La cohabitation des pilotes d’Air France et de Transavia vole en éclats !

 |   |  1584  mots
Un Boeing 737-800 de Transavia.
Un Boeing 737-800 de Transavia. (Crédits : dr)
Le SNPL Transavia a dénoncé l'accord de détachement des pilotes d'Air France vers sa filiale low-cost. Le syndicat invoque des "inégalités" entre les deux populations. En parallèle, une cinquantaine de pilotes "historiques" de Transavia portent plainte.

Des pilotes « historiques » de Transavia qui s'estiment lésés par rapport à ceux d'Air France et vont demander réparation au tribunal ; un collectif de copilotes d'Air France détachés chez Transavia qui menace de faire grève pour dénoncer leurs conditions de rémunération ; un accord signé en décembre 2014 dans la foulée de la grève des pilotes d'Air France dénoncé par le SNPL Transavia : ce qui devait arriver, arriva. La cohabitation au sein de Transavia, la filiale low-cost d'Air France et de KLM, entre les pilotes Transavia et ceux d'Air France qui y sont détachés, vole en éclats. Cette fracture, qui se manifeste aussi au SNPL (Syndicat national des pilotes de ligne), entre le bureau du SNPL Transavia et celui d'Air France, atteint aujourd'hui son paroxysme avec la dénonciation par le SNPL Transavia de l'accord sur les conditions de détachement des pilotes d'Air France vers sa filiale low-cost.

Courrier envoyé à Jean-Marc Janaillac

Selon nos informations, le bureau Transavia du SNPL a envoyé ce mercredi un courrier à la Pdg de la compagnie, Nathalie Stubler, et à Jean-Marc Janaillac, président d'Air France et Pdg d'Air France-KLM, leur annonçant la dénonciation de l'avenant n°14 de l'accord collectif pilotes chez Transavia. Ce dernier concrétisait, au sein de la filiale low-cost, les conditions de détachement des pilotes d'Air France définies dans un accord quadripartite signé par les directions d'Air France et de Transavia et les bureaux Air France et Transavia du SNP en décembre 2014, deux mois après les 15 jours de grève des pilotes d'Air France.

Les copilotes Air France motivés pour monter en grade plus vite

Pour rappel, cet accord autorisait Transavia à se développer fortement, jusqu'à 40 avions. Soit bien au-delà de la limite de 14 avions fixée par l'accord de création de Transavia de 2007, lequel stipulait que la croissance au-delà de 16 avions devait se faire par des pilotes Air France sur des avions Air France.

Cet accord fixait parallèlement les conditions de détachement des pilotes d'Air France chez Transavia, dont toute la croissance leur est réservée. Ces derniers, des copilotes d'Air France motivés par un passage plus rapide au poste de commandant de bord qu'à Air France (dont les évolutions de carrière étaient bloquées en l'absence de croissance), allaient donc travailler avec des commandants de bord et des copilotes de Transavia, recrutés, eux, directement par la compagnie depuis 2007. Ces détachés disposent d'un contrat Air France et Transavia, et travaillent aux conditions appliquées au sein de la compagnie low-cost. Nathalie Stubler connaît parfaitement le dossier. Elle était à l'époque la directrice de cabinet du Pdg d'Air France-KLM de l'époque, Alexandre de Juniac.

Consultés par le SNPL Transavia, les pilotes « historiques » de la compagnie à bas coûts, se sont prononcés à 92% en faveur de la dénonciation de l'accord.

"Deux ans après l'accord, le bilan est dramatique"

Dans le courrier, le SNPL Transavia dénonce "les inégalités intolérables vécues par les pilotes 'historiques' de Transavia" malgré les engagements de rééquilibrage de la direction de l'époque.

«Deux ans après, le bilan est dramatique : tout est bloqué, et les pilotes de Transavia continuent de subir les conséquences des iniquités générées par la signature de ces accords», indique le SNPL Transavia.

Le SNPL Transavia dénonce notamment des actes de carrière différents et une évolution de carrière beaucoup plus rapide pour les pilotes détachés d'Air France que pour les pilotes historiques de Transavia.

«Ceci parce qu'ils arrivent chez Transavia avec leur ancienneté chez Air France», déplore un pilote historique.

Le SNPL Transavia dénonce le "ratio 1/7"

Le SNPL Transavia exige que les pilotes détachés d'Air France soient intégrés dans la liste de séniorité (ou LCP dans le jargon, pour "liste de classement professionnel") de Transavia. Pour rappel, la liste de séniorité fixe tous les actes de carrière (et donc de rémunération) des pilotes dans une compagnie. Même si son application est plus réduite aujourd'hui, les pilotes ont toujours en travers de la gorge le ratio de 1/7 qui fait que les copilotes "historiques" de Transavia passent, toutes les 7 opportunités de postes de commandant de bord, après les copilotes détachés d'Air France.

Par ailleurs, parmi les récriminations, le SNPL Transavia déplore aussi que les actes de carrière d'un pilote soient liés à la part des "historiques" et des "détachés" dans la compagnie. Comme toute la croissance de Transavia est destinée aux pilotes d'Air France, ces derniers auraient de facto plus d'avantages, explique un pilote "historique".

Le SNPL Air France n'a pas la même appréciation

Les pilotes détachés et le SNPL Air France n'ont pas du tout la même appréciation de la situation. Au contraire.

"A l'arrivée des premiers détachés Air France en 2013, la liste des pilotes historiques s'est figée à 103. Rappelons qu'au-delà de 14 avions, la totalité des places devait revenir aux pilotes Air France, donc les 28 derniers de la liste de séniorité de Transavia n'avaient aucun espoir de passer commandant de bord avant de nombreuses années. Avec la croissance de Transavia au-delà de 14 avions, même si certains pilotes (les plus proches de l'accession à la fonction de commandant de bord) ont vu leur carrière légèrement ralentie, ce sont bien, à l'hiver 2016/2017, 81 pilotes historiques (donc 6 de plus) qui seront commandants de bord chez Transavia. Avec le départ vers une carrière Air France de plusieurs copilotes, il ne restera plus à la fin de cet hiver que 8 copilotes éligibles au passage commandant de bord parmi tous les pilotes historiques Transavia. Ils sont tous susceptibles de débuter un stage dans un délai de 2 à 3 ans, vu les projections de croissance de Transavia », explique le SNPL Air France dans un tract envoyé avant la dénonciation, précisant qu'ils le deviendront après 8 à 9 ans d'ancienneté quand il faut 14 ans d'ancienneté à Air France pour devenir commandant de bord sur B737."

"Les vraies motivations [du SNPL Transavia] sont ailleurs"

Pour le SNPL Air France, « les vraies motivations sont ailleurs ». Le SNPL Transavia  a «l'objectif clair d'obtenir la reprise de l'ancienneté de Transavia à leur arrivée chez Air France». Ce qui les ferait passer devant 600 pilotes Air France dans la liste de séniorité Air France, certains arrivant même aux portes du long-courrier. Les pilotes d'Air France craignent en outre qu'une intégration des pilotes de Transavia sur la LCP Air France ne crée une sorte de jurisprudence et ne pousse, demain, les pilotes de HOP à demander la même chose. Pas sûr néanmoins que cela puisse tenir la route dans la mesure où il n'y a pas de détachés chez HOP.

Du premier pilote entré dans l'entreprise au dernier, la LCP régit tous les actes de carrière. La carrière type pour 80% des pilotes est de commencer copilote moyen-courrier puis copilote sur long-courrier puis commandant de bord sur moyen-courrier puis commandant de bord sur long-courrier.

«La reprise d'ancienneté est la raison de la menace de la dénonciation (aujourd'hui réelle) des accords et de la cinquantaine de procès initiés par des pilotes Transavia historiques », estime le SNPL Air France. En effet, des pilotes ont saisi le tribunal pour demander réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi dans leur rémunération et leur évolution de carrière en raison de la différence de statuts au sein de Transavia.

«Ce n'est pas l'intégration dans la LCP Air France que nous voulons, mais l'application de la LCP Transavia à tous les pilotes de Transavia. Le SNPL Air France fait chez Transavia ce qu'il refuse de faire chez Air France », rétorque un pilote de Transavia.

Rémunération des copilotes

Derrière le débat sur les LCP, se jouent les questions de rémunération. Et, dans chaque camp, on estime que la rémunération des copilotes constitue le principal sujet de Transavia. A la fois chez les historiques que chez les détachés.

"90 des 130 copilotes de Transavia sont handicapés par la rémunération", explique un pilote détaché chez Transavia. «A l'embauche, les copilotes de Transavia sont payés 20% à 25% de moins que leurs confrères d'Easyjet basés à Orly et volant sur les A320 : soit 60.000 euros annuels chez Transavia contre 80.000-85.000 euros chez Easyjet ou Air France, selon un pilote de Transavia. "Ceci avec une évolution réduite de 2% par an, chez Transavia",  ajoute-t-il.

Par ailleurs, un certain nombre de copilotes détachés Air France chez Transavia voient d'un sale œil que, pendant leur détachement, Air France embauche directement de nouveaux copilotes sur A320.

Au final, certains pilotes estiment qu'il faudrait 5 à 6 millions d'euros pour aligner plus ou moins la rémunération des copilotes Transavia avec celle des copilotes A320 d'Air France.

Que vont faire les directions d'Air France et de Transavia ? Elles sont dans l'embarras. Il y a peu de chances qu'elle parvienne à réconcilier ces deux populations qui travaillent ensemble dans les cockpits. Il est probable que ce dossier intègre celui, plus large, de la négociation d'un nouvel accord d'entreprise à Air France et de la définition des conditions de travail dans une nouvelle filiale long-courrier.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/12/2016 à 1:04 :
ce qui me parait juste, c'est que l'ancienneté soit prise en compte au niveau du groupe !
Que ce soit un copilote AF qui arrive chez Transavia qui a des capacités de développement que ne propose pas AF (pour cela, il faudrait que les pilotes se demandent pourquoi AF est la compagnie la moins rentable d'europe, et donc n'a pas de capacité de création de poste !?!), ou que ce soit un PN Transavia postulant pour un poste chez AF !
Après, chaque compagnie propose des avantages et des inconvénients : AF des postes à des conditions plus attractives, mais peu de possibilités d'évolution. Transavia, des conditions plus "spartiates" mais des possibilités d'évolution plus rapides : chacun postulera selon son ambition de carrière, mais doit être rémunéré "à poste égal dans une compagnie, des conditions égales" ! il n'y a aucun raison pour que le SNPL AirFrance continu d'exiger de s'accaparer toute la croissance des postes chez Transavia, puisque ce même syndicat dénonce les conditions pourtant acceptées en 2014, réservées aux PN AF détachés chez Transavia !!
a écrit le 19/12/2016 à 13:21 :
Cette compagnie est de plus en plus distancé, les finances fragiles, VIVEMENT SA FAILLITE. qu'elle continue sans surtout rien changer, renonce à transavia. Qu'elle expédie les affaires courantes et cède à toutes les greves jusqu'à faillite
a écrit le 19/12/2016 à 0:33 :
Debat typique de la France, on veut le beurre, l'argent du beurre et la fermiere en plus 😃
Dommage que la rigueur neerlandaise ne puisse pas etre appliquee a AF.
La solution, je ne pense pas qu'il en existe une viable, peut etre laisse AF disparaitre tout doucement et recommencer sur des bases saines.
a écrit le 18/12/2016 à 17:55 :
Je comprends les pilotes Transavia : le SNPL Air France, fait la pluie et le beau temps chez eux, décide avec la direction , en court-circuitant le SNPL Transavia, de se qui s'applique chez Transavia !!!
Le plus juste serait une prise en compte de l'ancienneté au niveau de chaque structure : Transavia se développant plus vite, elle propose plus de places et donc plus de possibilité d'obtenir une promo... mais sans distinction de la filière pour entrer chez Transavia !
Si les pilotes AF choisissent de venir chez Transavia, c'est que plus de places = progression plus rapide, même si les conditions de travail (avantages sociaux, temps de vol,...) sont plus Low-costs... mais on ne peut demander le beurre et l'argent du beurre !
a écrit le 18/12/2016 à 11:55 :
Pour info, le salaire d'un OPL 777 du Bureau SNPL AF et de 12000 euros brut/mois pour environ 450 h de vol. Le reste étant consacré à l'activité syndicale : tract, paperasse, entretien machine à café....
a écrit le 17/12/2016 à 11:11 :
Qu'ils aillent pointer au Paul Amploie et on n'entend plus de parler ces bons à rien qui vivent toujours à lépoque glorieuse de Roland Garros de St Ex de Guynemer...
a écrit le 17/12/2016 à 10:54 :
Attention attention. la comparaison de chiffres. Combien de temps travaillent ils ? les avantages directs et indirects, 13 mois pas de 13. Il m'etonnerait vraiment qu Easy jet paie les navigants idem qu'air France. Alors comment font ils pour degager de tels benéfices enormes ? Alors qu'air france continue de creuser le fossé. Quelque chose cloche dans l'exposé. Ca donne l'impression d'etre un panier de guepes. seule solution/ déposer le bilan pour remettre les choses "clean"
a écrit le 17/12/2016 à 2:09 :
Mais laissez donc tranquilles ces Pilotes, pour une fois qu'il n'y a pas de menace de grève, à quoi bon cracher son venin??? Allez taper dans un punching ball, sortez respirer le grand air mais cessez d'exprimer votre jalousie typiquement française qui consiste à regarder ce que son voisin a dans son assiette et espérer qu'il perde tout...
Pauvre France!!!!!
a écrit le 16/12/2016 à 23:22 :
c'est à vomir quand on voit le salaire de copilote et même pas d un commandant dont on s imagine pas le pactole...pour le tier ou le quart un conducteur cette fois seul au commande d un tgv va faire du paris francfort (800km) par exemple et etre etre paye les quart de ce que touchent ces pilotes! une honte.... et tous sa avec les mêmes responsabilités !
Réponse de le 17/12/2016 à 1:54 :
Mêmes responsabilités?
Vous n'avez jamais pris l'avion vous?
Gérer une machine en 3D au lieu d'une... voilà la grosse différence, avec de plus des conditions météo marginales, avec pleins d'autres avions autour...
Puis comparez ce qui est comparable: les salaires en Chine: 300000$ pour un CDB A320, KLM? Mieux payés et travaillant moins qu'à Air France.
Donc cessez de croire des histoires vieilles de 50 ans.
On ne parle pas ici de grève potentielle, retourner à vos occupations au lieu de cracher votre venin bêtement
Réponse de le 17/12/2016 à 11:08 :
@iceman faut pas exagérer Purée ça me fout les boules de lire ces sordides. Tout le pilotage de l'avion est fait par les trois calculateurs de bord. Les pilotes roupillent et explorent les arrières trains des hôtesses bien roulées. Les pilotes et le copiltotes ne font absolument rien mais rien devant leur tableau de bord. Un conducteur de train de métro de TGV ont plus de responsabilités envers de leurs passagers qu'un commandant de bord. Il faut rendre à César...
a écrit le 16/12/2016 à 19:39 :
Il y a un bug dans la machine...vite, effectuons un RESET !!!
a écrit le 16/12/2016 à 17:54 :
Rien ne va jamais au syndicat de pilotes d'Air France.
Il y parviendront à couler la compagnie et à faire payer le contribuable, encore un petit effort!
Réponse de le 17/12/2016 à 10:42 :
L'action dont il est sujet dans cet article a été initiée par les pilotes de Transavia et non ceux d'Air France...
a écrit le 16/12/2016 à 17:29 :
Les pilotes d'Air France vont finir par mettre en faillite la compagnie. Finalement, c'est peut-être la meilleure solution tant ce corporatisme bloque toute évolution possible.
Le personnel au sol vont payer la facture alors qu'ils sont nettement moins bien rémunérés
que les pilotes syndiqués.
a écrit le 16/12/2016 à 17:21 :
Le problème d'AIRFRANCE est extérieur à l'entreprise. Il est commun avec toutes les entreprises soumises à la concurrence internationale. Mais c'est trop difficile à comprendre, surtout de la part du pouvoir politique actuel. Mais qui est capable de le comprendre? Il consiste à basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique.
Réponse de le 17/12/2016 à 19:05 :
Le problème d'AirFrance ce sont les corporations qui la rongent en préférant regarder leurs avantages personnel au détriment de l’intérêt collectif. Et pour cela les pilotes sont les champions...
a écrit le 16/12/2016 à 14:29 :
Je comprends que l'article soit long car les choses sont éminemment compliquées à expliquer. Et si Transavia s'appelait EasyJet, on aurait plus aucun problème....
a écrit le 16/12/2016 à 14:25 :
il faut se débarrasser de Air France et vendre Transavia a la low cost française Air Caraibes bien meilleur gestionnaire et tout a fait complémentaire !
Réponse de le 16/12/2016 à 15:51 :
Tout à fait d'accord ; une seule solution : tout fermer et licencier , pour réembaucher au compte gouttes et aux conditions du PDG et non celles du SNPL ( ex : Regan avec les controleurs aériens US )
Réponse de le 19/12/2016 à 16:39 :
.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :