ENQUÊTE 1/3. La pénurie mondiale de semi-conducteurs continue de perturber la reprise économique mondiale. À Montpellier, Nîmes ou Alès, les dirigeants d’entreprises concernés sont concentrés sur cette quête complexe du composant électronique dont la pénurie freine voire menace leur activité. Et s’inquiètent d’un horizon aux perspectives encore incertaines. Témoignages.La tension dans la voix des dirigeants d'entreprises confrontés à la pénurie mondiale des composants électroniques est palpable. En Occitanie, comme partout sur la planète, tous sont obnubilés par cette difficulté qui menace de paralyser -ou paralyse déjà- leur activité. L'absence de visibilité sur le terme de cette pénurie, qui intervient dans la foulée de la crise sanitaire du Covid, freine la reprise économique.
De très nombreux domaines d'activité sont touchés en raison de l'usage désormais très fréquent et incontournable des semi-conducteurs.
En Occitanie-Est, de Montpellier à Nîmes en passant par Alès, l'inquiétude et la colère montent chez les dirigeants d'entreprises, piégés par cette carence mondiale. L'entreprise Soledge, basée à Clapiers près de Montpellier, non seulement conçoit et produit des appareils hi-fi de haut-de-gamme et connectés mais propose également ses technologies brevetées aux fabricants d'enceintes et/ou d'électronique grand public.
Parcours du combattant
«Notre technologie hardware a besoin de composants électroniques, pas moins de 200 sur chaque carte électronique ! S'il nous en manque un seul, on ne peut pas faire de carte »,explique Maryam Bini, cofondatrice et directrice marketing de Soledge.
«L'an dernier, une usine japonaise a brûlé, nous avons dû changer de référence sur leur composant, et ça nous a pris six mois pour en trouver un autre, redévelopper une nouvelle carte et redessiner les circuits avec les nouveaux composants ! »
Composants non-substituables et délais de livraison surréalistes
La dirigeante est inquiète pour la pérennité de l'activité économique :
« On est sur des délais de 120 semaines sur certains composants, ce qui paralyse complètement notre production.Heureusement, notre bureau d'études continue de travailler, ce qui amortit la chute, mais si on n'avait que l'électronique, on aurait déjà fermé ! ».
« Nous concevons les prototypes que nous faisons produire chez des prestataires qui, eux, ont déjà mis des gens au chômage technique. Il y a un effet boule de neige : si on arrête, nos prestataires arrêtent ! »
La situation de l'agritech montpelliéraine ITK, qui conçoit des outils d'aide à la décision pour l'agriculture et fait usage de composants électroniques pour ses capteurs fabriqués à Nantes, est également critique.
«Sur certains composants électroniques, on est sur des délais d'un, deux, voire trois ans,souligne Éric Jallas, le président d'ITK.C'est surtout vrai pour les micro-contrôleurs. Or, ce sont des composants spécifiques non substituables... Nous nous fournissons notamment chez STMicroelectronics à Grenoble, mais eux-mêmes font fabriquer les composants partout dans le monde et une large part est réservée par les Chinois. Résultat: on paie certains composants 7 fois le prix ! Ce qui augmente les coûts de 30% alors qu'on est tenus par des contrats et qu'on ne peut pas augmenter nos prix comme ça. Par ailleurs, ça génère un important besoin de fonds de roulement, mais il y a zéro aide pour financer ce surcoût, alors qu'on a bien aidé les cafés pendant le Covid ! »
Les PME dernières servies, avec des délais insupportables
Même son de cloche à Nîmes, chez XAP Technology qui conçoit, fabrique et entretient des équipements électroniques dans le domaine de la compétition automobile essentiellement, mais aussi dans les milieux hostiles. L'entreprise comprend un bureau d'études et une unité de production (14 salariés, entre 1,3 et 1,5 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel).