Norwegian s'achète du temps en lançant une augmentation de capital

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Norwegian Air Shuttle a subit près de 400 millions d'euros de pertes. d'exploitation en 2018
Norwegian Air Shuttle a subit près de 400 millions d'euros de pertes. d'exploitation en 2018 (Crédits : TT News Agency)
En difficulté financière, Norwegian Air Shuttle a annoncé ce mardi une augmentation de capital de 3 milliards de couronnes (309 millions d'euros). De quoi lui permettre de passer l'été. La compagnie remet en cause par ailleurs sa stratégie de croissance et est prête à discuter d'une opération de consolidation.

Article modifié le 30 janvier 22h09 avec précisions sur les modalités de l'augmentation de capital

Norwegian s'achète du temps pour passer l'été et tenter d'améliorer son bilan et sa performance financière, avant peut-être de devoir accepter de se placer à terme sous l'aile d'un grand transporteur européen. C'est en substance le sens de l'annonce, ce mardi, de Norwegian Air Shuttle d'une d'augmentation de capital de 3 milliards de couronnes norvégiennes (309 millions d'euros) pour renforcer son bilan. Elle intervient moins d'une semaine après la décision de IAG (British Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling, Level) de retirer son offre de rachat sur Norwegian et de vendre sa participation de 4% qu'il détenait dans le capital de la compagnie norvégienne à bas coûts.

Près de 400 millions d'euros de pertes d'exploitation en 2018

Fortement endettée après six ans d'investissements colossaux pour financier sa phénoménale croissance dans le low-cost long-courrier (plus 3 milliards d'euros de dettes), Norwegian a également annoncé qu'elle avait enregistré près de 3,8 milliards de couronnes de pertes d'exploitation (390 millions d'euros) en 2018.

Les conditions de l'augmentation de capital, le prix de souscription et le nombre d'actions à émettre, devraient être annoncés vers le 18 février. Le directeur général Björn Kjos (qui détient près de 25% du capital), le président Björn Kise et d'autres actionnaires actuels vont souscrire à l'opération, à hauteur de 600 millions de couronnes environ.

Comme c'est le cas généralement dans ce genre d'opérations, sera garanti. Selon l'agence Bloomberg, ces 2,4 milliards de couronnes sont garantis par deux banques, DNB Bank (dont 34% du capital appartient à l'Etat norvégien) et Danske Bank (respectivement actionnaires de Norwegian à hauteur de 4,98% et 4,40%) et le milliardaire norvégien de 74 ans John Fredriksen. Autrement dit, si l'augmentation de capital se passe bien, ces trois acteurs ne débourseront rien. Si au contraire, une partie n'est pas souscrite, ils hériteront des titres et les revendront progressivement sur le marché prédit un analyste. Pour lui, il n'y a aucun sauvetage de l'Etat norvégien, comme évoqué dans certains journaux.

Le cours de Bourse dégringole

Si une augmentation de capital était attendue par les analystes qui craignaient que la compagnie ne puisse remplir ses obligations auprès des créanciers, son ampleur et son calendrier en ont surpris plus d'un. A 16 heures, le cours de Bourse était en baisse de plus de 13%, après avoir plongé de 30% à l'ouverture de la Bourse d'Oslo après l'annonce de l'augmentation de capital. Depuis les annonces de IAG la concernant le 24 janvier, Norwegian a perdu 30,5% de sa valeur boursière.

"L'ampleur est un peu surprenante parce que la compagnie avait sécurisé ses financements pour le premier semestre 2019 et les rumeurs de marché évoquaient plutôt une augmentation de capital de 1 à 1,5 milliard de couronnes," explique à La Tribune, Yan Derocles, analyste chez Oddo BHF. Et d'ajouter : "conjuguée aux prises de réservations pour la période estivale, cette augmentation de capital donne un peu de visibilité sur la compagnie à court terme."

"Si la société réussit son appel au marché il est probable qu'elle aura assez de marge de manoeuvre pour continuer - pour le moment", ont indiqué quant à eux les analystes de Bernstein.

De quoi passer en tout cas l'été, alors que certains observateurs émettaient des doutes en raison la baisse de voilure annoncée pour baisser les coûts.

"Ils coupent tout ce qui brûle du cash", indique l'un d'eux.

Changement de stratégie

Depuis plusieurs semaines, les fermetures de lignes sont nombreuses. Selon nos informations, Orly-Newark va s'arrêter par exemple. La compagnie a confirmé ce mardi qu'elle mettait entre parenthèse à sa stratégie de croissance.

"Norwegian a connu une période de croissance significative. À l'avenir, l'accent sera mis de plus en plus sur les économies de coûts et la réduction des dépenses d'investissement", a déclaré dans le communiqué Bjørn Kjos, le directeur général de Norwegian.

Norwegian peut-elle continuer son aventure en solo comme elle a toujours cherché à le faire? Pas sûr. Dans son communiqué, la compagnie fait un appel du pied à d'éventuels repreneurs. Si Norwegian se dit évidemment persuadée que sa stratégie lui permettra de renforcer sa compétitivité, elle explique néanmoins que "le conseil d'administration continuera à être disposé à s'engager dans des discussions de consolidation qui peuvent développer la valeur actionnariale de Norwegian".

Michael O'Leary, le directeur général de Ryanair, a estimé que Norwegian ne survivrait pas en tant que compagnie indépendante et pourrait ne plus être là d'ici l'été prochain.

Un appel du pied à d'éventuels repreneurs

Si elle veut reprendre un jour sa stratégie de croissance et conserver son avance sur la concurrence dans le voyage long-courrier à bas prix, la compagnie risque de devoir se placer sous l'aile d'un partenaire.

L'an dernier, outre IAG, Lufthansa avait également évoqué son intérêt pour la compagnie scandinave. Ce sont les deux seuls groupes aériens à avoir les reins suffisamment solides pour reprendre Norwegian. En retirant son offre, IAG n'a pas le droit, selon la règlementation boursière britannique, de refaire une offre au cours des six prochains moins. Mais rien ne dit que le groupe anglo-espagnol ne revienne pas à la charge après. En tout cas, pour l'heure, Norwegian a déclaré qu'il n'y avait aucune discussion avec quiconque.

L'évolution du prix du baril sera déterminant pour l'avenir de la compagnie norvégienne. Norwegian dispose en effet de peu de couvertures carburant par rapport à ses concurrents. Un peu moins de 40% de ses besoins pour l'année sont en effet couverts (contre 70% par exemple pour Lufthansa), à un prix moyen d'environ 680 dollars la tonne, plus ou moins au même niveau que les autres compagnies (à part Easyjet qui est protégé à un niveau plus bas).

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Commentaires
a écrit le 29/01/2019 à 16:42 :
Le free lunch existe, il suffit de faire de la grivelerie. Que penser du modele econometrique kuznetsien a notre epoque? Est il toujours valide ou n'est il que des ombres au fond d'une caverne regardées par quelques economistes enchainés?

Qu'est ce que j'ai bien fait de faire lapin.

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