Sauvé par l'Etat français, Air France-KLM peut-il acheter des Boeing 737 MAX aux dépens de l'Airbus A320 Neo ?

Le groupe a lancé un appel d'offres auprès d'Airbus et Boeing pour acheter 160 appareils moyen-courriers environ pour KLM, Transavia Holland et Transavia France, trois compagnies qui opèrent exclusivement aujourd'hui des Boeing 737 NG de la génération précédente. La compétition oppose le best-seller d'Airbus, l'A320 Neo, (la version remotorisée de l'A320), au Boeing 737 MAX, la version remotorisée du B737NG, qui, après avoir vu son image ternie à la suite de deux accidents en 2018 et 2019, tente de revenir dans la course. La question du patriotisme économique, qui se pose en France à chaque commande d'Air France, va prendre une autre ampleur après le soutien massif apporté par l'Etat français au groupe depuis le début de la pandémie. Un casse-tête pour la direction qui devra également composer avec le camp néerlandais, très attaché à Boeing. Décryptage et pistes de réflexion sur l'issue de la commande. .
Fabrice Gliszczynski

8 mn

L'appel d'offres est destiné à couvrir les besoins moyen-courriers de KLM, de Transavia France et Transavia Holland, trois compagnies qui exploitent uniquement des Boeing 737.
L'appel d'offres est destiné à couvrir les besoins moyen-courriers de KLM, de Transavia France et Transavia Holland, trois compagnies qui exploitent uniquement des Boeing 737. (Crédits : Paul Hanna)

Air France-KLM va-t-il acheter des Airbus de la famille A320 Neo, des Boeing 737 MAX ou bien les deux types d'avions ? C'est la question qui se pose depuis que Ben Smith, le directeur général du groupe franco-néerlandais, a récemment dévoilé le lancement d'un appel d'offres auprès des deux constructeurs pour une commande de 160 avions moyen-courriers, des appareils d'une capacité allant de 150 à 220 sièges. Une commande pharaonique dont la valeur dépasse 16 milliards de dollars au prix catalogue. Un record pour le groupe depuis sa création en 2004 à la suite du rachat de KLM par Air France.

Boeing un avantage "naturel"?

L'issue de l'appel d'offres est incertaine. L'équation est en effet extrêmement complexe. Dans un monde "sans influence", Boeing aurait eu un avantage naturel dans la mesure où l'appel d'offres d'Air France-KLM vise à remplacer des B737 NG, mis en service au milieu des années 1990. En effet, il est destiné  à KLM, sa filiale low-cost Transavia Holland, et Transavia France, filiale d'Air France, trois compagnies équipées uniquement de Boeing 737. Air France, n'est pas concernée par l'appel d'offres. N'opérant aujourd'hui que des avions de la famille A320, la compagnie tricolore a déjà fait ses choix de flotte moyen-courrier en faveur de l'A220, un avion plus petit que l'A320 ou le B737. Or, pour des raisons de coût de formation des équipages, d'optimisation de la maintenance, une compagnie qui renouvelle sa flotte a souvent intérêt à conserver le modèle d'avions qu'elle utilise déjà. Le B737 MAX étant un dérivé du B737 NG, il serait donc logique, sur le papier, qu'Air France-KLM passe commande à Boeing.

Le choix du Boeing 737 MAX est loin d'être évident

Pour autant, le choix du 737 MAX est tout sauf évident. Sans même parler de l'image déplorable qui colle à cet appareil à la suite des deux accidents mortels survenus en 2018 et 2019, dans lesquels la conception de l'avion a été mise en cause, il semble difficilement imaginable de voir Air France-KLM, un groupe français, sauvé de la faillite par l'Etat français (qui en a d'ailleurs profité pour monter jusqu'à 30% du capital du groupe), snober l'A320 Neo, le best seller d'Airbus que la terre entière s'arrache, pour acheter un avion américain pour la plus grosse commande de son histoire. Personne, en France tout du moins, ne le comprendrait. Ni l'opinion, ni les politiques, ni les employés d'Airbus, alors que la stratégie du gouvernement français en matière d'aides directes pendant la crise a justement été de privilégier les clients d'Airbus comme Air France plutôt que l'avionneur lui-même. Ceci dans le but de leur permettre de continuer d'honorer leurs commandes et d'apporter par ricochet de la charge de travail à toute la filière aéronautique. Ce fut le cas pour les A350, qui sont entrés en force dans la flotte d'Air France pendant la crise.

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En choisissant l'A220, Air France a opté pour un avion canadien

Un choix américain serait d'autant plus compliqué à faire passer dans l'Hexagone qu'il s'ajouterait à un autre choix, d'Air France cette fois, qui fait également grincer les dents de certains en France : celui de la commande de 60 A220, signée en 2019 pour remplacer une grande partie de la flotte moyen-courrier de la compagnie française, composée jusqu'ici d'A320 classiques. Un choix au détriment de l'A320 Neo. Sur le papier, aucun problème : il s'agit en effet de deux Airbus. Sauf que l'A220 n'apporte aucune charge de travail en France. Pour cause, cet appareil est canadien. Il  n'est autre que l'ancien C-Series de Bombardier, assemblé près de Montréal avec peu d'industriels français à son bord. Racheté par Airbus en 2017, il a été rebaptisé avec un nom "airbusien". Passé sous les radars il y  deux ans grâce à l'habilité de Ben Smith, ce choix pour l'avion canadien ne manquerait pas de ressurgir. Car un achat de B737 MAX se traduirait par une absence totale d'Airbus de la famille A320 Neo dans la flotte du groupe. Autrement dit, l'avion qui génère de l'emploi en France serait exclu du renouvellement de la flotte moyen-courrier du groupe. Pas facile à faire passer politiquement.

Les Néerlandais très attachés à Boeing

Pour autant, difficile d'affirmer qu'Airbus a de fortes chances de rafler la mise. Car si Air France-KLM est un groupe français, coté à la Bourse de Paris, avec comme premier actionnaire l'Etat français, le poids de l'influence néerlandaise est colossal au sein du groupe. Et au regard des équilibres complexes à trouver entre Air France et KLM, mais aussi entre les Etats français et néerlandais, il faudra composer avec le camp batave. Or, ce dernier est très attaché à Boeing, rappelle une source interne. Transavia France l'est moins dans la mesure où la stratégie du groupe d'avoir deux types d'avions pour Air France et Transavia (pour avoir une étanchéité entre les deux compagnies), a volé en éclats depuis l'arrivée aux commandes de Ben Smith. Ce dernier a négocié plusieurs accords avec les pilotes d'Air France leur assurant qu'ils ne perdraient rien au change en développant une offre low-cost. Les pilotes de Transavia sont ceux d'Air France et ont donc la double qualification, Airbus et Boeing. Passer à une flotte Airbus pour Transavia France ne poserait donc pas de problème.

Une commande panachée entre Airbus et Boeing ?

Au final, certains observateurs parient sur un panachage de la commande entre les deux constructeurs : des Airbus de la famille A320 Neo pour Transavia France, et plus précisément des A321, la version la plus capacitaire, et des Boeing 737 MAX pour KLM et Transavia France. A partir de 50 appareils, toutes les compagnies du groupe génèrent des économies d'échelle, explique un expert.

Pour autant, un dernier élément vient complexifier l'équation. Et non des moindres, puisqu'il s'agit du prix des avions. Air France-KLM va logiquement vouloir obtenir les meilleurs prix. Or, à ce jeu-là, Boeing sera le plus à même de baisser les siens. Après les déboires du 737 MAX, le géant américain doit en effet engranger les contrats, qui-plus-est avec des Majors du secteur, pour rassurer le marché.  Depuis la remise en vol du MAX, Airbus s'est quant à lui fixé une ligne de conduite : ne pas lancer de guerre tarifaire pour ne pas entraver la relance commerciale de son rival, alors que son carnet de commandes déborde. Car, plus que tout, Airbus redoute que la part de marché de Boeing s'écroule à un niveau tel que l'avionneur américain soit obligé de lancer un nouvel appareil sur le segment moyen-courrier.  Une décision qui obligerait à riposter et à lancer un successeur de l'A320 Neo bien avant 2035 comme prévu jusqu'ici. Un avion qui n'aurait donc pas toutes les performances attendues en termes de réduction des émissions de CO2. De là à ce que cela soit suffisant pour qu'Airbus lâche le contrat Air France-KLM. Dans une compétition, personne n'aime perdre une partie. Encore moins à domicile.

Lire aussi 5 mnAirbus ne lancera pas de guerre tarifaire contre le Boeing 737 MAX pour ne pas l'achever

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Pour la première fois depuis le début de la crise, le groupe ne brûle plus de cash

La perte d'exploitation d'Air France-KLM a été une nouvelle fois très lourde au deuxième trimestre (-752 millions d'euros). Mais, en raison de la progression de la vaccination et la prise de réservations pour la saison estivale, elle est inférieure à celle du premier trimestre (-1,2 milliard d'euros). La perte nette est du même niveau : 1,5 milliard d'euros, mais est impactée négativement par des éléments exceptionnels, dont un changement de régime de retraites chez KLM.

Surtout, les "premiers signes de la reprise" depuis juin ont été constatés par la direction qui pense retrouver une rentabilité opérationnelle au troisième trimestre. La direction a indiqué avoir constaté les "premiers signes de la reprise" depuis juin et pense retrouver une rentabilité opérationnelle au troisième trimestre.

Le groupe a retrouvé un flux de trésorerie libre positif pour la première fois depuis le début de la crise "grâce à de très bonnes ventes de billets", a expliqué le directeur financier, Steven Zaat. Avec la levée de certaines restrictions de voyage, l'adoption du certificat sanitaire européen et une "forte demande" vers les destinations de vacances notamment en Europe du Sud, Air France-KLM a porté son offre en sièges en juillet à plus de 60% de la même période de 2019. En conséquence, le groupe a amélioré ses hypothèses de trafic pour le troisième trimestre, entre 60 et 70% des niveaux d'il y a deux ans (contre 55-65% précédemment), Le groupe s'est en revanche gardé de communiquer ses ambitions pour le quatrième trimestre, "en raison de l'incertitude sur la réouverture de l'Atlantique Nord pour les citoyens européens et de l'incertitude concernant la levée des restrictions de voyage".

Fabrice Gliszczynski

8 mn

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Commentaires 22
à écrit le 03/08/2021 à 12:07
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Evidemment, air france n'est qu'une société d'état qui vit de l'apport de l'état néerlandais et des subsides généreux des contribuables français. Bref, c'est une société comme on en trouvait dans n'importe quel état collectiviste dans le pire sens du...

le 03/08/2021 à 15:02
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Votre pseudo semble surtout correspondre à vos propos...

à écrit le 03/08/2021 à 10:57
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Mais ce long processus de recertification ne s’est passé de manière aussi transparente qu’annoncé : selon des membres du comité au Commerce du Sénat, au moins un officiel du régulateur a été l’objet de « pressions » de la part de Boeing, qui a d’autr...

à écrit le 02/08/2021 à 13:33
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Le crash du Rio Paris était largement dû au manque d'entraînement des pilotes au vol manuel. Rien avoir avec les crash du 737 max qui est un avion structurellement mal conçu.

à écrit le 02/08/2021 à 13:06
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On a oublie l'aide de l'etat neerlandais a AF-KLM de 1 milliard euro direct et plus un garanti a 90% pour des prets a 2,4 milliard euro.

à écrit le 02/08/2021 à 11:40
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J'espère que ce sera l'A320 neo pour Air France et Transavia France. Aucune envie de voler sur le Boeing 737 MAX vu ses problèmes de fiabilité... J'opterai pour la concurrence type Easyjet sinon.

à écrit le 02/08/2021 à 7:56
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Ohé, les Franchouillards ! Air France - KLM n'est pas français : c'est une compagnie franco-hollandaise, dont la partie hollandaise marche plutôt avec Boeing, et la partie française plutôt avec Airbus. Où est le problème ?

à écrit le 02/08/2021 à 0:11
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Aux dernières nouvelles le crash en 2009 du vol Air France Paris-Rio était un Airbus A330-203... donc la question est ridicule. Les compagnies aériennes américaines ont entretenu la rente de Boeing grâce à des subventions publiques et cela ne se...

à écrit le 01/08/2021 à 21:51
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Compagnie Française donc européennes qui achète des avions ✈ Boeing ???? Et puis nos avions Airbus sont ce qui est plus fiable...Je ne montrait plus jamais dans un Boeing....

à écrit le 01/08/2021 à 15:43
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Air France-KLM devrait acheter ce qui est commercialement le mieux pour les compagnies aériennes d'Air France-KLM, même si ce sont des aspirateurs d'avions chinois.

à écrit le 01/08/2021 à 15:29
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Pas question de Boeing Max Je ne monterais pas au bord de cet avion, même a billet gratuit

à écrit le 01/08/2021 à 14:16
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non au B737 max, fer à repasser

à écrit le 01/08/2021 à 12:04
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IL serait logique qu'au moins la filiale Transavia France soit équipée d'A320 avec un effort incitatif pour Airbus sur le prix d'achat, ou la formation ou la maintenance ou les 3 à la fois... Il faut que le retour sur investissement des aides d'État ...

à écrit le 01/08/2021 à 10:41
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tout autre achat que airbus est signe d'evasion fiscale et qui vas monter dans les 737max il faudra etre fou

à écrit le 01/08/2021 à 1:22
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Ils peuvent en acheter des 737 Max, ensuite il faudra faire monter dedans les voyageurs.

à écrit le 31/07/2021 à 23:20
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l'Europe ne se fera jamais, nous sommes trop cons pour ça..... Donc, nous serons toujours les boys des EU et les pigeons pour la Chine

le 01/08/2021 à 0:20
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Rapport avec le sujet ?? A Moscou, vous recruter des influenceurs de bas niveau ...

à écrit le 31/07/2021 à 19:39
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Avec tous les milliards injectés ,j'espère que se seront des Airbus ,malgré les erreurs de stratégies , la concurrence chinoise à venir sans compter le covid et la reconversion énergétique les temps seront dur pour l'aviation européenne ..

à écrit le 31/07/2021 à 18:40
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La bonne solution est d'arrêter l'avion pour un transport de masse destructeur.

à écrit le 31/07/2021 à 16:15
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Si air France achete des Boeing, ils doivent rendre toute les aides, simple Basic aide de l'état, achat d'Airbus Europe simple normal

à écrit le 31/07/2021 à 14:52
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La logique voudrait qu’Airbus l’emporte, toutefois pour l’aspect industriel, Safran fabrique les moteurs des 737 et des A320, un peu de pragmatisme.

à écrit le 31/07/2021 à 13:26
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Pour moi, la logique économique voudrait que soit privilégié l'inter-opérabilité des équipages. Or, chez Transavia France, ce sont des équipages détachés depuis AirFrance, laquelle vole sur Airbus ! Il serait donc logique de basculer Transavia Franc...

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