France : ce scénario qui trace un futur neutre en carbone en 2050…sans nucléaire

Un avenir énergétique décarboné grâce aux énergies renouvelables, sans devoir recourir à l’atome : l’association négaWatt présente ce mercredi un avant-goût de son scénario pour la France de 2050, dans l’espoir d’influer sur le débat public quelques mois avant l’élection présidentielle. Elle incite notamment à s’attaquer au gaspillage énergétique, en misant sur la sobriété et l'efficacité, avec une division par deux de la consommation d’énergie finale d'ici à 30 ans.

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L’association prône une relance industrielle « vertueuse » combinant filières d'avenir (éolien offshore, batteries, électrolyseurs...) et optimisation des ressources (recyclage, matières biosourcées, écoconception...).
L’association prône une relance industrielle « vertueuse » combinant filières d'avenir (éolien offshore, batteries, électrolyseurs...) et optimisation des ressources (recyclage, matières biosourcées, écoconception...). (Crédits : Dennis Scwhartz)

Le ton tranche avec le cap pris par Emmanuel Macron, qui avance peu à peu ses pions pour relancer le débat sur un futur énergétique où l'atome aurait toute sa place. En témoigne son éloge la semaine dernière des SMR, ces petits réacteurs nucléaires innovants, qui recevront 1 milliard d'euros dans le cadre de France 2030. Une première étape clé avant la décision pour le moins attendue sur les EPR. Loin d'y renoncer malgré les déboires de Flamanville, le chef de l'Etat souhaite officialiser avant Noël la construction de six de ces réacteurs de troisième génération, selon les informations du Figaro.

Un virage pro-nucléaire loin d'être partagé par tous. Pour prouver qu'un avenir neutre en carbone est possible sans recourir à l'atome, le réseau d'experts négaWatt publie ce mercredi les grandes lignes de son scénario pour un mix énergétique « 100% renouvelable », qui se veut « une feuille de route pour le quinquennat » (le scénario complet sera présenté le 26 octobre, au lendemain de la présentation de ceux de RTE, le gestionnaire du réseau électrique, très attendus par les pouvoirs publics). Or le nucléaire, « actuel ou nouveau », est « intrinsèquement non renouvelable » même s'il émet peu de CO2, fait valoir son porte-parole, Yves Marignac, qui demande une « fermeture maîtrisée et responsable du parc actuel, en arrêtant les anciens réacteurs entre leurs 40ème et 50ème années ». L'EPR de Flamanville, en chantier depuis 2004, doit donc être abandonné, et la décision d'en construire de nouveaux écartée, estime l'association.

« Avec 11 ans de retard, 530% de surcoût et des problèmes de conformité en cascade, la décision d'un démarrage à Flamanville n'est pas viable. Elle conduirait non seulement à générer le risque associé au fonctionnement d'un réacteur, c'est-à-dire l'accumulation de combustible usé et un niveau réel de sûreté dégradé, mais aussi à des pertes économiques, à cause de sa non-rentabilité assurée et du coût du démantèlement », avance Yves Marignac.

Lire aussi En misant sur les petits réacteurs, Macron espère relancer le nucléaire français...à l'étranger

Développement de l'éolien offshore

En comparaison, l'éolien et le photovoltaïque sont « plus rapides, plus fiables et moins coûteux à construire », assure négaWatt. Dans son scénario, l'éolien deviendrait la première source d'énergie en 2050, notamment grâce à la production en mer (environ 3.000 unités), avec le développement d'infrastructures flottantes. Sur terre, le parc serait multiplié par 2,1 par rapport à 2020, pour atteindre un total d'environ 19.000 éoliennes, « loin derrière les 30.000 déjà implantées en Allemagne », rappelle l'association. Résultat : en France, les géants à pales disposeraient d'une puissance installée de 99 GW (contre environ 17 GW aujourd'hui), et fourniraient pas moins de 304 TWh d'électricité par an. Alors que le développement de l'éolien fait débat en France, l'association par la voix d'un porte-parole, Marc Jedliczka, assure que « ce n'est pas une invasion comme certains veulent le faire croire.»

« On voit même que les riverains sont plus favorables encore à leur développement », commente-t-il, en s'appuyant sur un récent sondage de l'Ademe mené par Harris Interactive.

Le photovoltaïque viendrait après, grâce à sa « modularité exceptionnelle » et sa « grande diversité d'applications ». Concrètement, les panneaux solaires se développeraient à la fois sur des grandes friches industrielles ou des terrains délaissés impropres à l'agriculture, que sur des bâtiments ou les toits de maisons individuelles. Permettant d'offrir 140 GW de puissance d'ici à 30 ans (contre 11 GW aujourd'hui), et 185 TWh par an.

La biomasse trouverait aussi toute sa place, le bois utilisé pour l'énergie augmentant de près de moitié. Cependant, il n'y aurait pas de sylviculture dédiée, mais uniquement l'utilisation de « résidus des filières de production de bois-matériaux, des industries de transformation, ou de la consommation ».

Lire aussi La demande d'électricité augmente... et les énergies renouvelables ne suivent pas

Enfin, le gaz ne serait pas exclu. Car il permettrait de pallier à l'intermittence des énergies renouvelables, et de lisser la consommation. Mais celui-ci serait uniquement « vert », c'est-à-dire produit par méthanisation à partir de résidus de cultures, de déjections d'élevage, de biodéchets et de couverts végétaux. « On estime le potentiel de biogaz agricole à 140 TWh », précise Christian Couturier, membre de l'association et directeur de Solagro. Un objectif inférieur à celui de Stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui estime le potentiel de production de biomasse agricole proche de 250 TWh à l'horizon 2050, afin de ne pas recourir massivement aux cultures dédiées.

Négawatt

Diviser par deux la consommation d'énergie

Surtout, pour y parvenir, le réseau d'experts entend s'attaquer au gaspillage énergétique, « à rebours des injonctions à produire et consommer toujours davantage, au mépris des limites planétaires ». In fine, la consommation d'énergie finale se trouverait divisée par deux en 2050 par rapport à aujourd'hui. Et ce, en s'attaquant à différents secteurs très polluants. « On pourrait réduire nettement les besoins énergétiques en rénovant efficacement les bâtiments », fait ainsi valoir le directeur de négaWatt, Stéphane Chatelin. Et passer de 30.000 à 800.000 rénovations thermiques globales par an d'ici 2030, en réalisant des travaux globaux plutôt que « par morceaux ».

Quant aux transports, qui restent le premier poste d'émissions de gaz à effet de serre en France, l'électrification ne serait pas l'alpha et l'oméga, estime-t-il. Car si la voiture électrique doit être encouragée (et complétée par de l'hybride biogaz pour éviter trop de recours au lithium), il faut d'abord réduire le trafic routier. L'association identifie ainsi plusieurs leviers : s'attaquer aux déplacements contraints, inciter au report modal vers d'autres transports, et promouvoir le covoiturage courte distance, par exemple. Et pointe deux mesures « prioritaires » : un investissement massif dans des alternatives au transport routier motorisé, et la mise en place d'une redevance kilométrique sur le fret.

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Commentaires 25
à écrit le 20/10/2021 à 21:55
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Il y a le prix de l’électricité au compteur, le prix de l’électricité des éoliennes, le prix de l’électricité des centrales nuke. Et c’est 3 choses différentes. Exemple au Royaume Uni. Les contrats récents d’approvisionnement éolien sont aux alentour...

à écrit le 20/10/2021 à 19:53
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avec nos écolos ce sont les campagnards de la classe moyenne avec une maison individuelle qui vont trinquer car en plus des taxes présentes et à venir pour l'énergie renouvelable s'ils ont le malheur d'habiter les régions avec des hivers aux températ...

à écrit le 20/10/2021 à 19:48
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NegaWatt sont des négationnistes de la science et de l'économie.

à écrit le 20/10/2021 à 17:34
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Seul commentaire : Ha ha ha !

à écrit le 20/10/2021 à 14:45
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Pendant que l on discute sur un debat tres franco-francais, l Ue se concentre pour eriger 300 GW d eolien offshore ( equivalent a 300 centrales nucleaires en puissance et disponibilte (en 2021) a 40 euros le MWH (contre 120 euros le MWH nucleaire nou...

le 20/10/2021 à 17:40
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Le projet Empire I et II (éolien offshore) au large de New York vise l'installation en 2035 de 9,6 GW !! C'est ça le dynamisme made in USA ! Un pays des pionniers, pas de râleurs, de pleurnicheurs.

le 20/10/2021 à 21:29
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Vrai. Mais les GWh d’éolien de la cote Est ne peuvent s’implanter que parce que les US achètent de l’hydroélectricité au Québec pour stabiliser le réseau. Voir les contrats entre Hydro-Québec et NY ou le Massachusetts. Les champs d’éolienne ne peuven...

à écrit le 20/10/2021 à 11:36
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Avec une population qui va encore prendre 2 millards d habitants en 2050 et une amélioration des conditions de vie en Chine ou en Inde avec une augmentation de la consommation équivalente, ce n’est pas la division par 2 de la consommation française e...

le 20/10/2021 à 11:49
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Not in my backyard... Justement c'est pour cela que si la France réussi elle montrera (trop tard) le chemin à prendre. Il est irréaliste de maintenir une industrie sur le renouvelable mais avec du nucléaire un peu de gaz bien gérer on peut arriver ...

à écrit le 20/10/2021 à 11:35
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Neutralité carbone en 2050? Rêves...

le 20/10/2021 à 13:49
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Seul le nucléaire est viable car contrairement aux photovoltaïques et à l'éolien il n'est pas soumis aux temps et fournis de l'électricité non-stop, negawatt est aux mains des lobbyistes extrémistes pseudos écolos !!!

à écrit le 20/10/2021 à 10:38
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Sur les quelque 130GW nécessaire 80 % est d’origine nucléaire et hydraulique, je ne vois absolument pas les ENR prendre le relais. Bref, quand Ouessant sera alimenté en totalité par des ENR je changerai d’opinion.

à écrit le 20/10/2021 à 10:07
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Bref! C'est vrai çà! On n'avez pas d'électricité dans les campagnes, au début du siècle dernier, et l'on y a survécu!

le 20/10/2021 à 10:41
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Bien vrai mais il y avait le trou de charbon dans le jardin juste à coté des tinettes, ensuite l'électricité est arrivé c'était du 110 volts je me souviens encore du basculement en 220 les rares appareils électriques avaient été remplacés.

à écrit le 20/10/2021 à 9:34
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Le pouvoir des lobbys est fort..

à écrit le 20/10/2021 à 9:21
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"une division par deux de la consommation d’énergie finale d'ici à 30 ans" c'est ce que l'Ademe disait pour estimer pouvoir fonctionner à 100% en énergies renouvelables, mais on fait comment pratiquement pour diviser par deux la conso du pays ? J'ai ...

à écrit le 20/10/2021 à 9:13
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moi j'ai encore plus efficace, et plus rapide! la france vote une loi sociale comme en coree du nord, et toute personne qui se chauffe, prend des transports ou respire sera envoyee dans un camp social et tolerant pour y etre liquide ' avec bienveilla...

le 20/10/2021 à 16:52
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C’est vraiment ça ! Les Français n’imaginent même pas a quel point les autres pays du monde ne font aucun effort (voir l’inverse). Allez en Amérique du Nord et regardez les concessions automobiles. Les constructeurs ne retirent pas les familiales po...

le 20/10/2021 à 17:05
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je dois avouer que j'ai pas tous les details sur l'amerique du nord, meme si j'y ai quand meme pas mal de contacts......je sais juste que les occidentaux, europeens en particulier, vont se suicider ( ce qui fera l'affaire de la chine et de l'amerique...

à écrit le 20/10/2021 à 8:55
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Bravo la Tribune : Je monte aussi une association et je fais un rapport sur l'avenir énergétique avec zéro émission de CO2 sans énergie renouvelable. Vous prenez ?

à écrit le 20/10/2021 à 8:09
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Sans nucléaire I M P O S S I B L E !!!!!!!!!!!!

à écrit le 20/10/2021 à 8:05
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Et ils ont prévu de faire quoi des 56 réacteurs nucléaires en activité du coup ces génies ? Enfin faut bien qu'ils essayent de justifier leurs salaires à rien faire je me doute.

le 20/10/2021 à 10:30
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Les 56 réacteurs en activité arrivent en limite de durée de vie (donnée pour 40 ans) actuellement. La question n'est pas celle de réacteurs actuels mais des choix pour le futur qu'il faut faire. La plus écologique des énergies est celle que nous ne c...

le 20/10/2021 à 12:15
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"La plus écologique des énergies est celle que nous ne consommons pas" : tout dépend de ce qu'il a fallu consommer pour éviter de consommer. L'exemple même de la phrase répétée jusqu'à la nausée sans aucune réflexion.

le 20/10/2021 à 19:25
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On ne peut pas arrêter un réacteur nucléaire en coupant un interrupteur par ailleurs éteint il nécessite de l'entretien pendant des années et des années après, ils sont trop gros. Et là on parle de 56 à savoir cela coutera des milliards sans apporter...

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