Climat : la chute des émissions de CO2 en 2020 durera-t-elle ?

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Le projet Energy Policy Tracker mené par 14 instituts de recherche qui suivent les annonces post-Covid a calculé que les pays du G20 ont promis au moins 234 milliards de dollars d'argent public en faveur des énergies fossiles, contre 151 milliards pour les énergies propres.
Le projet Energy Policy Tracker mené par 14 instituts de recherche qui suivent les annonces post-Covid a calculé que les pays du G20 ont promis au moins 234 milliards de dollars d'argent public en faveur des énergies fossiles, contre 151 milliards pour les énergies propres. (Crédits : STRINGER Japan)
Les émissions de CO2 devraient avoir baissé d'environ 7% cette année, en raison des mesures de confinement. Mais sans mesures "vertes" dans les plans de relance, les experts craignent un nouveau rebond.

Avec une chute record des émissions de gaz à effet de serre et une demande pour les énergies fossiles en berne, 2020 a été, de manière inattendue, une très bonne année pour le climat. Les émissions de CO2 devraient avoir baissé d'environ 7%, du jamais vu, selon l'ONU et le Global Carbon Project. Une chute liée aux mesures de confinement prises pour lutter contre l'épidémie de Covid-19.

Pour garder un espoir de limiter le réchauffement à +1,5°C et les catastrophes qui en découlent, il faudrait réduire chaque année les émissions de gaz à effet de serre de 7,6%, entre 2020 et 2030, selon l'ONU. Avec plusieurs vaccins annoncés contre le coronavirus et un rebond attendu de l'économie en 2021, l'année 2020 restera-t-elle une exception ou marquera-t-elle une tendance plus durable de baisse des émissions de CO2?

"Je crains que si les gouvernements n'adoptent pas de nouvelles mesures importantes, la baisse des émissions que nous connaissons ne soit suivie d'un rebond", a déclaré le directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, à l'AFP.

Un "test important" en Chine

Sans mesures "vertes" dans les plans de relance, "nous allons revenir au point où nous étions avant la pandémie". L'attitude de la Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre, sera "un test important", estime-t-il.

"La Chine était le premier pays à avoir le coronavirus, le premier à mettre en place un confinement et où l'économie a ralenti", explique-t-il. "Mais la Chine a aussi été le premier pays où l'économie est repartie et aujourd'hui les émissions sont plus importantes qu'avant la crise."

Le projet Energy Policy Tracker mené par 14 instituts de recherche qui suivent les annonces post-Covid a calculé que les pays du G20 ont promis au moins 234 milliards de dollars d'argent public en faveur des énergies fossiles, contre 151 milliards pour les énergies propres. Selon les calculs de l'ONU, la production de pétrole, de gaz et de charbon doit baisser de 6% par an jusqu'en 2030 pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. A l'inverse, les Etats prévoient d'augmenter la production d'énergies fossiles de 2% par an, en dépit des prix très bas des énergies renouvelables.

Kingsmill Bond, de Carbon Tracker, espère que 2019 marquera un pic dans les émissions de CO2. Cela pourrait se produire "dans un scénario optimiste oui, mais ce n'est pas le scénario le plus vraisemblable", tempère la climatologue Corinne Le Quéré.

Subventions "inefficaces"

Les énergies renouvelables sont une alternative aux énergies fossiles, mais leur essor reste freiné par des subventions aux sources d'énergie les plus polluantes: charbon, pétrole, gaz... Les pays du G20 dépensent 300 milliards de dollars dans des aides "inefficaces" aux énergies fossiles, selon Fatih Birol.

"Les énergies fossiles bénéficient aujourd'hui de montants importants d'aides gouvernementales, principalement dans les pays émergents, ce qui crée une concurrence déloyale pour les énergies propres, fausse les marchés et conduit à un usage inefficace des énergies", critique-t-il.

En 2020 plusieurs pays, dont des gros émetteurs de CO2 comme la Chine et le Japon, se sont cependant engagés à atteindre la neutralité carbone, une première. Si les gouvernements visant la neutralité carbone respectent leurs engagements, le réchauffement serait limité à 2,1°C, selon Climate Action Tracker. Ce serait hors des clous fixés par l'accord de Paris, mais mieux que la trajectoire actuelle de +3°C d'ici 2100.

Pour 2021, Corinne Le Quéré table sur un rebond des émissions, puis qu'elles plafonnent ou augmentent encore pendant quelques années, le temps que les investissements propres portent leurs fruits. Dans tous les cas, le niveau de concentration du CO2 dans l'atmosphère restera élevé.

"C'est comme un bain", explique Corinne Le Quéré. "La concentration, c'est le niveau de l'eau du bain alors que les émissions, c'est ce qui arrive par le robinet."

"Depuis 100 ans, on a le robinet ouvert qui remplit le bain: on envoie des émissions dans l'atmosphère qui augmente le volume de CO2. Cette année en 2020, on a juste fermé le robinet un tout petit peu, mais il y a toujours des émissions. Le niveau du bain continue à monter", avertit-elle.

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a écrit le 29/12/2020 à 8:44 :
Je reste toujoursco2sceptique. Qu'il y ai une origine anthropique, oui, mais le co2 n'est que la conséquence de la libération de l'énergie, je doute que quelques ppm aient un tel effet, d'autant plus que plein d'autres gaz, ne serait ce que la vapeur d'eau, méthane et compagnie auraient plus d'effet que ce pauvre co2 accusé de tous nos maux.
a écrit le 28/12/2020 à 14:29 :
Si la demande extérieure est en diminution, elle sera versé vers la demande intérieure, lui permettant de se remettre au niveau des autres! Donc nous participons a la baisse d'émission de GES!
a écrit le 27/12/2020 à 15:57 :
Ca fait plus de 40 ans que la classe dirigeante mondiale savait et ils n'ont strictement rien fait, pire ils ont multiplié la production d'objets inutiles, de mauvaise qualité partout dans le monde sans parler de l'agro-industrie dont la capacité de nuisance sur la planète et l'humanité a été décuplée.

Les faits sont là et ils sont terribles concernant le bilan désastreux de notre oligarchie dévorée par sa pathologique cupidité et incapable de se regarder enfin dans une glace pour constater les dégâts irréversibles de sa profonde bêtise. Ils sont allés trop loin, ils sont trop aliénés, ils ne feront rien.
a écrit le 27/12/2020 à 14:46 :
C'est comme un bain... les émissions ont baissé mais on continue à remplir la baignoire...

La baignoire possède quand même une bonde, les végétaux consomment le C02, le plancton consomme le c02 etc.
a écrit le 27/12/2020 à 11:48 :
Il faudrait chaque année qu'il y ait une conséquence "d'une covid" pour pouvoir aller vers la neutralité carbone dans un siècle, mais il sera déjà trop tard pour inverser la désertification de notre globe!
Réponse de le 27/12/2020 à 15:32 :
Le confinement 2020 = -7% CO2, l'an prochain confinement -7% vs 100% donc -0% vs 2020, confinement en 2022, -7% vs 100% mais -0% vs 2021. On resterait à -7%, mais comment arriver à successivement -14, -21, -28% ?
Si on interdit la vente de carburant en 2025, on sera tous en électrique ou à pieds/vélo/cheval. Là ça sera efficace (sauf pour les pays vivant de la vente du pétrole, et l'industrie qui va avec, l'électricité ne se livre pas en citernes).
a écrit le 27/12/2020 à 9:46 :
La seule mesure "verte" qui vaille, c'est la réduction du PIB. C'est la seule mesure qui marche, la seule qui réduit la production de CO2. La "croissance verte", n'a jamais existé.

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