Electricité : un câble sous-marin géant reliera l'Allemagne et le Royaume-Uni en 2028

Long de 725 kms, ce câble permettra d'acheminer entre l'Allemagne et le Royaume-Uni 1,4 gigawatt d'électricité. Surtout, cette nouvelle liaison donnera à l'Allemagne accès à un vaste nouveau marché pour exporter ses énergies renouvelables excédentaires, issus de la production de ses éoliennes en mer.
(Crédits : Wikimedia Commons : Martin Doppelbauer)

Une nouvelle « autoroute invisible » de l'électricité devrait voir le jour en 2028. Ce projet, inédit par son ampleur et sa configuration, est aussi déterminant pour l'intégration, de plus en plus importante, des énergies renouvelables dans le mix électrique de l'Europe.

Portée par l'entreprise NeuConnect, cette interconnexion reliera pour la première fois directement le Royaume-Uni et l'Allemagne grâce à un câble électrique sous-marin XXL traversant les eaux allemandes, néerlandaises et britanniques. Ce projet titanesque va mobiliser quelque 2,8 milliards d'euros, apportés par un pool d'investisseurs dont le français Meridiam, l'allemand Allianz Capital Partners, la compagnie japonaise d'électricité Kansai Electric Power, mais aussi des institutions publiques.

Au total, le câble fera 725 km de long et permettra d'acheminer dans les deux sens 1,4 gigawatt d'électricité, soit l'équivalent des besoins de 1,5 million de foyers. Surtout, cette liaison donnera à l'Allemagne accès à un vaste nouveau marché pour exporter ses énergies renouvelables excédentaires, issus de la production de ses éoliennes en mer. De quoi réduire significativement les goulots d'étranglement, qui peuvent constituer un frein au développement de ses moulins des mers géants.

NeuConnect

Mutualiser la production d'énergies renouvelables

En effet, les éoliennes en mer produisent de l'électricité de façon intermittente. Leur production peut ainsi enregistrer des variations très importantes à l'échelle d'une semaine, d'un mois, voire d'une année. Pouvoir acheminer cette électricité le plus facilement possible, vers une zone géographique où la demande d'électricité est plus forte, est donc primordial.

« A l'échelle européenne, les interconnexions permettent de mieux mutualiser les capacités de production électrique, et notamment des énergies renouvelables », pointait récemment RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité en France.

Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d'investissement, qui finance le projet à hauteur de 400 millions d'euros, fait également valoir l'atout que représente cette liaison pour la transition énergétique :

« Ce projet [...] permet d'utiliser plus efficacement l'énergie des éoliennes en mer. L'échange transfrontalier d'électricité peut aider à rediriger l'électricité là où elle est le plus nécessaire et contribue ainsi à l'intégration des énergies renouvelables et à la stabilité de l'approvisionnement énergétique.»

L'Allemagne veut faire de la mer du Nord « la centrale électrique verte de l'Europe »

La future interconnexion apparaît d'autant plus pertinente que l'Allemagne entend gonfler significativement ses capacités de production dans l'éolien offshore. Lors d'une annonce commune avec la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas, elle a déclaré vouloir installer pour près de 150 gigawatts d'éoliennes en mer du Nord d'ici à 2050, pour en faire la « centrale électrique verte de l'Europe » et se passer des hydrocarbures russes. Un objectif intermédiaire de 65 gigawatts a été fixé pour 2030.

Fin 2020, l'Allemagne comptait déjà pour 31% de la puissance installée en Europe en matière d'éolien offshore, avec un peu plus de 1.500 éoliennes raccordées selon les données compilées par WindEurope.

En France aussi, le renforcement des interconnexions transfrontalières est un sujet majeur. RTE prévoit ainsi de doubler la capacité d'échange de la France en 15 ans pour passer à environ 30 gigawatts à l'horizon 2035.

Multiplication des projets d'interconnexions

Il s'agira de créer de nouvelles interconnexions ou de renforcer celles déjà existantes. Une nouvelle interconnexion entre la France et l'Italie, via le tunnel de Fréjus, devrait ainsi bientôt voir le jour. D'autres interconnexions sont prévues avec l'Irlande, l'Espagne et, à plus long terme, avec l'Angleterre. En parallèle, des interconnexions déjà existantes avec la Belgique et l'Espagne vont être renforcées grâce à des câbles « à faible dilatation », permettant de faire transiter plus d'électricité.

Ces interconnexions sont clefs pour la transition énergétique, mais aussi pour la souveraineté européenne, à l'heure où les livraisons de gaz russe vers les Vingt-Sept ont largement diminué dans le contexte de la guerre en Ukraine.

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Commentaires 8
à écrit le 24/07/2022 à 10:01
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.. a condition que les russes ne coupent pas le câble … à suivre

à écrit le 22/07/2022 à 21:28
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Dans la plupart des cas, la multiplication de ces interconnexions relève de la fuite en avant. Chacun espère pouvoir vendre ses surplus d'électricité renouvelable aux voisins ou au contraire pouvoir s'approvisionner chez ceux-ci en période de manque....

le 25/07/2022 à 13:45
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Et si on y ajoute (à développer massivement) le stockage des excédents (batteries stationnaires au sodium , hydrogène/ammoniac par électrolyse , ...etc...) pour faire face aux jours sans vent synchronisés ?

à écrit le 22/07/2022 à 17:47
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Hah et ces eoliens innefectifs vont produire autour de 2-3 Twh/an c'est rien.

le 23/07/2022 à 23:13
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Effectivement, 2-3 TWh cela ne sert à pas grand chose s'ils ne sont pas produits au moment où l'on en a besoin. Pire, compte tenu de l'absence du fameux foisonnement espéré par les écologistes, plus on multipliera les éoliennes moins elles seront uti...

à écrit le 22/07/2022 à 15:43
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ce n est pas plutot l inverse ? La GB est constelle de parcs eoliens offshore et veut devenir # l arabie saoudite de l eolien offshore #

à écrit le 22/07/2022 à 14:46
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C'est pas l'an dernier qu'un câble a été mis en route (une fois fini de poser) entre la Norvège (énergie éolienne) et la GB ? C'est amusant de vouloir absorber les excédents d'énergie éolienne quand l'Allemagne parle de passer du charbon à l'hydrogè...

le 22/07/2022 à 21:35
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Cet hydrogène restera 2 à 3 fois plus coûteux que celui d'origine fossile, CCS compris. Les coûts d'infrastructure ne permettent pas d'attendre les pointes de production où l'électricité sera peu chère, voire à prix négatif. Conclusion, il faudra don...

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