Parmi toutes les conséquences désastreuses du changement climatique, celui-ci pourrait être moteur d'un phénomène démographique inquiétant : la migration massive de centaines de milliers de personnes. Si la perspective n'est pas nouvelle, elle est souvent abordée sous le prisme des déplacements internationaux et de leurs répercussions sur les Etats d'accueil. Pourtant, elle concernerait en fait bien plus les flux infra-nationaux, c'est-à-dire entre régions d'un même pays. C'est en tout cas ce qu'affirme la Banque mondiale, qui alerte sur cette nouvelle « menace pour le développement » dans un rapport publié le 13 septembre.
Jusqu'à 216 millions d'individus pourraient ainsi se voir contraints de quitter leur lieu d'habitation d'ici à 2050 pour des raisons environnementales, forcés de se déplacer vers des terrains moins touchés par les désastres, pointe l'institution de Washington. Un chiffre qui tranche avec l'estimation publiée en 2018 par la Banque mondiale de 143 millions de déplacement dûs au changement climatique d'ici à 2050.
« S'il a été revu à la hausse, ce n'est pas parce que la situation a empiré, mais parce que le périmètre de l'étude a été élargi », explique François Gémenne. En effet, le premier rapport s'était focalisé sur trois régions du monde, l'Afrique subsaharienne, l'Asie du Sud et l'Amérique latine. Celui-ci le complète en intégrant trois autres zones dans le champ d'analyse : l'Asie de l'Est et le Pacifique, l'Afrique du Nord et la partie regroupant Europe de l'Est et Asie centrale. Le but : dépeindre « une estimation mondiale » pour les pays pauvres, selon Juergen Voegele, vice-président de la Banque mondiale chargé du développement durable.