Un paysage financier européen durablement modifié

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(Crédits : DR)
Cette crise a donné lieu à de nombreux commentaires sur ses différents aspects. Mais la cohérence de l'ensemble apparaît surtout lorsque l'on considère aussi bien l'origine du phénomène que les modalités de son déroulement et les prolongements que l'on peut en attendre. Ils sont marqués par un trait commun : un changement radical d'époque et de mode de pensée.

L'origine de la crise grecque est vraisemblablement à chercher dans la crise financière qui a ébranlé, en 2008, l'ensemble du système financier mondial. Depuis plus de soixante ans, il était universellement admis qu'aucune banque d'importance ne pouvait connaître la faillite. Plusieurs exemples avaient montré qu'aucune récession, si grave soit-elle, n'amènerait à déroger à ce principe. La faillite de Lehman Brothers a ouvert une ère nouvelle et transformé une crise financière grave mais qui avait de multiples précédents en crise systémique. Dès lors, l'impossible devenait possible, et si on pouvait mettre en cause la signature d'une banque pourquoi ne commencerait-on pas à douter de celle d'un Etat, même s'il appartient à la catégorie des pays dits "développés" et membres de l'OCDE ?

Deux piliers d'un plan efficace. Dans ce monde de la méfiance où nous sommes entrés, peut-être pour longtemps, le traitement d'une crise de la dette souveraine recèle des caractères particuliers. Les exigences de la spéculation ont atteint un niveau tel que des garanties habituellement suffisantes risquent d'être inopérantes, un montant d'aide limité pouvant toujours être jugé insuffisant et fragilise la volonté d'assistance des partenaires. Dans ces conditions, il apparaîtra assez vite que le seul barrage infranchissable à opposer aux vagues spéculatives est celui que fournit une banque centrale opérant dans sa propre monnaie. C'est dire que l'assistance fournie après de longues tractations et pour un montant donné, fût-il élevé, par les autres pays membres de la zone, même si elle doit être saluée comme un geste important, ne fournit pas la garantie absolue capable de mettre fin au stress des marchés.

De même, qu'en 1994, le Bundesbank a pu stopper net les attaques contre le franc en se portant acquéreur de francs sans limitation de volume, de même l'efficacité du plan de sauvetage de la Grèce qui vient d'être mis en oeuvre ne sera totale que si la Banque centrale européenne fait clairement savoir qu'elle se tient prête à intervenir, en appui de la première ligne de défense qui vient d'être constituée, en achetant, si besoin est, sur le marché le volume de papier nécessaire. Bien entendu, une garantie dès lors qu'elle est perçue comme absolue n'est guère appelée à jouer car elle est aussitôt prise en compte par le marché.

L'implication beaucoup plus forte de la banque centrale dans la crise des dettes souveraines a nécessairement pour contrepartie un renforcement des contrôles sur la politique budgétaire de l'Etat débiteur. L'organisme le mieux placé et le mieux préparé pour cette tâche est incontestablement le fonds monétaire international (FMI). Il a des moyens puissants, une longue expérience des ces interventions délicates et une position extérieure à la zone qui lui rend la tâche de contrôle plus facile. Il apparaît clairement aujourd'hui qu'avoir voulu l'écarter dans les débuts de la crise a été une lourde erreur : pour avoir voulu montrer sa capacité à régler ses problèmes, la zone euro n'a fait qu'étaler davantage son manque de cohésion.

Création monétaire. Cette souhaitable et inéluctable montée en puissance de la BCE et du FMI, peu présents au début de la crise, marquera un tournant important dans l'histoire financière européenne. Celle-ci n'est plus l'affaire exclusive des Etats, et ne peut plus être pilotée par l'Europe seule. L'utilisation plus ou moins proche par la BCE de l'arme suprême de la création monétaire permet d'augurer que ce levier puissant, mais jusqu'ici redouté, est appelé dans l'avenir à jouer un rôle plus actif. Le comportement de la Fed et l'ampleur des moyens utilisés par la BCE pour conjurer la crise de liquidité bancaire ont ouvert la voie à ce sujet.

La crainte révérencielle devant la "planche à billets", nourrie par de lointains et désastreux souvenirs, s'efface peu à peu car l'expérience a clairement montré qu'un surplus de monnaie banque centrale ne gonfle pas toujours la masse monétaire proprement dite, ainsi qu'on a pu le voir en 2008. Au total, la crise grecque marque l'entrée de notre système financier dans une ère nouvelle où une crise systémique est redevenue possible, où l'Europe devra, pour préserver sa stabilité financière, compter d'avantage sur l'appui du FMI et utiliser sans hésiter la force de frappe de la BCE.

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