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Air France-KLM doit-il sauver Alitalia ?

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 23 septembre 2013 à 12:31 - Mis à jour le 23 septembre 2013 à 21:14

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Réuni ce lundi pour déterminer sa position sur une probable augmentation du capital de la compagnie italienne, le conseil d'administration d'Air France-KLM veut des éclaircissements sur la situation d'Alitalia avant de trancher. Un dossier risqué.

Le conseil d'administration d'Air France-KLM s'est réuni ce lundi en fin de journée pour déterminer l'évolution à donner à sa relation avec Alitalia, dont le groupe est déjà actionnaire de référence avec 25% du capital depuis 2008. Une nouvelle fois aux abois, l'entreprise italienne a besoin d'environ 300 millions d'euros de liquidités pour survivre. Elle réunira ce jeudi un conseil d'administration.

Une augmentation de capital se dessine. Air France-KLM doit trancher sur la position à adopter. Selon nos informations, il y a trois possibilités : ne pas suivre la recapitalisation et se laisser diluer, suivre à la hauteur de sa participation ou aller au-delà jusqu'à 50% maximum à condition que ses prérequis soient acceptés.

Ils sont de trois ordres :  ne pas absorber la dette d'Alitalia (plus d'un milliard d'euros) comme l'a fait en 2009 Lufthansa en rachetant Austrian Airlines (c'est l'Etat autrichien qui l'a récupérée, mais il était actionnaire contrairement à l'Etat italien), que la restructuration soit financée au préalable, et qu'elle dispose d'une plus grande influence dans la gestion de la compagnie italienne. Des conditions lourdes, qui ressemblent à la méthode de sa rivale allemande.

Risque d'exécution

Pour autant, même en mettant la main sur Alitalia pour une bouchée de pain, avec toutes ses conditions acceptées côté italien, le dossier est très risqué. Car, si une telle opération permet de renforcer les positions du groupe français en Italie, le quatrième marché européen, et démontre aussi qu'Air France-KLM, malgré ses difficultés, est capable d'agir pour ne pas se laisser distancer par ses concurrentes, elle comporte néanmoins beaucoup d'incertitudes. "Il y a effectivement un risque d'exécution, mais il faut le tenter", explique un partisan d'une offensive sur Alitalia.

L'influence des politiques

Car, même si Alitalia est une compagnie privée, il semble peu probable que les politiques cessent de vouloir disposer d'une influence sur le transporteur. En ce sens, les conditions de la gestion d'Alitalia seront compliquées. La moindre décision difficile prise par Air France-KLM pourrait très vite se transformer en débat national. Le groupe dirigé par Alexandre de Juniac risquerait ainsi de ne jamais avoir les mains libres en Italie comme Lufthansa les a eues en Suisse et en Autriche (après le rachat de Swiss et d'Austrian).

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 Alitalia peut-elle gagner de l'argent?

Au-delà du contexte, se pose une question. Déficitaire depuis plus 13 ans, Alitalia peut-elle gagner un jour de l'argent ? Peut-elle sortir un jour de l'impasse dans laquelle elle se trouve ? Les handicaps structurels sont en effet nombreux.

A commencer par l'éternel clivage entre le Nord et le Sud de l'Italie qui, pour une compagnie classique (organisé en réseau) rend extrêmement compliqué l'exploitation du marché italien. Celui-ci s'organise en effet avec des flux de trafic affaires partants de Milan et des flux de trafic loisirs entrants par Rome.

De fait, la maîtrise du marché intérieur est difficile. En 2008, Alitalia avait pris une décision très lourde en fermant le hub (système de correspondances) de Milan, pour se concentrer sur Rome. Cette décision, qui se justifiait par l'inefficacité structurelle du système de double hub entre Rome et Milan mis en place en 2000, a eu pour conséquence de laisser s'engouffrer des concurrents aussi redoutables qu'Easyjet ou Emirates à Milan. Cette concurrence sera d'autant plus forte que la compagnie de Dubaï va ouvrir en octobre des vols Milan-New-York.

Concurrence des low-cost et du train

Par ailleurs, la concurrence sur le réseau court et moyen-courrier est féroce avec le train à grande vitesse et les compagnies à bas coûts. Si Alitalia a longtemps gagné beaucoup d'argent sur son réseau domestique grâce la ligne Milan-Rome, l'arrivée des low cost sur cet axe l'an dernier remet en cause chaque jour cet avantage. Elle explique ses difficultés à augmenter les prix, un mal chronique rencontré par Alitalia depuis des années.

Un problème de recettes plus que de coûts

En effet, contrairement à Air France, les difficultés d'Alitalia depuis de nombreuses années ne sont pas la conséquence d'un problème de coûts, mais de recettes. En ce domaine, Air France-KLM pourrait être d'un grand soutien. Ses compétences pour optimiser les prix sont reconnues.

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Enfin, le calendrier tombe mal pour Air France-KLM. Comment gérer Alitalia quand la plus grande filiale du groupe, Air France, est en pleine restructuration ? Comment justifier d'investir dans une compagnie au bord du gouffre aux salariés d'Air France à qui l'on demande plus d'efforts pour survivre ? De quoi alimenter un débat agité ce lundi au conseil d'administration.

Fabrice Gliszczynski

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