L'État débloque un demi-milliard pour sauver AccorInvest avec un PGE

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(Crédits : ATHIT PERAWONGMETHA)
Le montant du prêt garanti par l'État est de 477 millions d'euros, ce qui est significatif rapporté aux 10,52 milliards d'euros de PGE octroyés au total par les banques au secteur du tourisme. Outre Accor, des réductions d'effectifs commencent à être annoncées chez d'autres groupes hôteliers emblématiques.

Le géant hôtelier AccorInvest, ex-filiale d'Accor fragilisée par la pandémie de Covid-19, va obtenir un prêt garanti de l'État (PGE) massif, d'un montant inédit proche d'un demi-milliard d'euros, a annoncé mardi le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, ce qui reflète la situation critique que traversent certains mastodontes du secteur après dix mois de crise.

Après avoir vu son chiffre d'affaires fondre de 70%, l'entreprise avait annoncé mi-janvier envisager la suppression de 1.900 emplois en Europe -dont environ 770 en France- soit près de 10% de ses quelque 26.000 salariés, et pour renflouer sa trésorerie, demander un prêt garanti par l'État (PGE) de 477 millions d'euros, tout en préparant une augmentation de capital de même ampleur.

Lire aussi : Accor prévoit 1.900 suppressions d'emplois en Europe, près de 770 en France

"AccorInvest (...) est en grande difficulté financière (...) donc nous allons effectivement accorder un prêt garanti par l'État à AccorInvest d'un demi-milliard d'euros", a annoncé M. Le Maire sur Radio Classique, précisant que la validation de ce PGE était "dans la toute dernière ligne droite". En 2019, l'entreprise avait affiché 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

"Le secteur de l'hôtellerie souffre considérablement: il n'y a pas d'activité, le revenu par chambre disponible (RevPAR, indicateur clé du secteur hôtelier, NDLR ) est en baisse de 70% donc les résultats sont mécaniquement en perte", souligne auprès de l'AFP Bruno de La Rochebrochard, analyste spécialiste du secteur chez le courtier Bryan Garnier.

Pas de retour à la normale avant 2024 ou 2025

Quant aux grands groupes, ils "doivent être aidés car cela représente beaucoup d'emplois : le tourisme en France c'est 7% du PIB et 10% à 12% des emplois", rappelle M. de La Rochebrochard. Or "il n'y aura pas de retour à la normale avant 2024 ou 2025 et les acteurs devront se réinventer: les comportements changent, il y a une prise de conscience environnementale, on ne prendra plus l'avion pour aller passer quelques nuits d'hôtel à l'autre bout du monde."

Selon un porte-parole d'AccorInvest, le montant exact du prêt est de 477 millions d'euros, ce qui est significatif rapporté aux 10,52 milliards d'euros de PGE octroyés au total par les banques au secteur du tourisme - dont 5,34 milliards pour la restauration et 2,71 milliards pour l'hôtellerie notamment- au 25 janvier, selon le secrétariat d'État au tourisme.

Autrefois pôle immobilier d'Accor - qui n'en possède désormais plus que 30%, un niveau de participation figé jusqu'en 2023 - la société AccorInvest détient les murs de 887 hôtels sous différentes marques du géant français de l'hôtellerie (Ibis, Novotel, Mercure...) dans 28 pays, soit un cinquième du parc exploité par celui-ci dans le monde.

Pour améliorer sa situation financière, le groupe a déjà procédé à la cession de deux portefeuilles hôteliers, l'un en Afrique subsaharienne et l'autre en Australie, pour un montant global de 230 millions d'euros, a précisé un porte-parole.

Près de 4 milliards d'euros de dette

Pour AccorInvest, violemment touché par la crise qui le prive durablement de revenus, l'enjeu est d'alléger le fardeau de sa dette qui s'élève à près de 4 milliards d'euros, en allongeant la maturité de celle-ci. Celle-ci est notamment liée au rachat, fin 2019, des 73 hôtels du groupe polonais Orbis pour 1,2 milliard d'euros, afin de renforcer un réseau à 90% européen, axé sur le moyen de gamme et l'économique.

Outre le groupe Accor, des réductions d'effectifs commencent à être annoncées : 247 emplois chez le groupe Constellation (hôtels Martinez à Cannes, Hyatt Regency Paris Étoile et Hyatt Louvre), un millier dont "300 à 400" en France au sein d'Accor, sixième groupe hôtelier mondial.

Les principaux actionnaires d'AccorInvest sont, outre Accor, les fonds souverain saoudien PIF et singapourien GIC, le fonds d'investissement américain Colony NorthStar, aux côtés de Crédit Agricole Assurances et sa filiale de gestion d'actifs Amundi.

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Commentaires
a écrit le 27/01/2021 à 18:16 :
Et en même temps l'etat ne paye plus les Fonds de Solidarités au petites sociétés. De nombreuses demandes sont refoulées sans raison. J'ai deux sociétés (resto et cabaret) et en décembre je ne suis plus bénéficiaire...
a écrit le 27/01/2021 à 17:37 :
Accordinvest en proie a des problèmes, bien sur pour le confinement, mais aussi par une faute énorme de gestion. Il y a dans les 4 ans, accord était propriétaire des murs de ses hôtels, pour augmenter le rachat d'autres d'hôtels, Accord a vendu tous les murs de ses hôtels et est devenu locataire dans ses hôtels. Si le cash flow a augmenté, les frais généraux ont augmenté et sont devenus une charge nouvelle, qui a réduit les profits du groupe. En cas de pandémie comme celle actuelle, si les frais généraux du personnel sont compressibles, ceux des loyers qui sont la grande majorité des frais généraux, eux ne le sont pas. La solution actuelle serait d'augmenter le capital social, par une émission d'actions et d'obligations à céder à la Banque de France pour le réescompte à la BCE.
a écrit le 27/01/2021 à 17:32 :
Accordinvest en proie a des problèmes, bien sur pour le confinement, mais aussi par une faute énorme de gestion. Il y a dans les 4 ans, accord était propriétaire des murs de ses hôtels, pour augmenter le rachat d'autres d'hôtels, Accord a vendu tous les murs de ses hôtels et est devenu locataire dans ses hôtels. Si le cash flow a augmenté, les frais généraux ont augmenté et sont devenus une charge nouvelle, qui a réduit les profits du groupe. En cas de pandémie comme celle actuelle, si les frais généraux du personnel sont compressibles, ceux des loyers qui sont la grande majorité des frais généraux, eux ne le sont pas. La solution actuelle serait d'augmenter le capital social, par une émission d'actions et d'obligations à céder à la Banque de France pour le réescompte à la BCE.
a écrit le 26/01/2021 à 17:52 :
Récapitulons sur l'octroi inespéré de ce prêt :
AccorInvest est une société du groupe ACCOR.
ACCOR a versé des dividendes énormes à ses actionnaires malgré la crise.
Or accord est en difficultés financières.
ACCOR reçoit donc une aide inespérée dans un contexte où il dilapide son capital et demande de l'aide à l'état pour recapitaliser.
A y regarder de plus près, parmi les membres du conseil d'administration d'ACCOR, figure un certain Nicolas SARKOZY, responsable entre autre de la stratégie internationale de ACCOR.
Or Macron reçoit régulièrement Paul BISMUTH à diner à l'Elysée.
De là à y voir un copinage malsain MACRON - LEMAIRE - SARKOZY au bénéfice d'une entreprise à fonds Qatari, et surtout au détriment du contribuable français, il n'y a qu'un pas !
On aimerait avoir l'avis d'experts patentés sur ce tour de passe passe à 3 bandes.
a écrit le 26/01/2021 à 17:51 :
Sympa... un pret d'etat - les CxO vont ils aussi baisser leur salaires afin d'eviter d'avantage de pertes ?

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