Face à la crise financière, il faudrait doubler le plafond du livret A

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Par Christian Ciganer-Albeniz, président de la SAS Compagnie Financière de Constance, "senior partner" de L'Epervier Corporate Finance Advisors.

Depuis la crise grecque, le tabou de la défaillance d'un Etat européen est tombé. En conséquence, les investisseurs traditionnels sont beaucoup plus sensibles aux risques portés par les différentes économies européennes.

A cela, s'ajoutent les contraintes réglementaires, liées à la future application des normes Bâle III, qui sont venues accroître la défiance du marché vis-à-vis de certaines dettes souveraines.

En effet, l'European Banking Authority, organisme de contrôle des ratios de liquidités, a imposé aux banques, par anticipation, de prendre la valeur de marché des titres de dettes souveraines au détriment de la valeur comptable.

Le résultat en est : d'une part, une vente massive des titres détenus en portefeuille acquis par le passé dans des conditions de marché qui ne correspondent plus aux spreads applicables aujourd'hui, entraînant une obligation de provision, d'autre part, une désaffection des banques européennes aux adjudications présentes à l'exception des bunds allemands, ce qui explique, entre autres, la différence des taux avec la France. Ce lundi matin encore, face à cette situation, l'agence Moody's a accru la pression sur notre pays en menaçant d'une dégradation de notre note plus rapide qu'envisagé, compte tenu de la hausse des taux des obligations françaises et des perspectives négatives de notre croissance.

Parallèlement et sans que les fondamentaux de sa dette soient différents des nôtres, l'Allemagne voit sa position confortée notamment, compte tenu de la forte demande des investisseurs sur ses titres de dettes souveraines.

Comment, à la lecture de ces éléments, ne pas comprendre l'importance de permettre à la Banque centrale européenne de se porter acquéreur de ces titres de dettes souveraines sur le marché primaire, et ainsi, de mettre en place un contre-pouvoir puissant face à la tempête spéculative dont nous voyons aujourd'hui les conséquences désastreuses sur nos perspectives futures de croissance.

Cette proposition, qui se heurte au veto de l'Allemagne, doit conduire nos dirigeants vers une réflexion prenant en compte les atouts spécifiques de chacun de nos pays. Il n'est pas inutile de rappeler que le marché profite de cette situation pour spéculer à la baisse sur ces titres de dettes et que, seules des mesures à la hauteur des enjeux pourraient mettre un terme à cette spirale infernale. Lorsque le niveau d'insoutenabilité du taux de la dette souveraine devient un mécanisme autoréalisateur qui plonge nos sociétés dans la crise et le désespoir, la solidarité nationale peut constituer une réponse aux interrogations qui se posent sur notre avenir. Notre pays dispose d'une épargne considérable qui représente à elle seule la quasi-totalité de notre dette souveraine, ce qui est un atout de stabilité dont certains pays, comme le Japon, ont su tirer profit pour s'affranchir des contraintes liées au marché. Au risque de susciter un tollé des principaux collecteurs d'assurances-vie, nous sommes aujourd'hui quelques-uns à proposer aux autorités le doublement du plafond du livret A qui, en tant que placement préféré des Français, s'appuie sur une très forte confiance en notre pays.

Cette mesure permettrait de recueillir environ 20 milliards d'euros par an dont plus de la moitié pourrait être conservée par les banques, permettant ainsi d'accroître leurs ratios de liquidités, et conforterait leurs capacités à faire face à la crise économique que nous traversons. Le solde serait versé à la Caisse des dépôts et consignations qui s'engagerait, avec les banques concernées par cette opération, à investir massivement sur les titres de dettes souveraines.

Nous sommes conscients que ce débat est aujourd'hui politiquement incorrect mais, face à une situation exceptionnelle, des solutions exceptionnelles doivent être mises en place, dont le coût pour la collectivité sera quoi qu'il arrive inférieur à l'impact financier de l'accroissement des intérêts que nous subissons aujourd'hui.

Cette solution permettrait d'éviter une détérioration sensible de notre situation financière mais, bien évidemment, le sursis ainsi obtenu ne peut nous affranchir des réformes structurelles nécessaires au rétablissement des grands équilibres de nos comptes publics.

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