ENTRETIEN. Dans un entretien à La Tribune, Didier Tappero, directeur général d'Aircalin, la seule compagnie aérienne française à desservir la Nouvelle-Calédonie, demande un soutien appuyé de l'État français. Bénéficiaire avant la crise, Aircalin voit sa trésorerie fondre à vue d'oeil et pourrait ne plus avoir assez de liquidités pour opérer au-delà de 2021.LA TRIBUNE - Plus d'un an après le début de la crise sanitaire, comment se porte Aircalin ?
DIDIER TAPPERO - Je pense qu'il est déjà important de rappeler qu'Aircalin était avant la crise une compagnie aérienne rentable. 2019 s'était terminée sur un exercice bénéficiaire pour la cinquième année consécutive avec un chiffre d'affaire de 159 millions d'euros. Même si dans son passé la compagnie avait été dans une situation financière beaucoup plus compliquée, nous avions mis en place un plan de retour à l'équilibre qui avait fonctionné et Aircalin affichait des résultats positifs ces dernières années. À partir de 2020, les choses ont été plus compliquées, comme pour l'ensemble du transport aérien d'ailleurs, avec un chiffre d'affaire qui est tombé à 86 millions d'euros et de lourdes pertes financières.
Au moment où la crise est arrivée, notre trésorerie représentait à peu près six mois de chiffre d'affaires; une situation favorable qui nous a permis d'encaisser le premier choc. Aujourd'hui, la compagnie peut tenir jusqu'à la fin de l'année 2021. Et encore, cela dépend des aléas d'exploitation puisqu'il suffit d'avoir un moteur à changer pour devoir débourser plusieurs millions d'euros. L'année 2022 s'annonce encore plus difficile.
Quels sont vos scénarios de reprise ?
Nous pouvons imaginer une reprise de l'activité entre le dernier trimestre 2021 et le début 2022. Mais cette reprise sera faible et progressive. La crise a impacté le budget des ménages qui vont attendre avant d'engager des dépenses pour des voyages lointains. Les voyages d'affaires sont également touchés avec le développement des outils de visioconférence. Au-delà des liaisons entre la France métropolitaine et la Nouvelle-Calédonie, la desserte de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande est fortement touchée par les restrictions de voyage en vigueur dans ces deux pays. Et puis, pour relancer une activité touristique, il est nécessaire de programmer un minimum de vols. Il est illusoire de penser que nous pourrons attendre d'avoir des avions avec un taux d'occupation important avant de lancer ces vols. Si nous souhaitons renouer avec un tourisme australien, par exemple, il faudra relancer au moins par deux vols par semaine. C'est-à-dire qu'il va y avoir une période intermédiaire pendant laquelle nous serons obligés de faire voler nos avions sans être rentable. En 2022, nous tablons sur un niveau d'activité de 40% par rapport à 2019 et nous pourrions retrouver le seuil d'avant-crise à l'horizon 2023-2024.