernier problème en date rencontré sur le chantier, celui de soudures dites de "piquages" - la partie d'une tuyauterie qui la raccorde à une autre -, ne permettront pas toutes de respecter le calendrier du chantier.

Le 20 octobre, l'ASN juge "acceptable" la solution proposée par EDF pour résoudre le problème des soudures sans retarder ce calendrier, à savoir la pose d'un collier de maintien sur les raccordements de tuyauterie, tout en demandant des éléments complémentaires.

(avec AFP)

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Commentaires 5
à écrit le 21/10/2021 à 19:25
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J’espère qu’il y aura des poursuites judiciaires pour les responsables. 10 ans de retard, un coût énorme. Le contribuable dit stop.

à écrit le 21/10/2021 à 12:37
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Et si il y a une vague de 14m, comme à Fukushima ca se passe comment ?

à écrit le 21/10/2021 à 11:01
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Le nucléaire est une filière locale d'excellence qui nous permet d'être indépendant sur le plan de la production d'électricité. Qui plus est, le nucléaire est bas carbone et nous évite l'importation massive d'éoliennes et de panneaux solaires produit...

le 21/10/2021 à 16:37
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Sauf que c est 120 euros le MWH nucleaire nouveau contre 40 euros le MWH eolien offshore Sauf que il faut importer de l uranium qui se fait de plus en plus rare et donc cher sauf que il faut 15 ans pour en construire

à écrit le 21/10/2021 à 9:15
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De reports en reports... Avril 2007 : fin du chantier prévue en 2012 Octobre 2010 : fin du chantier prévue en 2015 Juillet 2011 : fin du chantier prévue en 2016 Décembre 2012 : fin du chantier prévue en 2016 Novembre 2014 : fin du chantier prévu...

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