Exploitant du tunnel sous la Manche, Getlink verrait d'un bon œil l'arrivée de nouveaux opérateurs entre le continent et le Royaume-Uni. Jacques Gounon, président du conseil d'administration du groupe franco-britannique, se verrait même bien donner un coup de pouce aux prétendants, à commencer par le groupe espagnol Renfe. Il serait même prêt à investir plusieurs centaines de millions d'euros pour venir concurrencer Eurostar sur son terrain. A l'occasion d'une rencontre organisée par l'Association des journalistes des transports et des mobilités (AJTM) ce vendredi, le dirigeant a annoncé ses ambitions.
Interrogé sur la possibilité de s'allier avec un opérateur, Jacques Gounon n'a pas hésité à répondre ouvertement : "si je le faisais, je commencerais par le transmanche car ce serait immédiatement rentable pour moi". Après avoir salué la qualité d'Eurostar, il a souligné que de la concurrence pourrait être bénéfique pour la filiale de la SNCF (55 %), la Caisse de dépôt et placement du Québec (30 %) et Hermes Infrastructure (10 %) après avoir souffert fortement pendant la crise doublée du Brexit. Le dirigeant estime ainsi que l'arrivée de la concurrence pourrait générer une induction de trafic de l'ordre de 20 % par rapport au trafic pré-crise, soit 2 à 3 millions de passagers supplémentaires.
Jacques Gounon a ainsi posé sur la table la possibilité de louer à d'autres opérateurs des rames homologuées pour voyager sous la Manche. Le coût d'investissement initial pour l'achat de matériel roulant constitue en effet l'un des freins majeurs à l'arrivée de nouveaux opérateurs. Les contraintes techniques pour rouler entre la France et le Royaume-Uni sont très spécifiques, avec par exemple l'obligation d'avoir des trains monolithiques de près de 400 m et équipés pour les différentes signalisations des pays traversés (en attendant la généralisation du système européen ERTMS). Le président de Getlink n'hésite d'ailleurs pas à parler de contraintes extravagantes.