Le trafic aérien dégringole de 20% en France : les aéroports demandent l'annulation de taxes spécifiques

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(Crédits : Pascal Rossignol)
Selon l'Union des aéroports français (UAF), le trafic aérien a dégringolé de 20% depuis le début du mois de mars. Craignant des faillites de compagnies aériennes et des menaces sur l'emploi, les aéroports demandent au gouvernement des reports de charges et l'annulation de la dernière taxe mise en place le 1er janvier. Il s'agit de l'écotaxe qui, en fait, est devenue un complément de la taxe de solidarité.

« L'emballement et la psychose qui entourent l'épidémie de Covid-19 ont des effets désastreux. Le transport aérien français dévisse. » Ce mardi, lors d'une conférence de presse, Thomas Juin, le président de l'Union des aéroports français (UAF), n'a pas caché son inquiétude pour le transport aérien français. Après un mois de février marqué par un recul de trafic de 15%, «les aéroports français enregistrent une baisse de trafic de 20% en moyenne depuis début mars », a fait valoir Thomas Juin. Et cela ne va pas s'arranger. Selon la société ForwardKeys, cité par l'UAF, les réservations pour les vols long-courriers vers l'Europe au cours des prochaines semaines sont en chute de 79%.

"Tout ce qui est perdu ne sera pas rattrapé"

L'inquiétude des aéroports est d'autant plus forte que cette chute de trafic intervient au moment où va débuter à partir de fin mars la saison aéronautique d'été (jusqu'à fin octobre), une période traditionnellement faste pour tous les acteurs du secteur.

« Tout ce qui est perdu ne sera pas rattrapé, et l'année 2020 sera plus sombre que 2019 qui a été une année record avec 214 millions de passagers accueillis dans les aéroports tricolores », a prédit Thomas Juin.

Contrairement à d'autres secteurs, les compagnies aériennes ne peuvent pas stocker leur production.

La crainte des faillites de compagnies aériennes

Cette inquiétude en appelle une autre : que cette crise, si elle dure, entraîne la faillite de compagnies aériennes.

«Au Royaume-Uni, la disparition de la compagnie Flybe met en danger 8 aéroports. Certains pourraient fermer », a fait valoir Thomas Juin.

Les aéroports tirent donc la sonnette d'alarme. Près de 200.000 personnes travaillent dans les aéroports français.

« Nous appelons le gouvernement à protéger en urgence le secteur par des mesures fortes et spécifiques, à savoir un report de charges sociales et de fiscalité, notamment la fiscalité spécifique du transport aérien français », a indiqué Thomas Juin.

« La première chose à faire, c'est d'annuler la taxation qui s'applique depuis le 1er janvier sur le transport aérien français uniquement, qui va peser par exemple à hauteur de 60 millions d'euros sur Air France. Si on ne veut pas aggraver les choses, il faut l'annuler », a ajouté le président de l'UAF.

Il s'agit en fait de l'écotaxe votée l'an dernier, mise en place le 1er janvier, et intégrée depuis dans la taxe de solidarité (la fameuse "taxe Chirac" destinée à financer les programmes de santé des pays en développement) car il fallait au préalable la notifier à Bruxelles. Ce changement de statut n'est pas neutre pour les compagnies. Cette nouvelle taxe s'applique à tous les vols alors qu'initialement les vols vers l'Outre-mer, la Corse et les lignes d'aménagement du territoire ne devaient pas être concernés.

Suspendre la règle du "use-it-or-lose-it"

L'UAF demande par ailleurs à Bruxelles de mettre en place un moratoire pour la saison estivale sur la réglementation des créneaux horaires pour les aéroports congestionnés, laquelle oblige les compagnies à utiliser leurs créneaux horaires à au moins 80% au cours d'une saison sous peine de se les voir retirer la saison suivante. Elle suit la demande des compagnies aériennes mais aussi des gestionnaires des créneaux horaires en Europe. Ces derniers proposent une suspension de la règle "use-it-or-lose-it" jusqu'à fin juin seulement pour ne pas entraver une éventuelle reprise du trafic au cours de la pointe été, avec la possibilité de prolonger le moratoire si la crise perdure. Une demande entendue par la Commission européenne qui, ce mardi, a indiqué qu'elle allait suspendre cette règle.

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Commentaires
a écrit le 11/03/2020 à 8:35 :
Détaxez! Qu'ils crient...
Mais ils le sont déjà détaxés, depuis toujours: Six milliards rien sur les carburants mis à bord au départ d'aéroports français en franchise de "TIPP", cinq milliards (au niveau européen) pour la franchise de TVA dont jouit l'aérien intra-européen, en contravention avec l'esprit du marché unique...
Réponse de le 12/03/2020 à 8:44 :
Plutot que de voir la sous taxation du gasoil, pourquoi ne pas évoquer plutôt les 200% de taxe sur l'automobile ??
A votre avis, qu'est ce qui empêche une compagnie de délocaliser son approvisionnement en gasoil ?
a écrit le 10/03/2020 à 17:40 :
Et tandis que les actionnaires planquent leurs gains dans leurs paradis fiscaux ils interpellent leurs sous-fifres pour pomper encore plus les finances publiques...

Et personne n'a honte !?

Le déclin c'est toujours trop long vers la fin.

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