Le hameau du Ribourgeon, dans la Vienne, n'est plus tout à fait le même. Les bâtiments de la ferme sont toujours là, bien sûr. Tout comme la maison des grands-parents et celle des parents. Mais les deux robots de désherbage de Cyclair, start-up cofondée par l'enfant du lieu-dit, Sébastien Gorry, détonnent. Entre les granges et les sillons boueux tracés par les passages répétés des prototypes, l'esprit start-up bat son plein. Même le chat est devenu flexible : en plus de courir après les souris, « il détend le personnel », nous explique Sébastien Gorry.
Mais à trois jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, l'entrepreneur est excédé. Ce fils de céréaliers se dit solidaire de la colère générale. « Il y a de l'incohérence chez les consommateurs, accuse-t-il. Personne n'est prêt à adopter un comportement en phase avec ses idées. » Une amertume vive pour ce trentenaire qui a grandi dans une ferme pionnière en matière d'innovation mais « sans marge de manœuvre » et en proie aux difficultés économiques dans son histoire récente. Avec un peu de culpabilité, le natif de la Vienne n'a pas repris l'exploitation.
« D'un côté, il y a toutes les réglementations et les doléances de la société. De l'autre, il n'y a pas d'alternative agronomiquement fiable et économiquement sérieuse. » C'est justement pour en développer une qu'il s'est lancé dans une aventure de pointe : concevoir des robots capables d'éliminer les parasites à la place des herbicides dans les cultures céréalières. En décembre 2019, Sébastien Gorry lance Cyclair avec deux associés. Quatre ans plus tard, la jeune pousse de 32 salariés (dont 10 sur la ferme familiale) a levé 2,1 millions d'euros et va livrer ses premiers robots. Et cela depuis les terres fertiles et paisibles de Pressac, commune de 550 habitants.