La méthanisation, un procédé qui fait de plus en plus débat en Bretagne

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Photo d'illustration. En Bretagne, le plan biogazier signé fin 2019 prévoit de multiplier par six la production de gaz renouvelable d'ici 2030.
Photo d'illustration. En Bretagne, le plan biogazier signé fin 2019 prévoit de multiplier par six la production de gaz renouvelable d'ici 2030. (Crédits : DR)
Spéculation foncière, nuisances liées au transport, risques de pollution... Interrogé par la députée socialiste Claudia Rouaux sur les "dérives" de la méthanisation, le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie a estimé qu'il fallait "établir des garde-fous" vis-à-vis de cette technique alors que, sur le terrain, la résistance s'organise.

Promue pour valoriser les déchets organiques et lutter contre le réchauffement climatique, la méthanisation suscite aujourd'hui des interrogations, notamment en Bretagne, première région dans de nombreux secteurs de l'élevage, qui recensait 130 unités de méthanisation au 1er janvier 2020, avec plusieurs dizaines d'autres en projet, selon l'association Aile.

Le 22 septembre, la députée socialiste d'Ille-et-Vilaine Claudia Rouaux interpellait le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie sur les "dérives" de cette technique encouragée par l'État, notamment via des tarifs de rachat d'énergie garantis.

Accaparement des terres agricoles au profit de cultures à vocation énergétique, spéculation foncière, interrogations sur le bilan carbone réel, nuisances liées au transport, risques de pollution ou encore disparition de productions laitières insuffisamment rémunératrices étaient entre autres pointés du doigt.

En réponse, le ministre a estimé qu'il fallait "établir des garde-fous vis-à-vis de la méthanisation". "Je défends la méthanisation et je ne voudrais pas qu'ici et là des dérives viennent jeter l'opprobre sur la méthanisation", a-t-il poursuivi. Une concertation avec la filière biogaz doit s'ouvrir d'ici quelques semaines pour discuter mécanismes de soutien et tarifs de rachat.

Sur le terrain, les oppositions se multiplient

En Bretagne, le plan biogazier signé fin 2019 prévoit de multiplier par six la production de gaz renouvelable d'ici 2030. Mais sur le terrain, les oppositions se multiplient, comme le reconnaît le directeur de l'Ademe Bretagne, Jean-Noël Guerre, pour qui "on assiste à la montée d'une inquiétude légitime chez les riverains".

À l'échelle nationale, le Collectif scientifique national pour une méthanisation raisonnée (CSNM) recense également une "opposition croissante aux projets de méthanisation avec 172 associations luttant sur 168 sites".

"Il y a une défiance grandissante de la population qui porte d'abord sur les effets sanitaires, les pollutions et les nuisances", estime Daniel Chateigner, membre du CSNM, qui comptabilise "environ un accident tous les 15 jours sur les méthaniseurs installés en France, ce depuis quatre ans".

Cette opposition semble aller de pair avec un agrandissement des structures. "On assiste depuis deux ou trois ans à un engouement avec une amplification des projets de méthanisation, principalement en biométhane. Ce n'est plus seulement un revenu complémentaire mais c'est devenu un vrai métier", note Pierre Quido, conseiller technique à la chambre d'agriculture.

Dans un courrier envoyé le 18 septembre à la préfecture, le porte-parole de la Confédération paysanne de Bretagne Jean-Marc Thomas réclame un moratoire sur les installations. "Force est de constater que le développement de la méthanisation agricole en Bretagne se fait exclusivement sous la forme de grosses unités et de projets individuels. [...] Comment protéger l'eau, les sols, l'air, les voisins de nouveaux accidents polluants?", interroge le syndicat agricole, qui préconise un "audit du parc en service" avant toute nouvelle installation.

Lire aussi : La filière biométhane ligérienne veut du temps

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Commentaires
a écrit le 04/10/2020 à 21:51 :
Résumons: les français sont favorables à la transition énergétique; mais ils ne veulent pas d'éoliennes, pas de méthanisation, pas de compteur Linky pourtant indispensable pour gérer finement la nature fondamentalement intermittente de la production d'énergie renouvelable... il n'y a que le photovoltaique qui est relativement bien toléré, mais en Europe du Nord il ne sera jamais en mesure de produite une part importante de notre consommation d'électricité, notamment en hiver.
Bref: je prédis un avenir radieux aux hydrocarbures et au nucléaire.
a écrit le 30/09/2020 à 11:57 :
voila comment nos élus s y prennent pour protéger l élevage intensif et industriel que font donc nos écologistes a part protéger leur intéret personnel au gouvernement !
a écrit le 30/09/2020 à 11:57 :
voila comment nos élus s y prennent pour protéger l élevage intensif et industriel que font donc nos écologistes a part protéger leur intéret personnel au gouvernement !
a écrit le 30/09/2020 à 10:42 :
La filière bio gaz est avant tout un montage financier qu'il faut rentabiliser. La première conséquence est qu'il faut beaucoup de matière organique pour que le système fonctionne au meilleur rendement. Conséquence, il vaut mieux élever beaucoup de porc sur caillebotis (qu'en plein air) de façon à récupérer beaucoup de déjections, ce qui entraîne une surproduction de porc, des prix à la baisse et une distorsion de concurrence entre les éleveurs qui "methanisent" et les autres. Au bout du bout, c'est l'agrobusiness qui gagne, au détriment d'un élevage écologique responsable.
Réponse de le 30/09/2020 à 12:17 :
et au détriment de l'environnement car les nitrates et phosphates ne sont pas dégradés et sont épandus (pour enrichir la terre)..
a écrit le 30/09/2020 à 9:32 :
En Bretagne la pollution est une réalité pour l'essentiel les nitrates (élevage) et à moindre mesure les phosphates (stations d'épuration), hors les méthaniseurs ne dégradent pas ces composants qui sont épandus sur les sols. Il faudra bien un jour se poser la question de la pression de l'élevage.
a écrit le 30/09/2020 à 9:26 :
Merci beaucoup pour cet article je commençais ça et la a entendre des critiques qui ne m'etonnaient pas étant donné que le secteur qgro-industriel est la plus grosse organisation criminelle du monde et comme mafia et finance ne sont qu'un comme l'expose l'incroyable enquête du consortium de journalistes si en effet le ministre ne fait rien ça va vite dériver dans le pire tout ce que ces gens savent faire.

Jai aussi entendu parler d'abus sur le foin aussi, a savoir au lieu d'utiliser des déchets organiques ils achètent des meules de foin faisant ainsi grimper le prix au passage. Cest exactement le mode de fonctionnement agroindustriel tel que je le connais à savoir la cupidité avant tout.

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