Argent public, guerres privées

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Par Olivier Provost, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Dans deux semaines, l'Amérique de Barack Obama aura sa victoire à la Pyrrhus en Irak avec un retrait du gros de ses forces, ne laissant sur place que quelques milliers de GI et de marines... et beaucoup, beaucoup de militaires américains non officiels, soldats de fortune venus de partout et oeuvrant pour des officines privées.

Nourries pendant des années au désordre africain, ces entreprises très spéciales ont depuis essaimé sur toute la planète, avec souvent pignon sur rue. Même si ce pignon doit parfois être déménagé pour cause de réputation sulfureuse. Elles offrent pourtant toutes les apparences de la respectabilité : site Internet design, brochures luxueuses avec graphiques de retour sur investissement et notules rédigées en termes choisis dans lesquelles sous-entendus et circonvolutions tiennent lieu de cartes de visite : compétence, efficacité, respect, discrétion... Autant de termes qui sonnent mieux que mercenaires, dégâts collatéraux, bavures et destructions.

Bonne chance à l'Irak et bonne plongée dans le quattrocento, ce XVème siècle où les guerres en Europe se passaient à coups de mercenaires payés par les princes. Un petit rappel historique à ceux qui affirment que la guerre privatisée serait une première. Pour  Bagdad, le mot "renaissance" pourrait donc bien prendre un goût amer. Voir dans le même temps le controversé président afghan Hamid Karzai tenter justement d'écarter les firmes privées occidentales qui essaient là aussi de prospérer sur son pays en guerre ne peut que susciter des commentaires d'encouragement. Même s'il veut surtout se venger d'une Amérique prompte à dénoncer la corruption qui règne dans les sphères dirigeantes de Kaboul.

Reste à espérer qu'il ne s'agit pas de verser les sommes prévues pour le renforcement de la sécurité à d'autres milices plus proches du pouvoir. "La guerre est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux militaires", a dit Georges Clemenceau. Les businessmen l'ont parfaitement compris.

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