Transmettre une entreprise familiale, c'est tout un art
Irène Frat
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« Il faut relire les premières pages du livre pour poursuivre l'histoire », note le philosophe Charles Pépin.
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« Il faut relire les premières pages du livre pour poursuivre l'histoire », note le philosophe Charles Pépin.
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L'enjeu est de taille. Non seulement les entreprises familiales sont un pilier de l'économie française, puisque, selon les statistiques, elles représentent à elles seules 83% du tissu économique et emploient plus de la moitié des salariés, mais en plus, un rapport du Sénat soulignait en 2022 que 25% de leurs dirigeants avaient plus de 60 ans et 11% plus de 66 ans. Autant dire que la transmission est cruciale pour l'Hexagone. Mais encore faut-il la réussir. Et pour cela, bien la préparer.
D'abord avec un peu de philosophie - et beaucoup d'engagement pratique et concret. Pas question de renier le passé. Il s'agit au contraire de procéder à « une récapitulation créatrice », a noté le philosophe Charles Pépin en ouverture du Family & Business Forum, dont la 3e édition, organisée par La Tribune, Family & Co et le Family Business Network France, a eu lieu le 5 décembre. « Il faut relire les premières pages du livre pour poursuivre l'histoire », a-t-il expliqué. Mais s'il est nécessaire d'appréhender le passé pour aller de l'avant, l'idée n'est pas d'être « déterminé » par la vision des anciens. D'autant que le monde évolue, de même que ses valeurs, incluant désormais le respect de l'environnement et la responsabilité sociale des entreprises, sans oublier un rapport au travail différent des générations passées de la part des nouvelles.
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Miruna Radu-Lefebvre, professeure en entrepreneuriat et titulaire de la Chaire Entrepreneuriat familial et société à Audencia Business School. En somme, les nouvelles générations veulent pouvoir choisir. Certains héritiers vont d'abord voir ailleurs avant d'intégrer l'entreprise familiale. D'autres, comme Matthieu Leclercq, fils du fondateur de Décathlon, décident parfois de partir. Après six ans à la barre, il a ainsi quitté la présidence de l'enseigne sportive du groupe Mulliez, en 2018, pour créer, en 2021, le cabinet For
Talents, qui vise notamment à accompagner les successions entre générations. « La science nous montre que les performances professionnelles diminuent avec l'âge, relève-t-il. En outre, à trop tarder pour lâcher les rênes, le dirigeant d'une entreprise familiale génère de la défiance, aussi bien parmi les salariés qu'à l'extérieur, puisqu'il installe l'idée que personne ne serait capable de le remplacer, ce qui est de nature à délégitimer ensuite un successeur. » De quoi hypothéquer l'avenir. Cet expert, qui préconise, en cas de large fratrie ou de grande famille, de faire appel à un expert extérieur pour évacuer l'aspect émotionnel de la transmission, précise par ailleurs que le cérémoniel, dans la passation de pouvoir - on pense à Charles III au Royaume-Uni... -, revêt une importance symbolique et capitale.Irène Frat