Résilience

La chronique quotidienne de la Tribune inspirée par l'actualité. Aujourd'hui, la France va être auscultée par le docteur Olli Rehn de Bruxelles, certains membres de la Réserve fédérale américaine veulent réduire l'addiction à une politique monétaire trop accommodante et en Chine, Foxconn stoppe net les embauches pour cause de ralentissement des achats de produits Apple.

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Le finlandais Olli Rehn, commissaire européen des Affaires économiques et financières. Copyright Reuters
Le finlandais Olli Rehn, commissaire européen des Affaires économiques et financières. Copyright Reuters

La France n'arrivera pas donc à son objectif de déficit public en 2013. Le seuil des 3% maximum du PIB qu'elle s'était engagée à atteindre dans le cadre du pacte de stabilité européen sera largement dépassé, puisque le chiffre de 3,6% est désormais avancé.

Un autre espace-temps

La perspective d'absence de croissance en 2013 explique ce futur manquement. Certaines fuites de la Commission européenne qui doit annoncer ses prévisions pour la zone euro ce vendredi font état de 0,1%, ce qui est encore inférieur au 0,3%, chiffre pourtant révisé par le gouvernement qui vivait jusqu'à il y a peu dans un autre espace-temps en s'accrochant à 0,8%.

La France va donc être l'objet d'une procédure, normale, de la part de Bruxelles, visant à analyser les raisons pour lesquelles l'objectif a été loupé. Partant, elle fera des recommandations. Ces dernières font d'ailleurs partie de la procédure du « semestre européen », selon laquelle chaque pays membre de la zone euro doit soumettre son budget à la Commission européenne avant son examen au parlement national. Il s'agit en effet de contrôler s'il correspond dans ses grandes lignes à la discipline commune visant à faire converger les budgets des pays de la zone au nom de l'intégration.

Des enseignements tirés de la crise

Cette procédure est une conséquence directe des enseignements tirés de la crise de la zone euro et de l'explosion de la dette souveraine qui a fragilisé le c?ur de l'Europe. Celui qui suit l'actualité de cette crise européenne aura noté un changement de ton de la part du commissaire européen en charge des Finances, le finlandais Olli Rehn. Jadis cassant et chantre de la rigueur, il est désormais plus conciliant - sur la forme - avec Paris. Car pour un pays qui ne remplit pas ses objectifs il est normalement prévu par les textes une sanction financière, certes pas automatique, comme le voulait Berlin, qui peut représenter 0,2% du PIB.

Evidemment, la majorité des Français n'a pas encore véritablement perçu combien la souveraineté de leur pays, tant vantée, bien souvent narcissiquement, par la classe politique, est écornée par ces prérogatives européennes. On est loin du lyrisme patriotique d'un général de Gaulle, mais les temps ont changé.

A quelque chose malheur est bon:  l'Europe va aider la France à se sortir de son incapacité à s'auto-discipliner. Après tout, il n'y a aucune honte à se faire aider par un médecin quand on est malade.

Doutes des membres de la Fed

C'est d'ailleurs la voie de cette rigueur que pourrait suivre de son côté la réserve fédérale américaine en mettant un terme sinon en réduisant les mesures de soutien de sa politique monétaire caractérisée par des taux bas (entre 0% et 0,25%) et des rachats massifs d'actifs sur le marché secondaire.

Plusieurs des membres de l'institution font en effet le constat que cette orientation a trouvé ses limites. L'effet dopant, au sens propre, d'une politique monétaire trop accomodante ne peut être que temporaire. Le prolonger devient dangereux comme toute addiction. Le risque d'une reprise de l'inflation et celui encore plus élevé de la formation de bulles sont réels, alors que la crise financière de 2008 n'a pas encore été réellement soldée.

Discipline confucéenne

En Chine, comme à l'époque impériale et de la discipline confucéenne, qui ne souffrait pas de perte de temps dans l'application des décisions, on s'adapte vite. Ainsi, le groupe taïwanais Foxconn qui opère en Chine continentale a annoncé geler toute embauche. C'est la première fois que cela arrive depuis 2009, après le coup d'arrêt dû à la crise financière. Le groupe s'est fait connaître internationalement par la combativité de ses employés (1,2 million) qui en menant des grèves dures en 2010 avaient réussi à obtenir un doublement de leurs salaires. La raison de ce gel est un ralentissement de la demande mondiale d'iPhones et autres iPad d'Apple dont Foxconn est un des principaux assembleurs.

Finalement, les employés de Foxconn sont très dépendants de la résilience de l'Europe et de l'Amérique du nord. Ils devraient s'intéresser à Olli Rehn et à la Fed.

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