Hydrogène : feu vert pour la moto de compétition H2K

À Varennes-Vauzelles (58), près du célèbre circuit de Nevers Magny-Cours, H2 Motronics, filiale de Texys Group, se lance dans la conception de la première moto à hydrogène de compétition.

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(Crédits : TEXYS GROUP)

« H2 pour hydrogène ; K pour compact », explique Emmanuel Esnault, directeur général de Texys Group, ancien de chez Mc Laren et Renault Sport. Tout l'enjeu de ce projet est de réussir à faire tenir la technologie de la pile à combustible avec, notamment, un réservoir robuste et massif, dans un engin à deux roues, telle que la moto de compétition. « On croit beaucoup à la compacité ! », affirme Emmanuel Esnault. C'est pourquoi le bureau d'étude H2 Motronics, filiale de Texys Group, spécialisé dans la fourniture d'électronique embarquée, principalement dans le domaine de la course automobile, mais aussi dans l'aéronautique, et le ferroviaire, n'a pas hésité à se lancer dans ce défi d'ingénierie. Le groupe Texys (15 millions d'euros de chiffre d'affaires et 45 salariés) possède des bureaux aux Etats-Unis, en Allemagne, et en France. Son cœur de métier est le capteur industriel miniaturisé.

« L'idée de H2K est née d'une discussion de vieux motards », s'amuse Philippe Leuwers, président de Texys Group. Après avoir pensé à un groupe motopropulseur électrique, le projet s'oriente vers l'hydrogène. « Nous sommes basés en Bourgogne-Franche-Comté qui est très réceptive aux projets hydrogène, puis nous avons rencontré le pôle véhicule du futur dans le Doubs. Nous avons alors rapidement compris l'intérêt de faire un propulseur hydrogène plutôt qu'électrique », explique Philippe Leuwers. Après une étude de faisabilité de trois mois, terminée en janvier dernier, qui s'est avérée positive, H2 Motronics - désormais labellisé pôle véhicule du futur - a engagé la phase de pré-étude, actuellement à 95% d'avancement.

Le projet cochait plusieurs cases prometteuses : le poids estimé de la machine sera en dessous de celui connu aujourd'hui en moto électrique (200 kg) ; les performances visées sont proches d'une moto thermique sur un tour du circuit Riccardo Tormo à Valencia ; l'autonomie serait de 11 tours environ (simulations à affiner en fonction du choix des composants) avec un kilogramme d'hydrogène embarqué, « soit presque deux fois l'autonomie d'une moto électrique », confie Emmanuel Esnault. La moto à hydrogène sera un engin à zéro émission qui fonctionnera à 50% grâce à la propulsion de la pile à combustible et 50% grâce à la puissance de la batterie électrique. « Elle sera plus légère, plus performante - au moins au même niveau qu'une moto thermique - et roulera avec une meilleure autonomie que la moto électrique », assure-t-il.

H2 Motronics travaille en partenariat avec Tecmas - équipe française ayant évolué au plus haut niveau mondial en compétition moto - depuis maintenant près d'un an sur ce projet de démonstrateur de moto de compétition à pile à combustible hydrogène. Près de deux millions d'euros sont engagés sur deux ans.

retouche de capteurs

Un cas d'école pour déployer d'autres solutions de mobilité H2

« Si nous réussissons ce pari, nous aurons fait un cas d'école et nous pourrons déployer d'autres solutions », assure Emmanuel Esnault. Cette notion de compacité oblige l'entreprise à faire des choix plus compliqués, donc plus coûteux. « Le projet est complexe avec des verrous techniques à lever en termes de stratégie de commande de la pile à combustible, d'orchestration de la compression du gaz, d'arrivée et de déploiement du gaz, du stockage de l'énergie dans la batterie, de la récupération de l'énergie dans la batterie, etc. », note Philippe Leuwers.

L'objectif final de ce projet n'est pas tant la fabrication de la moto à hydrogène - qui représente un faible marché - mais le développement d'un nouveau concept. La véritable ambition de Texys Group est d'être capable de proposer un moteur compact à l'hydrogène qui pourra ensuite être produit à plus grande échelle et pour d'autres véhicules à des coûts plus abordables. « Ce démonstrateur nous servira à trouver d'autres études pour des marchés plus importants », confie Philippe Leuwers. À moyen terme, le président de Texys espère devenir un fournisseur de capteurs dédiés au monde de l'hydrogène. La boucle est bouclée. On retombe sur le métier de Texys en tant que fabricant de capteurs. « Nous visons d'autres modes de mobilités légères (à deux ou quatre roues, dans les airs et sur les eaux) également en mutation, en dehors de la compétition et de la moto », précise-t-il. À savoir, la moto de série, le quad, la moto neige, les véhicules tout terrain, les drones industriels, les véhicules de maintenance logistique, les mini véhicules pour rouler en plein centre-ville, les bateaux pour le transport de personnes de petite capacité, etc.

Afin de déployer de telles innovations, il faudra aussi que le réseau de distribution de l'hydrogène suive, comme pour l'électrique. « Nous avons abordé cette innovation par le relais de la compétition, donc nous espérons que des circuits comme Magny-Cours auront bientôt les moyens de disposer de stations pour faire le plein d'hydrogène », conclut Phillipe Leuwers. Ce dernier est convaincu qu'il ne faut pas trainer sur ces sujets car les acteurs industriels s'affirment par des mariages et des fusions. Le démonstrateur de moto de compétition à hydrogène H2K devrait être présenté au grand public au premier trimestre 2022.

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Commentaires 2
à écrit le 12/03/2021 à 13:29
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Au 19 eme sciecle l'hydrogène a disparu, explosions avec plein de morts, à quand un raz de marée gazeux? Le fukujhima de l'écologie?

à écrit le 12/03/2021 à 8:45
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Ben oui tiens l'argent public coulant à flots sur cette activité pourquoi se priver ?

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