Pourquoi la BCE ne va pas (encore) activer son arme nucléaire, l'OMT
Romaric Godin
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Est-ce le moment, pour la BCE, de dégainer l'arme nucléaire ? La question de l'utilisation de l'OMT (outright monetary transactions), le programme de rachat illimité d'obligations souveraines, commence sérieusement à se poser.
Retour de l'aversion au risque
Pourquoi ? La volonté affichée - quoique très conditionnelle - de la réserve fédérale américaine de sortir de sa politique d'argent facile a effrayé les investisseurs détenteurs d'obligations. La hausse est générale sur ce marché depuis le 22 mai et les premiers propos du président de la Fed, Ben Bernanke qui laissaient entrevoir la nouvelle stratégie monétaire américaine. Les taux sont donc remontés, et ceux des pays périphériques de la zone euro plus encore que les autres. Fini l'appétit du marché pour les taux grecs ou portugais, l'écart de taux avec l'Allemagne (le fameux « spread ») s'est à nouveau creusé.
Le Portugal en première ligne
Certes, les niveaux atteints en cette fin juin restent modérés au regard de ce qu'a connu la zone euro en 2011 et 2012, mais un pays inquiète à nouveau les dirigeants européens : le Portugal. Le taux à 10 ans portugais a ainsi atteint mardi son plus haut niveau de l'année à 6,902 %, bien loin de son plus bas du 21 mai à 5,23 %. Parallèlement, les taux italiens ou espagnols ont moins progressé. La raison en est d'abord technique. « La liquidité sur le marché de la dette portugaise est inexistante, il suffit de quelques millions d'euros pour faire bouger les taux qui, du coup, réagissent plus violemment », explique Ronan Blanc, gérant analyste chez Quilvest Gestion.
Doute sur la capacité portugaise à soutenir sa dette
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Mais il existe également des raisons plus structurelles : la tolérance des Portugais pour l'austérité commence à faiblir et, surtout, on sait que le niveau de dette et de déficit du Portugal rend peu crédible une sortie de l'aide européenne l'an prochain, comme prévu. Le déficit public, malgré des mesures très vigoureuses, devrait atteindre encore 5,5 % du PIB cette année et la dette publique presque 124 % du PIB, contre 84 % en 2009 ! La contraction du PIB devrait se situer aux alentours de 2,3 % cette année, selon Bruxelles, et s'il y a un rebond en 2014, il devrait être très faible (+0,6 % selon les prévisions optimistes de la Commission). En bref : Lisbonne aura encore besoin de l'aide européenne après 2014, comme l'a reconnu Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires européennes. Et, à la différence de l'Irlande, qui est dans le même cas, les perspectives de reprise forte de l'économie sont plus incertaines. De quoi modérer les appétits des investisseurs. « Le marché redevient sensible à la dynamique de soutenabilité de la dette portugaise », constate Ronan Blanc.
Romaric Godin