Vous avez dit fédéralisme ?

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Par Valérie Segond, journaliste à La Tribune.

Face à une crise compliquée, les leaders d'opinion semblent progressivement se rallier à une idée simple : entre le fédéralisme et le chaos, par éclatement de l'euro, choisissons résolument la voie du volontarisme triomphant ! Comme la zone euro ne sait pas gérer des situations économiques structurellement divergentes, coordonnons nos budgets nationaux. Là où se sont créées des zones monétaires, comme aux Etats-Unis et en Allemagne, le fédéralisme budgétaire n'a-t-il pas fini par s'imposer ? Seulement, qu'est-ce que le fédéralisme ?

Pour l'instant, au pire on n'y comprend rien, au mieux on en a une vision purement technique. Pour le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, qui a lancé l'idée le 31 mai, c'est un système de surveillance mutuelle des budgets nationaux, pour que chacun respecte bien les critères du Pacte de stabilité. Mais cela, c'est la version soft. Comme chacun n'en fait qu'à sa tête, il faudra bien imposer des sanctions automatiques en cas d'irrespect de la règle commune. Et, chaque pays étant sommé de présenter son budget aux autres, il devra forcément tenir compte de leurs impératifs. Autrement dit, il ne conservera sa liberté budgétaire que pour autant qu'elle ne nuit pas aux autres. Cela signifie que, a minima, c'est une gestion économique collégiale, confiée à un ministre européen de l'Économie qui exercerait la tutelle des ministres nationaux.

En clair, c'est un net abandon de souveraineté politique. Mais ce n'est pas tout. Pour assurer la pérennité d'une zone monétaire, il faut pouvoir réaliser des transferts internes qui redistribuent les excédents des pays riches vers les pays déficitaires. Pour l'instant, avec un budget de 1,2% du PIB européen, l'Europe a non seulement un problème de légitimité politique, mais n'en a pas les moyens. Il faudrait donc considérablement augmenter ses ressources. Dès lors, posons la question qui fâche : qui est prêt à donner les clés de son économie à un ministre européen pour payer les salaires des fonctionnaires grecs ? Quand on voit qu'en France, contrairement à l'Allemagne, il n'y a eu que peu de débat sur cette question, au Parlement ou dans la presse, il semble évident que l'on n'aura pas le courage politique d'aller de l'avant. Et en attendant, tant que le fédéralisme reste une incantation, on ne peut qu'être pour.

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