Des actionnaires de Total lui demandent d'en faire plus sur le climat

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Contrairement à certains de ses rivaux, le groupe français ne s'est pas engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050.
Contrairement à certains de ses rivaux, le groupe français ne s'est pas engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. (Crédits : Reuters)
Onze investisseurs demandent au groupe pétrolier de réduire ses émissions directes et indirectes, notamment en abandonnant l'exploration d'hydrocarbures.

Cette fois-ci, ce ne sont pas des ONG qui mettent la pression sur Total. Mais ses propres actionnaires. Mercredi 15 avril, un groupement de onze investisseurs européens a demandé au groupe pétrolier français d'en faire plus pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Et ainsi de se conformer aux objectifs de l'accord de Paris, qui vise à limiter d'ici à 2100 le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à la période préindustrielle.

"Nous considérons que le secteur pétrolier doit jouer un rôle déterminant dans la transition énergétique", justifient ces actionnaires, qui détiennent en cumulé 1,35% du capital de Total et dont font partie les branches de gestion d'actifs du Crédit Mutuel et de La Banque Postale. Ils prévoient de déposer une résolution lors de la prochaine assemblée générale, qui doit se tenir le 29 mai.

Dans ce texte, le groupement demande à l'entreprise d'aligner "ses activités avec l'accord de Paris", ce qui doit notamment la contraindre à "cesser l'exploration et l'exploitation de toutes nouvelles réserves d'hydrocarbures". Les investisseurs réclament également que Total précise son "plan d'actions à moyen et long termes assorti d'étapes intermédiaires", ainsi que "les moyens déployés" pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

La résolution préconise, en outre, que ces objectifs ne portent pas seulement sur les émissions liées aux activités de Total. Mais qu'ils incluent également les émissions indirectes provenant de la consommation de ses produits, par exemple l'essence achetée par les automobilistes. Celles-ci représentent "85% des émissions de gaz à effet de serre de Total", fait valoir le groupement d'actionnaires. Comme les autres grands groupes pétroliers, la société refuse toujours de prendre en compte ces émissions.

"Stranded assets"

Pour convaincre les autres actionnaires de soutenir leur résolution, les onze actionnaires avancent aussi un argument financier: les investissements dans les énergies fossiles risquent de devenir des "stranded assets", c'est-à-dire des actifs aujourd'hui surévalués, qui risquent de perdre de leur valeur en raison de la lutte contre le réchauffement. Une menace qui a déjà poussé des géants de la finance à verdir leur porte-feuille, à l'image de BlackRock, le plus important gestionnaire d'actifs du monde.

"Total est le premier émetteur de gaz à effet de serre du CAC 40", rappelle Lucie Pinson, directrice de l'ONG Reclaim Finance. Et nombreux sont ceux qui lui reprochent de ne pas en faire assez, dénonçant des objectifs internes peu ambitieux et incompatibles avec la trajectoire fixée en 2015 lors de la COP 21 de Paris. Pour s'inscrire dans cette trajectoire, le groupe français va devoir abaisser sa production de 35% et ses émissions de 40% au cours des 20 prochaines années, selon une étude publiée fin novembre par le think tank britannique Carbon Tracker.

Face aux critiques, Total met en avant ses investissements dans l'éolien, le solaire ou encore le stockage d'électricité. De "petits changements à la marge" et "des effets d'annonce", dénonce Edina Ifticene, chargée de campagne pétrole pour Greenpeace France. Contrairement à certains de ses rivaux, Shell, BP ou encore Repsol, le groupe français ne s'est par ailleurs pas engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050, notamment en mettant en place des mécanismes permettant de capturer le CO2 émis.

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a écrit le 30/05/2020 à 9:25 :
Je suis choqué que des gens qui demandent la responsabilisation des émissions indirectes génèrent autant d'émissions indirectes.
Je ne comprends pas pourquoi répondre aux journalistes, ça crée des émissions indirectes par la consommation d'énergie des médias.
Je ne comprends pas pourquoi ces demandeurs n'ont pas participé nus à la réunion, retiré leurs enfants des écoles et parti vivre seuls dans la nature pour éviter de consommer les produits du commerce, générateurs d'émissions indirecte de CO2.
L'éducation des écoles génère indirectement du CO2, par l'habillement, l'éclairage, le chauffage, le déplacement des instituteurs, etc ...
L'habillement également, de même que les médias.
Quand on a une demande stupide, on essaie au moins d'être cohérent.
A trop vouloir en faire, ils ont tué dans l'œuf ce qui aurait pu être acté comme le premier symbole de changement industriel en faveur du climat.
a écrit le 18/04/2020 à 0:37 :
Encore une fois une minorité veut imposer sa loi à la majorité
a écrit le 17/04/2020 à 18:37 :
Voila encore des gens irresponsables qui veulent détruire les grandes boites Françaises et qui vont se plaindre le lendemain quand il n'y aura plus de travail. C'est vrai que depuis quelques jours toute une bande de petits génies ne font que quémander un salaire universel, c'est sans doute pour mieux se passer de travailler. Si j'étais le patron de Total, je fermerai les stations services dans les lieux où habitent ces pastèques. Cela les éviterait de polluer.
a écrit le 17/04/2020 à 17:28 :
Ces quelques actionnaires n'ont QUE 1,35% des droits de vote !

Pas certain que leur point de vue soit au service du groupe Total.
Ils servent sans doute l'idéologie verte-hystérique-irréfléchie actuelle, et peut-être même des adversaires du groupe.

Le groupe Total restera-t-il pragmatique, stratège et rentable ?

Ou sombrera-t-il, comme d'autres neuneus du CAC40, dans ce naufrage idéologique ?
a écrit le 17/04/2020 à 17:22 :
"qui détiennent en cumulé 1,35% du capital de Total "

Et qui aimeraient bien passer à 5, c'est une bonne stratégie en effet, grâce au buzz médiatique cela va amplifier leur investissement qui leur coûte juste une déclaration verbale à savoir zéro euro. Ça peut rapporter gros, bien joué.
Réponse de le 17/04/2020 à 18:48 :
bien vu
raconter des conneries pour que le titre baisse, racheter pas cher, et retourner sa veste... ca peut tenir la route
ca marche pas tout le temps
ca a marche avec muddy waters et casino par contre... en theorie l'insider trading est interdit, en pratique...a voir
Réponse de le 18/04/2020 à 10:01 :
C'est surtout savoir se servir de la béquille médiatique, si on est pas assez puissant pour les influencer, pour générer l'opinion publique on peut quand même se servir de son influence phénoménale sur l'ensemble de la société.

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