Les retraités de Matignon

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

Alain Juppé cautionnant le grand emprunt national imaginé par Nicolas Sarkozy, c'est un peu comme un archevêque qui danserait la macarena : il faut beaucoup d'imagination pour se représenter la scène. Et pourtant, c'est arrivé. Voilà l'ancien Premier ministre à la tête d'une commission chargée de battre les buissons pour recenser les "dépenses d'avenir", en compagnie d'un autre personnage éminent, lui aussi malmené par son propre camp, lui aussi ancien Premier ministre et voué à ce rôle de sage que les Français réservent aux hommes politiques blessés et ennoblis par les difficultés, Michel Rocard.

Alain Juppé, l'homme de la rigueur, qui avait le premier alerté l'opinion publique sur l'état "calamiteux" des finances publiques en 1995. Alain Juppé, qui avait pratiqué l'une des plus fortes hausses d'impôt de l'après-guerre pour renflouer les caisses de l'Etat, le voici désormais préposé à la dépense sans limite ! La stratégie d'ouverture du président de la république est, par essence, l'art du contre-emploi. Celui-ci est particulièrement réussi. Pour son prochain coup, Sarkozy devra frapper encore plus fort : Lionel Jospin, autre retraité de Matignon, à la tête du comité des fêtes de la république ? Pierre Mauroy missionné pour alléger les charges pesant sur les entreprises ?

Michel Rocard, de son côté, cumule les missions gouvernementales. Le voici désormais chargé de la fonte des banquises - il est ambassadeur de France pour les pôles arctique et antarctique -, de la future taxe carbone et de la chasse aux dépenses d'avenir. Certes, tout est lié, nous expliquerait-il : les glaciers fondent à cause des émissions de CO2, la taxe carbone servira à financer les dépenses d'avenir, qui elles-mêmes vont faire fondre les marges de man?uvre des futurs gouvernements, qui seront logés dans des bâtiments où régnera un froid polaire, car il n'y aura plus d'argent à cause de l'emprunt d'avenir. Il n'y a pas de quoi perdre le Nord. Surtout pour un spécialiste des pôles.

Seul problème, si nos sages s'enrôlent aux côtés du gouvernement et désertent la fonction qui est la leur dans la vie politique, qui donc va dire la vérité aux Français ? Il faudra, une fois encore, solliciter les mânes de Pierre Dac. "Monsieur a son avenir devant lui, et il l'aura dans le dos à chaque fois qu'il fera demi-tour", disait l'humoriste. Le contribuable a son avenir devant lui, et il l'aura bientôt dans le dos, sous la forme de quelques dizaines de milliards de dettes supplémentaires.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
S'il n'y a plus personne pour "dire la vérité", c'est peut-être qu'elle est trop terrible. En attendant, avec l'ouverture qui n'en finit pas, on a une sorte de gouvernement d'union nationale qui ne dit pas son nom, et qui envisage de lancer un grand emprunt national auprés des français, faute peut-être de pouvoir se financer sur le marché mondial... Si on en est là, il peut encore y avoir de la casse
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Lire Laurence Boone dans les echos, tout est dit.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Surtout, ce qui est affligeant, c'est que l'on ne sait pas pour quelles choses on veut dépenser, alors que l'on risque de s'alourdir notre dette... paradoxal.
Puis des voies stratégiques d'investissements ont d'ores et déjà été établies (grand paris avec son nouveau réseau éventuel de transports, 35 milliards)...

Qui plus, on les connaît ces fameuses voies stratégiques, pour peu que l'on s'intéresse un minimum à l'actualité.

Convergence NBIC, révolution génomique, technologies vertes (on a 20 ans de retard dans ce domaine, si on compare à l'Allemagne), abandon financier du réseau de transport (16 milliards d'euros nécéssaires à sa complète refonte, car dans un état calamiteux, mais cela on se garde bien de le dire. A côté de cela, on veut faire entrer la concurrence sur le marché pour que les prix grimpent et que l'on rate l'une des voies du développement durable, par désavantage financier des français à utiliser le rail... bref)

a peu près à la même époque que le japon fabriquait le shinkansen, le TGV français faisait son apparition. plusieurs décennies plus tard, le réseau est en piteux état, peu de LGV ont été construites et les japonais eux, construiront d'ici quelques années un Maglev, qui ira à plus de 500km/h... fini les auto-éloges des élites françaises à propos du TGV...

Il y a un truc qui est particulièrement énervant pour moi, faut dire, c'est le manque d'ambition et de compétitivité dans la tête des politiciens. Les japonais réinvestissent toujours pour faire mieux. Nous, on reste sur une semi-victoire technique, en son temps.

Je pourrais encore citer des défauts...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Le problème très justement pointé par F. Lenglet est qu'il est impossible à un dirigeant politique de ne pas avoir un énorme égo - faute de quoi, il aurait fait plombier, ou maçon, ou agent de change, ou pharmacien. Mais non, il a fait homme politique, c'est donc qu'il est né affublé d'un égo monumental. Et le voilà donc, 10, 15, 20 ans après être sorti des allées du pouvoir, et toujours d'attaque pour à nouveau reparaître sous les feux captivants des projecteurs. C'est pitoyable.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
OURANIA_CÉLESTE / Paris, jeudi 9 juillet 2009 à 00:49

Qui dira la vérité au Français ? L'arracheur de dents de l'Élysée comme d?habitude !

À voir le peu de réactions des Français, on pourrait imaginer qu?ils en redemandent !

Seulement quelques dizaines de milliards de dettes supplémentaires, et pourquoi pas tant qu?on y est, puisque que personne ne bouge pour protester avec véhémence.

La plupart des journalistes se taisent, ils ont peur. Oui, les journalistes Français ont peur, très peur !
Tant que leurs auges sont remplies...

Nous n?avons pas quitté le siècle du «Discours sur la servitude volontaire» (Étienne de La Boétie, en 1549) et nous n'avons ? plus non plus un seul Victor Hugo.

Tant qu'il y aura des parvenus qui accèdent au pouvoir pour piétiner la République française, elle subira ? et les Français ? avec de telles turpitudes de leur part. Le mot éthique ne fait pas partie de leur vocabulaire.

a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
moi je vois toujours la meme chose,pas un pour racheter l autre,tous pourris

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