Normandie : les communes débordées par l'explosion des locations touristiques

De Deauville à Honfleur en passant par Cabourg, l’offre de location de courte durée entre particuliers explose littéralement sur la Côte Fleurie. Les communes tentent de réguler.
Deauville compte plus de 70 meublés touristiques à louer entre particuliers pour 100 résidences principales.
Deauville compte plus de 70 meublés touristiques à louer entre particuliers pour 100 résidences principales. (Crédits : Génération Voyage)

Studio moderne et rénové, magnifique vue sur mer, idéal pour couple, 140 euros la nuit. Des annonces semblables à celle-ci, le touriste en goguette sur la Côte Fleurie (Calvados) n'a aucune peine à en trouver en se connectant sur Airbnb, Abritel et consorts. A la faveur de la « plateformisation », l'offre de location touristique entre particuliers a bondi sur cette partie du littoral normand en l'espace d'une poignée d'années. Au train où vont les choses, Deauville comptera bientôt autant de logements proposés à la location de courte durée que de résidences occupées à l'année.

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Selon une étude* publiée récemment par l'Agence d'urbanisme du Havre et de l'estuaire de la Seine (AURH), la station balnéaire préférée des Parisiens abrite désormais plus de 70 meublés touristiques pour 100 résidences principales. Quinze fois plus que dans la capitale et dix fois plus qu'à Nice en proportion. Le phénomène s'étend sur toute la côte au-delà de Deauville. Selon la même étude, sa jumelle Trouville a ainsi vu passer le nombre de locations saisonnières de 580 en 2017 à plus de 1110 en 2020. La poussée est encore plus spectaculaire à Cabourg où l'offre a bondi de 270 à 870 logements. La même tendance se retrouve à Honfleur où leur nombre a doublé.

« Dans les communautés de communes Cœur Côte Fleurie et Cabourg Pays d'Auge, l'offre excède la part du parc privé occupé par les locataires », relève l'Agence d'urbanisme.

Plus d'activité mais des conflits d'usage

Ce bouleversement n'est pas sans conséquences pour les communes concernées. Côté pile, il dynamise le marché touristique face à une demande de courts séjours en augmentation et crée de nouvelles opportunités d'emplois et de services. On a vu ainsi fleurir une ribambelle de conciergeries tout le long du littoral, telle celle des Clefs du Pays d'Auge fondée en 2018 par un couple de trentenaires. Forte de 5 salariés, 15 en haute saison, elle gère aujourd'hui quelque 2.000 locations par an et ses perspectives sont bien orientées. « Il y toujours plus de demande de la part des vacanciers qui voyagent moins loin depuis le Covid », observe son co-gérant Antoine Desdoits.

Côté face en revanche, l'explosion des locations entre particuliers accroît le risque de sur-tourisme dont souffrent déjà plusieurs localités du littoral, « entraînant des difficultés de cohabitation avec les résidents permanents », constate l'AURH. Un problème pointé régulièrement par le maire de Deauville. « Les gens passent une nuit et n'ont aucun respect pour l'immeuble dans lequel ils viennent dormir », pestait il y a peu Philippe Augier, dans une interview à France Info.

« Contrairement à nous qui sécurisons les locations en remettant les clefs en mains propres, trop de loueurs font usage des boîtes à clefs, sans aucune intervention humaine à l'entrée dans le logement », déplore de son côté Antoine Desdoits.

La multiplication des meublés touristiques ne fait pas non plus les affaires des saisonniers qui peinent à se loger pendant la période estivale, les propriétaires préférant proposer leurs appartements aux vacanciers sur des périodes plus courtes mais plus rémunératrices. « Une concurrence existe notamment sur les petits logements de type T1 ou T2 », souligne l'étude de l'AURH.

La réponse des communes

Un temps déboussolées par l'ampleur du phénomène, les municipalités tentent aujourd'hui de le réguler sans pour autant se mettre sous cloche. Un exercice délicat pour lequel Deauville a montré l'exemple. Depuis l'été 2021, les propriétaires de résidences secondaires ont l'obligation d'enregistrer et de déclarer le changement d'usage de leur logement dès la première nuit de location. Le but : « Mesurer les flux pour adapter les services et les infrastructures et préserver les équilibres au bien-être de tout un chacun », explique la Ville. Les hébergements ont en outre l'obligation de respecter un certain nombre de normes.

Mises sous pression par les élus, les plateformes s'efforcent aussi d'apporter leur contribution. Depuis le mois d'avril dernier, tous les loueurs deauvillais inscrits sur Airbnb doivent impérativement présenter un numéro d'enregistrement. Idem à Honfleur depuis le mois de juillet. « L'enregistrement a pour objectif de faciliter les actions de contrôle des meublés de tourisme par les villes », justifie le groupe dans un communiqué.

Toutes ces mesures suffiront-elles à endiguer le phénomène ? Rien n'est moins sûr pour Antoine Desdoits. « Il y a toujours plus de biens à louer sur le marché. Malgré cela, je suis obligé de refuser des demandes de vacanciers à certaines périodes ». En réponse, sa conciergerie vient  d'ouvrir une antenne dans l'arrière-pays d'Auge où l'offre est encore en devenir.

*étude réalisée à partir des données de la société Likibu qui analyse quotidiennement les locations de courte durée d'Airbnb, Abritel et Homeholidays.

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Commentaires 5
à écrit le 05/01/2023 à 8:45
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Et de plus en plus de propriétaires englués dans des procédures d’expulsions de squatteurs. Ceux ci rentrent chez vous, et sont simplement chez eux, la justice et les préfets les protègent. Faites attention à vos propriétés !

à écrit le 05/01/2023 à 8:27
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C'est difficile à comprendre cette guerre à la location touristique, on laisse les propriétaires posséder des logements qu'ils n'habitent pas, qui empêchent les travailleurs de pouvoir se loger, qui ne servent strictement à personne donc, là ya pas d...

à écrit le 04/01/2023 à 20:55
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La rénovation énergétique = les biens qui était détenus par d' anciens propriétaires vache à lait qui mettaient des biens entretenus à la location, deviennent les propriétés de nouveaux propriétaires anciens locataires endettés qui pour la plupart c...

à écrit le 04/01/2023 à 14:18
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quand les locaux ne peuvent plus se loger, ca finit par poser pb......voila le resultat des lois iniques contre les bailleurs classiques! et le resultat etait couru d'avance! voila ce que c'est quand le bon peuple de gauche protege les crapules qui n...

à écrit le 04/01/2023 à 13:29
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Pour y avoir séjourné plusieurs fois à différentes périodes de l' année. 90% des appartements ont les volets clos hors weed end et vacances scolaires. Ces locations ne peuvent pas nuire aux locaux, je pense même que les locaux (commercants) sont po...

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