Décarbonation, économie d'énergie et rendements : les dilemmes de la coopérative maraîchère Solarenn

Cinquième opérateur français du marché de la tomate, la coopérative maraîchère Solarenn vient d’équiper sa station de conditionnement de Saint-Armel (Ille-et-Vilaine) des technologies de trackers photovoltaïques Okwind. Selon la saison, cette autoconsommation devrait permettre de réduire la facture énergétique de 10 à 50%. Sur ses sites de production sous serres, la coopérative subit en revanche la fluctuation des coûts de l'énergie, accentuée par la guerre en Ukraine. Alors que le contrat de ses chaudières à cogénération au gaz arrivera à échéance d'ici à 2027, Solarenn oriente sa réflexion autour de la décarbonation vers d'autres pistes, comme la récupération de la chaleur fatale (chaleur de récupération).

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Solarenn a équipé, il y a quelques semaines, son site de conditionnement de Saint-Armel en Ille-et-Vilaine de trackers photovoltaïques de la société Okwind. Cette installation sur mât, qui n'empêche pas de cultiver au sol, pourrait à terme être testée sur des exploitations. A Saint-Armel, elle va permettre de couvrir l’ensemble de la consommation hivernale de la station et près de 15% de la consommation estivale.
Solarenn a équipé, il y a quelques semaines, son site de conditionnement de Saint-Armel en Ille-et-Vilaine de trackers photovoltaïques de la société Okwind. Cette installation sur mât, qui n'empêche pas de cultiver au sol, pourrait à terme être testée sur des exploitations. A Saint-Armel, elle va permettre de couvrir l’ensemble de la consommation hivernale de la station et près de 15% de la consommation estivale. (Crédits : Solarenn)

Pour les producteurs de légumes et de petits fruits, le volet énergie, aggravé par la guerre en Ukraine, est un sujet brûlant. En Bretagne, la hausse des prix du gaz percute particulièrement l'activité des serristes et inquiète les Chambres d'agriculture.

La coopérative maraîchère Solarenn, qui vient d'annoncer une année 2021 historique à plus de 53 millions d'euros de chiffre d'affaires, n'échappe pas l'envolée des prix.
Elle se donne deux ans pour pérenniser son modèle et étendre à ses sites de production sa stratégie de décarbonation et de transition énergétique.

Basé en Ille-et-Vilaine, le troisième producteur breton de tomates et cinquième opérateur français a d'abord investi pour devenir plus autonome en électricité.

L'an passé, Solarenn a mis en service, sur son site de conditionnement de Saint-Armel, un groupe climatisé qui lui a permis de réduire sa consommation d'environ 20%.

Depuis un mois, le site est aussi équipé de la technologie de trackers photovoltaïques intelligents, mise au point par la société de Vitré Okwind et fondée sur l'autoconsommation et le management de l'énergie renouvelable.

Cette autoconsommation devrait permettre à Solarenn de réduire sa facture énergétique de 10 à 50%, selon la saison.

Consommation hivernale entièrement couverte

« Notre station de Saint-Armel possède des chambres climatisées à 14-15 degrés. L'installation de quatre trackers solaires va favoriser la production d'énergie renouvelable, consommée sur place, à faible impact carbone et à un tarif plus compétitif que celui du réseau électrique » détaille Christophe Rousse, le président de Solarenn. « Ce système correspond bien à notre période de production, avec une plus forte consommation en été. Il permettra de couvrir l'ensemble de la consommation hivernale de la station et 15% à 20% de la consommation estivale du site de Saint-Armel . »

Tels des tournesols, ces trackers solaires bi-phase, couplés à un algorithme astronomique, suivent le cours du soleil. Cette technologie permet « d'améliorer la production d'énergie renouvelable de 70% comparé à une installation photovoltaïque fixe de puissance équivalente » vante Okwind.

Pour Solarenn, le choix de ces trackers sur mâts, qui n'interdisent aucune activité de production en dessous, s'avère « stratégique ». Après évaluation du retour sur investissement, la coopérative n'exclut pas à terme de les expérimenter sur ses exploitations.

« La préoccupation majeure reste celle de l'énergie dans les serres » reconnaît Christophe Rousse.

Regroupant 30 producteurs sur plus de 60 hectares de serres, Solarenn a commercialisé en 2021, 30.000 tonnes de tomates, 40 tonnes de fraises gariguettes et 100 tonnes de mini poivrons.

90% des producteurs de tomates de Solarenn utilisent le gaz et chauffent leurs serres grâce à différentes générations de chaudières.

Rendement de 92% avec la cogénération mais des contrats pas renouvelables

Plus de 60% des serres de Solarenn sont ainsi équipées de chaudières à cogénération, qui produisent de l'électricité et de la chaleur, 30% disposent de chaudières classiques, et pas forcément de contrat fixe.

10 hectares de serres sont en partie chauffées avec du biogaz issu de deux méthaniseurs mais 100% des serres sont équipées d'outils de régulation informatique de l'énergie.

« Nous réfléchissons à la décarbonation depuis plusieurs années » poursuit le dirigeant de Solarenn. « Ces dernières années, le mégawattheure de gaz oscillait entre 20 et 30 euros. Depuis le quatrième trimestre 2021, on est passé de 80 euros à Noël à 220 euros début mars, avant de retomber à une centaine d'eurosCe n'est pas tenable. Même nos serres en cogéneration n'ont plus la même rentabilité. On a coupé certains moteurs. »

Tandis que la revente de l'électricité issue d'installations de cogénération d'électricité et de chaleur valorisée à partir du gaz naturel n'est plus possible depuis février 2021, les contrats (C13 non-renouvelables) des exploitations arriveront à échéance entre 2024 et 2027.

S'il reste plutôt partisan de ce système de cogénération affichant un rendement de 92% grâce à la récupération de la chaleur et la captation du CO2 des fumées par les plantes, Christophe Rousse se donne deux ans pour trouver la parade et le « système le plus intelligent ».

Incinération, méthanisation : la chaleur fatale ouvre des pistes

« On regarde le bois, dont les prix ont aussi tendance à croître, la biomasse et les autres énergies. La chaleur fatale (chaleur de récupération) est une solution que nous observons avec intérêt » ajoute-t-il. « Un de nos maraîchers est installé près d'une usine d'incinération et récupère sa chaleur pour chauffer ses serres, un autre est proche d'une unité de méthanisation...C'est l'avenir et nous devrons rester en alerte sur les sites industriels appropriés et entourés par des zones agricoles sur lesquelles nos exploitants pourraient s'installer. »

Les autres pistes étudiées portent sur la production et l'orientation vers des cultures moins demandeuses en énergie que la tomate, comme les fraises.

« Ce qui ferait du tort à la tomate française », analyse toutefois Christophe Rousse.

Développement durable et 100% carton

Dans la dynamique de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte à l'horizon 2023, Solarenn souhaite donc poursuivre sa politique d'investissement et son virage vers le développement durable.

En parallèle au volet énergie, la coopérative a investi l'an passé sur le 100% carton avec deux nouvelles lignes de conditionnement. Depuis avril 2022, la totalité des gammes est conditionnée en 100% carton.

Pour répondre à la production de ses maraîchers, tous labellisés HVE 3 (dépendance plus faible aux intrants) dit-elle, la coopérative compte investir 500.000 euros dans six nouvelles machines en 2022.

En 2021, l'investissement total de la station de Saint-Armel a représenté un million d'euros.

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