L'adresse de Barack Obama au "monde musulman"

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Le président américain, contrairement à son prédécesseur, a décidé de changer radicalement son discours à l'égard de la région du Proche-Orient. Mais Barack Obama doit absolument éviter de tomber dans le simplisme qui a actuellement cours dans les médias américains et surtout se méfier du risque que lui fait courir la concentration de fortes personnalités à la tête de la diplomatie des Etats-Unis, estime Marco Vicenzino, directeur du Global Strategy Project, membre du Council on Foreign Relations et ancien Deputy Executive Director de l'International Institute for Strategic Studies.

Les débuts de la présidence de Barack Obama ont initié un changement de ton, important et stratégique, de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et au-delà. Il faudra toutefois attendre des actions concrètes et des résultats durables pour savoir si ce changement stratégique est aussi substantiel.

Le président américain a manifesté un engagement sans ambiguïté pour cette région du monde en s'adressant expressément au "monde musulman" dans son discours inaugural. En outre, il a réalisé un long entretien pour une télévision de langue arabe et a nommé rapidement un nouvel émissaire spécial au Moyen-Orient pour la question Israël-Palestine. Un émissaire qui s'est rendu immédiatement dans la région pour assurer un cessez-le-feu effectif entre Israël et le Hamas. Bien que nombreux sont ceux qui, au Moyen-Orient et au-delà, aient probablement bien accueilli ce nouvel état d'esprit, la plupart des gens préfèrent certainement renvoyer leur jugement à un proche avenir.

Les optimistes voient là l'aube d'une nouvelle époque de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient. Les pessimistes considèrent que la rhétorique d'Obama ne vaut guère plus que le poids des mots. Les réalistes expriment un optimisme prudent. Ce qui est sûr, c'est que le besoin fondamental d'un engagement plus constructif passera par une rhétorique plus adaptée, notamment à la fragilité du paysage géopolitique moyen-oriental.

La situation dans la région est bien plus compliquée et moins favorable à la stabilité que lorsque le président George W. Bush est entré en fonction en 2001. Un coup de génie diplomatique pourra-t-il émaner de la présente administration, défier les circonstances, reprendre l'initiative diplomatique et influer de façon proactive sur le cours des événements ?

Pour ce qui concerne en particulier l'adresse du président au "monde musulman", il est important de tenir des propos appropriés à des audiences très diverses. Or la tendance trompeuse à se référer au monde arabe et, plus largement, au monde musulman d'une façon monolithique prévaut encore dans les médias américains et l'establishment politique. Ne pas la dépasser, ce serait continuer à tourmenter la politique étrangère américaine et compliquer ses relations au Moyen-Orient et au-delà.

Les médias américains doivent bien garder cela à l'esprit pour ne pas induire en erreur l'opinion publique américaine et internationale. Les responsables américains doivent aussi prendre conscience de ces distinctions. Les facilités de langage et l'ignorance culturelle ne peuvent plus servir d'excuse. Les risques d'embrasement d'une situation déjà volatile sont simplement trop grands.

Il est critique pour la politique et l'image des Etats-Unis à l'étranger d'agir avec précaution et de faire preuve de plus de responsabilité dans l'expression. Il est difficile de revenir sur des erreurs de discours ou de jugement lorsque l'information va si vite dans un monde connecté de façon globale. Echouer à faire les distinctions importantes peut générer des conséquences de court terme négatives et emporter d'importantes implications durables, pour l'intérêt national et l'ordre global, qui se manifestent souvent d'une façon dangereuse et imprévisible.

L'utilisation de la rhétorique incendiaire du "nous contre eux " ou du "bien contre le mal" s'avère toujours contre-productive, comme l'ont montré les échecs dans la région essuyés par plusieurs administrations précédentes. Cela ne facilite pas les relations avec les responsables de zones instables qui peuvent exploser à tout moment. Cette rhétorique fournit du carburant au feu des extrémistes radicaux qui utilisent la religion comme une arme pour mener à bien leur programme pervers et promouvoir la propagande déviante.

Cette dernière se résume à voir l'Islam attaqué de toutes parts par l'ensemble des autres religions, principalement les religions chrétienne, juive et hindoue. Aussi, un usage intelligent de la rhétorique de réconciliation peut aider à désamorcer progressivement les tensions dans des régions fragiles et à contrer le message des extrémistes.

Au-delà de la rhétorique, la nomination par l'administration Obama de trois émissaires spéciaux de haut rang pour les dossiers Israël-Palestine, Iran et l'Afghanistan-Pakistan traduit l'extrême importance que représentent ces enjeux aux yeux de la nouvelle administration. Mais tant de personnalités éminentes impliquées dans la politique étrangère américaine, notamment l'ambitieuse secrétaire d'Etat Hillary Clinton, et le vice-président bel et bien présent Joe Biden, exposent Barack Obama au risque de conflits internes et d'une compétition malsaine liée au chevauchement de compétences entre des personnalités exceptionnelles en situation de rivalité pour avoir de l'influence.

Ne pas bien gérer cette action conduirait à un blocage diplomatique. Mais si elle devait être bien gérée, cette action pourrait produire des résultats tout à fait substantiels.

 

Article publié en collaboration avec le think tank "En temps réel" (www.entempsreel.com)

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Honnêtement il faut nous expliquer comment les politiques étrangères ont pu écrire une déclaration universelle des droits de l'homme ; il n'y a que des étrangers qui font des politiques étrangères ?!

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