Pays de la Loire : le tourisme va devoir se réinventer

Deuxième secteur de l’économie régionale, le tourisme démarre la saison estivale 2021 sous de bons auspices avec une fréquentation dopée par les vacances bleu-blanc rouge. Fragilisé mais soutenu par la région, il devrait être au cœur de la future stratégie régionale de la collectivité qui ambitionne de faire reformer la Loi NOTRe pour devenir l’unique chef de file du tourisme ligérien.

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La saison 2021 s'annonce favorablement dans les Pays de la Loire. Contrairement à l'an dernier où la saison avait été marquée par des réservations de dernière minute, les réservations ont été anticipées.
La saison 2021 s'annonce favorablement dans les Pays de la Loire. Contrairement à l'an dernier où la saison avait été marquée par des réservations de dernière minute, les réservations ont été anticipées. (Crédits : Martin LAUNAY - CARENE)

Entre une météo capricieuse, la montée du variant Delta et l'entrée en vigueur du pass sanitaire, les Pays de la Loire sont-ils en mesure de sauver la saison touristique 2021? « Tout laisse croire à une saison touristique meilleure...», s'accordaient, fin juin, les professionnels du tourisme dans les Pays de la Loire. En mai et juin déjà, 66% des professionnels du littoral constataient une meilleure activité qu'en 2020. Malgré les contraintes liées à la crise sanitaire, près de 40 % des campings disaient avoir enregistré des réservations de clients internationaux (Belges, Allemands, Néerlandais...) et 63 % des « Accueil Vélo » estiment que le contexte sanitaire a favorisé le choix de l'activité vélo en campagne et en ville.

Selon la plateforme indépendante Trainline spécialisée dans les voyages en train et en bus, la ville de Nantes, a enregistré une augmentation de +31% des réservations par rapport à 2020.

C'est la cinquième destination la plus plébiscitée par les Français derrière Paris, Bordeaux, Lyon et Marseille.

« Que ce soit sur la presqu'île guérandaise, la côte de Jade et sur la Vendée, les chiffres vont plutôt dans le bon sens. Dans les hôtels, les taux de réservation sont très bons par rapport à l'an dernier où l'on était plutôt confronté à des réservations de dernière minute. Là, on est plus dans l'anticipation, et ce dès l'annonce du déconfinement. La clientèle familiale est au rendez-vous. Au 14 juillet, les hôtels comme les campings sont quasiment complets et l'on note un allongement de la durée des séjours. Maintenant, tout dépendra de l'incidence de la météo... et de la mise en place du pass sanitaire. Mais, comme l'objectif est de rester ouvert quoi qu'il arrive, la question est assez vite réglée», observe Catherine Quérard, Vice-Présidente Nationale du GNI, et Présidente de la région Grand Ouest pour qui l'été « va être une belle saison.»

Près de 14 millions d'euros pour maintenir le tourisme en vie

« Certes, la saison s'annonce plutôt favorable. Nous sommes dans une région où la baisse de la clientèle étrangère est moins impactante que dans le Sud. Les vacances Bleu-blanc rouge nous amènent une clientèle plus importante, mais l'on ne rattrapera pas un an d'activité en trois mois », tempère Frank Louvrier, président du Comité régional du tourisme et vice-président de la région des Pays de la Loire, en charge du tourisme. « Si l'on peut être optimiste sur certains secteurs, d'autres comme les campings qui ont perdu jusqu'à 20% de chiffre d'affaires, ou les traiteurs, les discothèques ou les autocaristes dont les pertes ont pu atteindre 90%, la reprise va être beaucoup plus compliquée.»

Fragilisé, le secteur a bénéficié de plusieurs dispositifs régionaux et nationaux (plan de relance, fonds Résilience, BPIFrance, fonds Immo Tourisme, prêt garanti par l'Etat- PGE-...). L'action régionale en faveur du secteur du tourisme s'est élevée à 13,8 millions d'euros et a permis le soutien de quatre cents entreprises.

« Le fonds de solidarité et le chômage partiel étaient des mesures indispensables, sans quoi les établissements seraient à l'agonie aujourd'hui. Derrière, la région été très à l'écoute de nos demandes et est intervenue en complément des dispositifs de l'Etat, comme l'a fait le fonds Résilience, substitutif aux PGE et qui ouvrait des prêts à taux zéro, amortissable sur dix ans...» Deux cents entreprises ligériennes ont bénéficié d'un soutien de 1,8 million d'euros. Plus original, avec le concours de la Banque des Territoires et de la Caisse d'épargne Bretagne - Pays de la Loire, la région a lancé le fonds Immo Tourisme permettant à une structure acculée financièrement de céder contractuellement à la région, tout ou partie du bien immobilier pour obtenir du cash, entreprendre la rénovation de son établissement, se concentrer sur l'exploitation et retrouver de retrouver les chemins de la croissance. Une dizaine d'hôtels, restaurants, campings... seraient engagés dans ce processus. Pensé comme une mesure d'urgence, il s'avère fondamental pour le redémarrage de l'activité. Un premier bilan devrait être tiré à partir de la rentrée. « Il n'y a aucun risque pour l'entrepreneur », se félicite Catherine Quérard. « Mais, malgré les aides, le secteur s'est beaucoup endetté avec les PGE. Ce que l'on demande, aujourd'hui à la région, c'est de ne pas baisser les investissements à l'avenir. Car, c'est là que se trouve le facteur d'attractivité touristique. Comme nous devrons faire face aux murs de dettes engendrés par le remboursement des PGE, il faudra trouver des solutions pour maintenir le niveau d'investissements dans la région. » Pour éviter ce fameux « mur de dettes », la région a décidé de ne pas fermer le robinet des aides et de poursuivre l'accompagnement des trésoreries des entreprises pour éviter une hécatombe à l'horizon 2024.

Une nouvelle stratégie pour le tourisme du monde d'après

En raison du déconfinement tardif et sans doute aussi de la campagne électorale des régionales, la région des Pays de la Loire a, cette année, fait l'impasse sur sa traditionnelle campagne de promotion touristique. « Nous nous sommes simplement associés à une campagne éclair menée par l'agence de développement touristique Atout France pour promouvoir le territoire en insistant sur le vélo, l'agritourisme et l'œnotourisme, des secteurs qui ne connaissent pas la crise», indique Franck Louvrier.

La digitalisation du secteur tourisme s'est, également, poursuivie avec la promotion de la plateforme de réservation i-Resa permettant aux petits hôteliers et restaurateurs, éloignés des centres urbains, d'être visibles sur le Web. Ce qui aurait généré 2 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit deux fois et demie de plus qu'en 2019. Mais c'est sur le tourisme de demain que le vice-président de région entend rapidement travailler en tirant les leçons de la crise sanitaire et en s'adaptant aux nouveaux comportements de la clientèle. « Nous sommes en fin de cycle d'une stratégie touristique mise en œuvre il y a six ans.  Nous devons rebâtir un nouveau plan tourisme. Retravailler sur des offres différentes, complémentaires et variées. Dans le tourisme d'affaires, par exemple, la région dispose de plusieurs Palais des congrès au Mans, à Angers, à Nantes, à la Roche-sur-Yon, à la Baule... et, depuis peu, une nouvelle structure congressistes au Puy du Fou. Sur un secteur très concurrentiel, qui va redémarrer progressivement, il est essentiel, tout en respectant les particularismes, de travailler une offre globale et d'engager une démarche vers l'international », égrène-t-il, désireux de revoir la loi NOTRe qui, en 2015, a redéfini les compétences des collectivités territoriales. Sauf pour le tourisme.

La visite d'entreprises se professionnalise

« Les régions doivent véritablement être le chef de file du développement touristique. Or, faute d'avoir été tranché par la Loi NOTRe, il y a aujourd'hui un éparpillement des responsabilités entre les régions, les départements, les villes, les intercommunalités qui nuit à l'efficacité. C'était déjà un sujet important avant la crise. Il l'est d'autant plus aujourd'hui et devra être porté par les élus et parlementaires régionaux dans le cadre des législatives et de la présidentielle », dit-il.

Cette nouvelle stratégie régionale du tourisme veut aussi redessiner l'avenir de l'emploi et de la formation pour ce secteur. Pour Franck Louvier, le manque de personnel qui a contraint certains établissements à fermer leur porte une journée par semaine doit inciter à la mise en place de nouveaux dispositifs financiers. Estimé à 100.000 emplois à pourvoir à l'aube de saison 2021 en France par l'UMIH (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie), cette pénurie serait, selon Franck Louvrier, « de l'ordre de plusieurs milliers d'emplois » dans un secteur qui emploie 65.000 personnes en Pays de la Loire. Certaines filières qui ont montré leur capacité de résilience, comme le tourisme rural qui a pris son envol, et le tourisme à vélo, en croissance de +25% en 2020 devraient être renforcés. D'autant que dans les Pays de la Loire, devenue la première région de cyclotourisme en France, avec plus de 3000 km de pistes cyclables, un cycliste dépense en moyenne 80 euros par jour. « Et il se déplace en famille », observe Franck Louvrier, qui entend aussi développer une forme de tourisme durable autour d'édifices patrimoniaux et d'évènements culturels, disséminés sur le territoire sans véritable fil conducteur. Une approche dépoussiérée, qui pourrait contribuer à rééquilibrer tourisme littoral et rural, qui pâtit souvent de l'absence de pôles d'attractivité et de la météo. « Elle nous sert et nous dessert », reconnaît Anne-Marie Vallée, animatrice du réseau Visitez nos entreprises, une structure qui rassemble 248 entreprises engagées dont soixante-huit ouvrent leurs portes cette année sur les cinq départements du territoire ligérien. Au fil des années, les entreprises se sont adaptées et proposent désormais une offre polyculturelle avec des visites pédagogiques, ludiques, théâtralisées chez Veuve Amiot, à l'intérieur ou en extérieur à la fromagerie Beillevaire et sur les sites industriels de Saint-Nazaire, avec des concerts dans les caves d'Ackerman, des ateliers autour du chocolat, des sessions pour apprendre à faire des cocktails chez Cointreau... En 2019, cinq cent mille visites ont eu lieu. Ils étaient 25.000 chez Airbus, autant dans les caves de Saumur, 15.000 à la Cité du lait à Laval.... A l'approche du 14 juillet, de nombreux sites affichaient complet, malgré la contrainte des visites individuelles, devenues obligatoires en raison de la crise sanitaire. « Suite aux périodes de confinements, les gens ont besoin de renouer avec l'activité locale », constate Anne-Marie Vallée.

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