Dialogue de sourds sur le sort des ferries SeaFrance

Une réunion entre le ministre des Transports, Thierry Mariani, et les syndicalistes de la compagnie de ferries SeaFrance, menacé de disparition avec 880 emplois à la clé, a abouti vendredi à Paris à une impasse totale.

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A cinq jours de l'examen du dossier par le tribunal de commerce de Paris, Thierry Mariani dénonce le "fanatisme" des représentants des salariés qui refusent, selon lui, toute autre solution que leur projet de reprise sous forme de coopérative.

Les salariés critiquent pour leur part le refus du ministre de prendre le moindre risque sur le plan financier et en appellent à Nicolas Sarkozy, auquel ils ont adressé une lettre ouverte.

"On espère que le président de la République va prendre le dossier en main" a dit aux journalistes Didier Cappelle, secrétaire général de la CFDT Maritime Nord, à l'issue de la rencontre au ministère.

Le syndicaliste a dit qu'il fondait ses derniers espoirs sur une réunion prévue sur le dossier lundi à l'Elysée. Thierry Mariani a simplement confirmé "des réunions" gouvernementales, sans évoquer précisément l'Elysée.

Les salariés, qui portent un projet de société coopérative (Scop), réclament des aides ou des avances de l'Etat avec un besoin de financement de 40 à 50 millions d'euros.

Mais le ministre rappelle dans un communiqué que la Commission européenne a interdit à l'Etat et à la SNCF d'apporter un nouveau financement public et que "la recherche d'un partenaire extérieur est donc indispensable".

Le tribunal de commerce de Paris, qui avait placé à la mi-novembre SeaFrance en liquidation avec poursuite de l'activité jusqu'au 28 janvier, doit examiner le dossier le 3 janvier et rendra sa décision une semaine à dix jours plus tard.

Il devra alors dire s'il juge le projet de Scop viable et accepte de confier les rênes de la société aux salariés ou s'il prononce la liquidation définitive de cette filiale de la SNCF.

"L'ARGUMENT DE BRUXELLES NE TIENT PAS"

Le projet de Scop est la seule offre en lice depuis le retrait de Louis Dreyfus Armateurs (LDA), notamment.

Or, Thierry Mariani a affirmé vendredi qu'il n'était absolument pas financé, avec à peine 100.000 euros sur les 40 à 50 millions d'euros nécessaires.

"On est le 30 décembre, le tribunal se réunira le 3 janvier. On a une offre qui n'est pas financée et on est dans une solution qui relève d'une véritable impasse", a-t-il dit.

Le ministre a surtout reproché aux syndicalistes de SeaFrance, déjà critiqués par leurs instances nationales, de refuser toute nouvelle discussion avec LDA, qui serait éventuellement prêt à reformuler son projet permettant de sauver les trois quarts des emplois.

"Le fanatisme sur une seule proposition, c'est coupable. Aujourd'hui, le syndicat SeaFrance porte une très lourde responsabilité. Six cents des 880 emplois auraient peut-être pu être sauvés si le syndicat avait accepté de dialoguer", a-t-il dit.

Didier Cappelle a jugé Thierry Marini de mauvaise foi et rejeté son argument du refus de la Commission européenne, soulignant que la future Scop ne serait pas une entreprise publique et qu'elle pourrait donc recevoir des aides.

"L'argument de Bruxelles ne tient pas debout. Quand on est ministre, on doit prendre des risques", a-t-il dit.

"SeaFrance a simplement besoin d'une avance. Si le ministre ne peut pas demander au FSI (Fonds stratégique d'investissement), à la Banque postale à la Caisse des dépôts et consignations de faire une avance à une entreprise, qui peut le faire ?".

Les quatre navires effectuant d'habitude les navettes entre Calais et Douvres sont bloqués à quai depuis un mois et demi, sur décision de la direction de la compagnie, qui invoquait des inquiétudes pour la sécurité.

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Commentaires 6
à écrit le 02/01/2012 à 11:25
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Il n'est pas surprenant que ce projet de scope ne soit pas financé, car tout simplement infinancable avec le modèle économique actuel... Que les syndicalistes soient idéologues n'est pas une surprise, quand à leur qualité d'entrepreneurs, tout au plu...

à écrit le 02/01/2012 à 6:43
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Je ne suis pas banquier, mais il me semble que ça fait très cher l'emploi. Si les employés sont si confiants dans leur projet, qu'ils se cotisent. Avoir refusé un projet de reprise de 60% du personnel, ça s?assume. On paye aujourd'hui suffisamment po...

à écrit le 02/01/2012 à 6:24
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Ancien d une defunte compagnie aerienne , je comprends la situation de ces braves gens , mais les politiques ont des interets differents qui sont tres (trop) personnels, Le massagre de pauvres employes ne les derange pas et ils continuent a dormir s...

à écrit le 02/01/2012 à 1:27
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LA CFDT emmenée par Monsieur Cappelle est en effet complètement obsédée par l'argent public -pourtant proscrit par l'Union Européenne- puisque qu'AUCUN repreneur privé ne souhaite s'engager tant la situation est délicate pour ne pas dire désespérée. ...

à écrit le 31/12/2011 à 12:13
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Les syndicalistes ne demandent pas seulement que le ministre prenne un risque financier au nom de la France, mais aussi qu'il passe outre aux règles européennes ! Une telle attitude serait hautement INCONSÉQUENTE.

à écrit le 31/12/2011 à 9:18
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L?État n'a pas à prendre de risques. Il est assez endetté. Ce projet de SCOP est utopique. Mieux vaudrait ouvrir ce fameux métro Transmanche (desserte voyageurs cadencée entre Calais et Ashford via le tunnel) pour lequel le matériel existe. Cela donn...

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