Air France fait décaler la mise en service du Terminal 4 de Roissy à 2028

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Vue d'artiste du futur Terminal 4 de Roissy-Charles de Gaulle (DR).
Vue d'artiste du futur Terminal 4 de Roissy-Charles de Gaulle (DR). (Crédits : DR)
Alors que l'ancienne direction d'Air France poussait pour avoir une première tranche du Terminal 4 en 2024, la compagnie, sous l'impulsion du nouveau DG canadien d'Air France-KLM Ben Smith, préfère disposer d'une nouvelle infrastructure complète en 2028, comme ADP l'a toujours prévue. Ceci afin d'éviter des difficultés opérationnelles et de qualité de service entre 2024 et 2028. En effet, le schéma 2024 ne prévoyait qu'une zone d'embarquement. Par ailleurs, Ben Smith s'est dit intéressé par une extension du Terminal 2 en cas de retard dans la construction du Terminal 4.

Menée par la Commission nationale du débat public (CNDP) entre le 12 février et 12 mai, la concertation préalable sur le projet de construction du Terminal 4 de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle promet d'être animée. Plusieurs centaines de collectivités locales et les différentes parties prenantes vont ainsi débattre sur ce projet colossal de 8 à 9 milliards d'euros, qui permettra d'augmenter progressivement la capacité d'accueil de Roissy de 35 à 40 millions passagers supplémentaires au cours des 20 prochaines années. Et d'absorber ainsi un trafic aérien qui devrait atteindre en 2037 entre 107 et 126 millions de passagers, contre 72,2 millions l'an dernier. D'une capacité équivalente à l'aéroport d'Orly, ce Terminal 4 permettrait de pousser les capacités maximales de l'aéroport de Roissy à 120 millions de passagers, contre 80 millions estimées jusqu'ici.

Pas de nouveau terminal pour les JO 2024

Le calendrier des différentes étapes du projet a quelque peu bougé. L'an dernier encore, une première tranche de ce terminal était prévue pour ouvrir peu avant les Jeux Olympiques de Paris en 2024 afin de répondre aux demandes de développement d'Air France. Aujourd'hui, l'arrivée de Ben Smith à la tête d'Air France-KLM a chamboulé le programme. Si le dossier de concertation du projet de construction du Terminal 4 évoque une mise en service des premières installations "à une date à préciser à partir de l'été 2024", et s'il y aura bien des travaux pour des accès routiers ou des "aires avions" qui seront construits à ce moment-là, Air France et ADP sont tombés d'accord pour une mise en service en 2028.

"Nous ne livrerons d'infrastructure visible pour le passager qu'à l'horizon 2028. A un moment, nous avions envisagé d'autres solutions, qui étaient dégradées au niveau de leur performance opérationnelle et de la qualité de service. En travaillant avec les compagnies, et notamment avec le directeur général d'Air France-KLM, nous avons trouvé un accord pour commencer à livrer le terminal en 2028", a expliqué ce vendredi Edward Arkwright, le directeur général exécutif d'ADP, lors d'un point presse.

Ben Smith revient sur les travaux de l'ancienne direction

Pourquoi un tel décalage? Air France a, en fait, repoussé le besoin de nouvelles capacités aéroportuaires, non plus en 2024 comme c'était le cas du temps de l'ancienne direction, mais à 2028. La compagnie estime d'une part qu'en optimisant son programme de vols et les installations actuelles de Roissy, voire en ajoutant quelques infrastructures légères (des portes d'embarquement, des points de parking...), la croissance du trafic prévue permet d'attendre 2028, date de l'ouverture d'une infrastructure complète du Terminal 4, laquelle a toujours été prévue par ADP en 2028. Par infrastructure complète, on entend des zones d'enregistrement, des postes de contrôle, des zones d'embarquement et un système de liaisons automatiques des passagers et des bagages reliant le Terminal 4 aux terminaux 2E et 2F (le système de correspondances actuel d'Air France ou hub).

La plupart de ces fonctions n'ont jamais été envisagées dans un schéma d'ouverture d'une première tranche du terminal en 2024. Seule figurait une zone d'embarquement, entraînant une logistique compliquée pour les transferts de passagers et des bagages entre les terminaux 2E-2F et le Terminal 4. Notamment des transferts en bus. Ben Smith n'en a pas voulu : incompatible avec sa stratégie de montée en gamme. Le Canadien préfère disposer d'une infrastructure complète en 2028 plutôt qu'une première tranche limitée en 2024, synonyme de conditions dégradées pour les passagers pendant quatre ans.

"2028, c'est son échéance [de Ben Smith, Ndlr] cela tombe bien, c'est la nôtre aussi", a déclaré Edward Arkwrigth.

Stratégie d'optimisation des infrastructures actuelles

Ce schéma passe donc par une phase d'amélioration des infrastructures actuelles. D'une manière générale, Roissy va récupérer de la capacité avec l'ouverture du terminal 2B d'ici à 2020, et devra, selon certaines sources, construire des "petits bouts" d'infrastructures (des portes d'embarquement, par exemple), pour tenir jusqu'en 2028.

Pour autant, selon nos informations, il existe un "plan B" si d'aventure le trafic devait s'avérer plus important que les 2% à 3% de croissance annuelle prévue par ADP jusqu'à 2028, d'ailleurs jugées "prudentes" par Edward Arkwright. Il passerait par le retour au schéma initial, mais pour 2026, avec des transferts sous-terrains vers les terminaux 2E et 2F en véhicules autonomes.

Ben Smith intéressé par l'extension du Terminal 2

L'arrivée de Ben Smith ne se traduit pas uniquement par la modification du calendrier des différentes étapes du Terminal 4. Mardi, lors de son audition à l'Assemblée nationale, le Canadien a sorti de son chapeau un élément nouveau dans le dossier, jamais évoqué jusqu'ici, du moins publiquement. S'il a évidemment parlé du Terminal 4, il a fait état d'une "deuxième option", qui  l'intéressait également : celle de poursuivre l'extension du terminal 2E vers l'Est en construisant une nouvelle zone d'embarquement. Baptisés "Satellite 5", cette infrastructure s'inscrirait dans la continuité des satellites "3" et "4" du terminal 2E, qui peuvent accueillir chacun autour de 8 millions de passagers par an.

"Nous soutenons la croissance de capacités prévue par ADP. Nous comprenons qu'il faut une étude environnementale majeure et nous la soutenons. Nous souhaitons veiller à ce que l'ensemble des options pour la meilleure méthode d'augmentation des capacités à Roissy restent ouvertes pendant cette phase. Pour l'instant il y a deux options majeures sur la table : celle de bâtir un terminal substantiel, et une autre option qui nous intéresse aussi, celle de l'extension des terminaux 2E-2F actuels. Il y a S3 et S4 [des zones d'embarquement du terminal 2E, Ndlr], nous considérons la possibilité d'un S5", a-t-il déclaré à l'Assemblée nationale.

En fait, Ben Smith n'oppose pas les deux options. Il cherche plutôt à ne pas se laisser enfermer dans la seule option du Terminal 4 et à garder la possibilité de réactiver à tout moment une autre option en cas de retard dans les travaux notamment.

C'est un peu le sens de son courrier envoyé le 16 janvier au Pdg d'ADP, Augustin de Romanet, que La Tribune s'est procuré. S'il a assuré qu'Air France soutiendra le lancement d'une concertation sur ce projet de Terminal 4, à condition que ses attentes soient partagées, Ben Smith a ajouté :

"En attendant de valider la performance de ce projet par une analyse détaillée, je vous demande d'inclure dans le dossier de concertation une alternative de déploiement vers l'Est des infrastructures actuelles avec un terminal -scénario de type S5- moins capacitif-, mais permettant de reporter au-delà de 2028 le besoin du Terminal 4 pour Air France et ses partenaires."

L'hypothèse de l'extension vers l'Est a été inscrite dans le dossier de concertation, sans toutefois mentionner le "S5".

Un satellite 5 au Terminal 2 obligerait à détruire le Terminal 2G

Pour autant, un tel satellite 5 ne serait pas sans poser de problème puisqu'il se situerait sur l'emplacement du Terminal 2G, pour les avions régionaux d'Air France, terminal qu'il faudrait détruire.

"Le Terminal 2G a une capacité de 4 millions de passagers, le S5, cinq millions. Ce scenario est dégradé par rapport au scénario de référence parce que les ressources de capacités sont largement inférieures mais avec des difficultés de réalisation assez proche d'une première phase d'un Terminal", a expliqué Edward Arkwrigth, précisant que l'on "ne pourrait pas aller au-delà vers l'Est (...).

Ce dernier a réitéré sa confiance sur la capacité d'ADP à livrer le Terminal 4 à l'échéance prévue et avec les fonctionnalités prévues.

Par ailleurs, si le débat sur le design du terminal est mis entre parenthèses pendant la concertation, il est encore loin d'être achevé.

Lire ici : Choix du terminal 4 de Roissy : les compagnies aériennes en colère

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Commentaires
a écrit le 26/01/2019 à 13:53 :
Le projet d’ADP , consiste à maximiser sa recette par passager , pas celle de compagnies aériennes .
Le projet initial pouvait se résumer à : mettre des avions autour d’un centre commercial gigantesque dans le but d’installer un maximum de commerces , de luxe préférentiellement, pour encaisser un maximum de loyers .
On n’a pas conçu la Gare de Lyon au milieu des Galeries Lafayettes ....
Ce qui ressort , et que l’on peut voir sur la « vue d’artiste » figurant sur l’article https://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/choix-du-futur-terminal-4-de-roissy-les-compagnies-aeriennes-en-colere-794054.html , est que la circulation des avions autour de ce nouveau terminal ne semble pas optimale : grands cul-de-sacs où les avions , partant tous à la même heure pour cause de plateforme de correspondance, se bloquent les uns les autres entraînant des retards .
On était donc en présence d’un projet qui ne présentait d’intérêt que pour l’exploitant aéroportuaire mais signifiait la mort lente de ses utilisateurs : les compagnies aériennes .
Il est donc absolument nouveau que le PDG d’AFKLM parvienne à infléchir le cours de décisions au bénéfice son entreprise plutôt qu’à celui de l’état français . De ce fait, il se place en chef d’entreprise plutôt que comme une courroie de transmission entre l’état français et Air France.
Toute la question est de savoir : combien de temps l’état français laissera t’il Ben Smith libre de ses décisions?
a écrit le 26/01/2019 à 10:46 :
Nous vivons dans un pays où l'on ne cesse de repousser les projets d'investissement et de développement, en revanche les dysfonctionnements et autres troubles, eux ne sont jamais repoussées.
a écrit le 26/01/2019 à 10:40 :
décision d´un opérationnel qui connait la vie d´un aéroport contre l´ancien plan d´énarques n´y connaissant rien et pantouflent dans les bureaux ou cocktails mondains ....

"La plupart de ces fonctions n'ont jamais été envisagées dans un schéma d'ouverture d'une première tranche du terminal en 2024. Seule figurait une zone d'embarquement, entraînant une logistique compliquée pour les transferts de passagers et des bagages entre les terminaux 2E-2F et le Terminal 4. "
a écrit le 25/01/2019 à 20:24 :
Ben, on peut toujours penser à décentraliser certaines lignes telles que LYS-RUN , LYS-PAP et LYS-FdF qui auraient un potentiel en vol direct, surtout si AF commercialise ces lignes en hub régional (TLS-LYS-RUN par exemple) !!! en tout cas, la concurrence exploite DEJA des vols directs notamment vers la Réunion : qu'on ne me dise pas qu'AF n'a pas le potentiel de XL airways par exemple ... ! Après, pourquoi pas un ou deux vols hebdomadaires, pourquoi pas en saisonnier, ... en alternant les 3 destinations outremers, un long courrier ferait sens.. et LYS est certainement un aéroport moins cher que Paris!
a écrit le 25/01/2019 à 19:07 :
Imcompréhensible !!!
a écrit le 25/01/2019 à 17:37 :
Génial ! En 2028, je serai parti à la retraite au fin fond de la Creuse !!! Terminé les avions et le monde de dingues !
a écrit le 25/01/2019 à 16:59 :
Bravo Ben !
Plutôt que de partir avec un schéma opérationnel bancal où les client auraient pâti d'une déformation du hub, cela laisse le temps aux parties prenantes de se poser, et de définir ensemble un meilleur scénario. C'est notamment son profil d'OVNI dans le paysage aéroportuaire français qui lui a donné l'audace de contrer ainsi le schéma initial d'ADP pour faire primer le bon sens (canadien). Pas sûr qu'un président-énarque aurait osé ! De plus, ce report met la pression à la fois sur AF et sur ADP pour trouver des solutions d'accompagnement de la croissance de 2024 à 2028 avec les infrastructures existantes, ce qui est une bonne chose pour délier l'imagination et accroître leur coopération.
Ben marque ainsi un nouveau point -de taille !- dans son parcours sans faute jusqu'à présent !
Réponse de le 25/01/2019 à 17:22 :
Calme ; il n''est là que depuis 4 mois voire 5 .
Que ne disait on de MACRON ou GHOSN au bout de leurs 5 1ers mois !

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