Veolia et Suez doivent enfin signer leur traité de paix, un « nouveau Suez » voit le jour

Epilogue d'une saga judiciaire, boursière et médiatique longue de plusieurs mois, le traité final qui formalisera le mariage entre les deux groupes doit, sauf surprise, être approuvé par leurs conseils d'administration respectifs ce vendredi. Il permettra d’entériner l’actionnariat du « nouveau Suez », qui fera moins de la moitié du groupe actuel, avec un chiffre d'affaires « de l'ordre de 7 milliards d'euros » - contre 17,2 milliards en 2020. Resteront à déterminer son périmètre exact, qui pourrait connaître des changements à la marge en fonction des décisions de l'antitrust, et son prix de rachat post-OPA.

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L'accord formel ouvrira la porte à l'OPA de Veolia sur son concurrent, à 20,50 euros l'action, valorisant sa cible à quelque 13 milliards d'euros.
L'accord formel ouvrira la porte à l'OPA de Veolia sur son concurrent, à 20,50 euros l'action, valorisant sa cible à quelque 13 milliards d'euros. (Crédits : Stephane Mahe)

[Article mis à jour le 14/05/2021 à 14:55]

Après des mois de bataille financière, politique et médiatique, l'heure du traité final a sonné pour les géants français de l'eau et des déchets Veolia et Suez. Sauf surprise, ils doivent sceller vendredi après-midi l'accord qui verra le premier mettre la main sur une bonne part du second, réduit pour l'essentiel à ses activités françaises.

Celui-ci devrait ainsi signer la fin d'une guerre acharnée, commencée fin août lorsque Veolia avait proposé de racheter les 29,9% détenus par Engie dans Suez. Au grand dam de ce dernier, qui n'avait pas réussi à empêcher la vente - conclue dès octobre - et se trouvait à la merci d'une offre publique d'achat (OPA). Après avoir longtemps ferraillé pour contrarier l'offensive, Suez avait finalement signé un armistice avec son assaillant, le 11 avril dernier à l'hôtel parisien le Bristol, à la suite de négociations éclair.

Lire aussi : Quand la médiation secrète de Mestrallet permet à Veolia de gagner contre Suez

Depuis un mois les discussions se poursuivent donc pour consolider, préciser, mettre en forme. « Ça avance bien, on est dans le calendrier prévu », assure-t-on de part et d'autre. Pour Veolia, l'accord formel ouvrira la porte à l'OPA sur son concurrent, à 20,50 euros l'action, valorisant sa cible à quelque 13 milliards d'euros. Par ailleurs, il enclenchera, de fait, la dissolution de la fondation de droit néerlandais, créée par Suez en septembre dernier pour contrer les ambitions de son rival en empêchant la cession de ses actifs Eau France. Et les actions judiciaires en cours, déjà suspendues lors du cessez-le-feu en avril, devront cesser, avec l'engagement de ne pas lancer de nouvelles procédures.

Un nouvel actionnariat

Surtout, l'accord devrait entériner l'actionnariat du « nouveau Suez », qui a évolué depuis l'accord de Bristol. Après qu'Ardian a jeté l'éponge, les candidats à son achat ont présenté mardi leur offre « engageante et chiffrée » : les fonds français Meridiam et américain GIP doivent ainsi reprendre 40% chacun, complétés par la Caisse des dépôts et Consignation (CDC), pour les 20% restant.

Les deux fonds sont censés s'engager pour au moins dix ans, un compromis entre Meridiam, qui a promis de conserver la future société vingt-cinq ans, et GIP qui voulait plus de souplesse. S'ils se désengagent, le prix de revente sera corrélé à la création de valeur constatée dans la société. S'ajoute l'engagement sur l'emploi à quatre ans. Selon une source proche du dossier, ces points sont « conformes à l'accord du 11 avril ».

Par ailleurs, dans un un deuxième temps, la direction de Suez vise 10% de salariés actionnaires, par souscription volontaire individuelle, qui monteront graduellement au capital.

Un Veolia augmenté, un Suez concentré sur la France

Le périmètre des deux futurs groupes, lui, est globalement connu depuis l'accord trouvé à l'hôtel Bristol. Celui-ci lui permettra à Veolia d'acquérir une large partie des activités de Suez à l'international, aux Etats-Unis, en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Espagne, en Australie et au Royaume-Uni. Par conséquent, il disposera de 5% de part du marché mondial dans ses secteurs d'activité, selon son PDG, Antoine Frérot. Et verra son chiffre d'affaires atteindre les 37 milliards d'euros (contre 26 milliards en 2020), avec quelque 230.000 salariés. De quoi lui permettre de constituer un « champion mondial de la transition écologique », assure le groupe.

Face à ce futur mastodonte, son rival, qui est parvenu à sauver sa peau avec le maintien d'un « nouveau Suez » indépendant, en sortira très diminué : la nouvelle entité représentera moins de la moitié du groupe actuel, avec un chiffre d'affaires « de l'ordre de 7 milliards d'euros », contre 17,2 milliards en 2020. Néanmoins, il devra garder, en plus de la France - qui concentrera la majorité de ses activités -, un pan d'international avec des actifs en Italie, au Maroc, en Inde et en Chine.

En outre, le périmètre à reprendre comprendra certaines participations importantes, comme celle dans l'opérateur d'eau italien Acea. Par ailleurs, il devrait rester le deuxième acteur de l'eau et des déchets en France, donc un concurrent important de Veolia.

La question de la valeur de Suez en suspens

Reste à savoir combien les actionnaires Meridiam, GIP et la CDC, offriront à Veolia pour lui racheter le périmètre d'activité afin de former la future entité. Selon Suez, leur offre inclut des éléments sur le prix d'achat et le financement. Si celui-ci n'a pas encore été dévoilé, il devait être « en cohérence » avec le montant proposé par Veolia pour l'ensemble de Suez.

Selon des experts, la valeur théorique du nouveau Suez - en comptant ses participations, comme dans l'opérateur italien Acea - serait d'environ 10 milliards d'euros. L'offre d'achat déposée mardi par les actionnaires serait moins élevée, et atteindrait un peu plus de 9 milliards d'euros.

Lire aussi : Suez-Veolia : le récit d'une bataille hors norme

L'espoir d'une OPA au troisième trimestre

Mais sur ce sujet, rien n'est encore gravé dans le marbre : il est prévu que l'accord ne fournisse qu'un prix indicatif. La valorisation définitive nécessitera des analyses complémentaires, à entamer une fois le tour de table d'actionnaires validé. D'autant que le périmètre d'activité du nouveau Suez pourrait encore être élargi à la marge, selon les cessions que l'antitrust, visant à garantir le respect du principe de libre concurrence, pourrait exiger de Veolia. A cet égard, le fonds Meridiam avait fait part de sa volonté de reprendre tout ce qui serait à céder dans les pays où le nouveau Suez sera présent.

Le groupe Veolia, lui, espère décrocher dès cet été l'aval de l'antitrust européen - après avoir déjà obtenu le feu vert de cinq autorités de la concurrence, dont les Etats-Unis -, afin de voir aboutir son OPA au troisième trimestre, avec une cession simultanée des actifs du « nouveau Suez ». Puis viendra le temps de « l'intégration équitable des équipes de Suez, qui compte tenu du projet industriel et de la culture commune et des métiers partagés, devrait parfaitement se dérouler », a précisé Antoine Frérot. Du côté de Suez, la direction devrait, entre autres, continuer à rencontrer clients et salariés, et les futurs actionnaires préciser leur stratégie.

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Commentaires 2
à écrit le 14/05/2021 à 21:35
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Intérêt quand on peut de forer des puits, stocker l'eau des chenaux, voire passer aux toilettes sèches, les factures annuelles d'eau d'égoûts, de poubelles on va les sentir passer, ça va se la jouer comme les taxes d'autoroutes. des années tranquille...

à écrit le 14/05/2021 à 10:00
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4 coupures d'eau en 4 semaines, ils fêtent ça bizarrement chez véolia par chez moi...

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