Face au faux débat des 35 heures, relançons l'idée du temps choisi !

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DR (Crédits : (c) J.M Tardy)
Par Gaëtan Gorce, député PS de la Nièvre.

Le retour du débat sur les 35 heures ne peut susciter, chez ceux qui s'intéressent de près à cette question, que scepticisme et circonspection. Chacun sait en effet que la question de la réduction du temps de travail est derrière nous. Non seulement parce que leur remise en cause ressusciterait les redoutables problèmes que durent affronter leurs promoteurs (telle la question de l'ajustement du Smic) ; non seulement parce que la plupart des entreprises envisageraient sans plaisir de renégocier des accords qui, au moins dans l'industrie, sont loin de leur être défavorables ; mais surtout, parce que d'aménagement en dérogation, plus rien ne s'oppose à l'augmentation de la durée du travail... Sinon peut-être la conjoncture !

L'idée que l'on travaillerait moins en France qu'ailleurs ne résiste pas aux faits. Selon l'OCDE, en 2009, les Français ont travaillé en moyenne 2h15 de plus que les Allemands, 1h30 de plus que les Britanniques et près de 8 heures de plus que les Hollandais ! C'est en revanche sur la durée d'une vie entière que nos concitoyens travaillent moins, ce qu'explicite l'échec de nos politiques d'insertion des jeunes ou de maintien au travail des seniors.

Si l'on veut trouver l'origine de nos difficultés, et en particulier du ralentissement de notre productivité, c'est bien dans cette crise du travail que révèlent toutes les enquêtes mais qui inspirent peu responsables politiques et... syndicaux, qu'il nous faut chercher. Cette crise trouve son origine dans des formes d'organisation du travail obsolètes, hyperhiérarchiques, jamais négociées.

Il en résulte un malaise qui se traduit, aussi bien dans le public que dans le privé, par un blocage des promotions internes, une faible progression du pouvoir d'achat, un niveau encore trop élevé des accidents du travail, des maladies professionnelles et des formes d'emploi inadaptées à l'accueil des plus jeunes et au maintien au travail des seniors. Aussi est-il plus qu'urgent de dépasser les faux débats pour relancer sur ces vrais problèmes le dialogue social !

L'État pourrait y consacrer, à titre d'incitations, une part des actuelles exonérations générales de cotisations sociales ; la réforme de la formation professionnelle devrait être revue dans cette perspective en décloisonnant au maximum les circuits de financement et en renforçant les liens avec l'assurance chômage ; enfin, pourrait être envisagée une relance de la réduction du temps de travail mais sous sa forme individualisée en remettant au goût du jour la vieille et belle idée "delorienne" du "temps choisi" afin d'encourager une meilleure articulation du travail avec les autres exigences de la vie.

Comment ne pas voir à cet égard que la question de la répartition entre temps travaillé et temps libre, temps consacré à l'activité professionnelle et temps disponible pour se former, se détendre, préparer sa retraite, s'occuper de sa famille ou mener des engagements politiques, associatifs ou syndicaux ne s'est jamais posée de manière aussi forte. C'est davantage à ce titre que la réduction du temps de travail fait partie intégrante du patrimoine de la gauche, laquelle ne doit pas renoncer à l'idée que l'emploi, s'il est le premier facteur d'intégration sociale (et doit à ce titre rester un droit), ne peut constituer le seul horizon de la vie humaine.

L'erreur commise par le président de la république a été de réduire le travail à une seule dimension en prétendant confondre augmentation de sa durée et de sa rémunération. Dans une économie moderne, le progrès de la productivité et donc de la richesse à partager ne peut venir que de l'investissement dans l'innovation et dans les qualifications, et de l'articulation intelligente des deux à travers une organisation négociée de l'organisation du travail. On ne peut espérer que ces enjeux-là soient mis à l'ordre du jour du débat public plutôt que la polémique dépassée, ringarde et mille fois rejouée de la fin des 35 heures.

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