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OpinionsVu de Bruxelles

Grèce : un duel de maîtres chanteurs... bluffeurs ?

Photo de Florence Autret

Florence Autret

Publié le 06 juillet 2015 à 17:00 - Mis à jour le 06 juillet 2015 à 17:08

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Prendre le contre-pied d'un Premier ministre fraîchement élu. Lancer au visage d'Alexis Tsipras qu'il « mentait » à son peuple et contester la pertinence de la question qui lui était posée. Et finalement dire aux Grecs que ce n'était pas sur les réformes économiques qu'ils se prononçaient, mais bel et bien sur leur appartenance à l'union monétaire ! Il fallait oser.

Jean-Claude Juncker a donc pris le parti de dramatiser les choses, de concert avec François Hollande et Angela Merkel. Il a appelé les Grecs à voter « Oui », « quel que soit le texte » qui leur serait soumis et les a avertis que voter « Non » reviendrait à s'exclure de l'euro et de l'Europe.

Au chantage à l'implosion exercé par Tsipras sur le reste de l'Union européenne, Juncker répond par un chantage à l'expulsion des Grecs de l'Union européenne.

Lequel bluffe ? Les deux

Tsipras, parce qu'il assure qu'un « Non » renforcerait la position de la Grèce et faciliterait de nouvelles tractations.

Des tractations, il en faudra sûrement, mais rien ne dit qu'il sera en meilleure posture pour les mener s'il « gagne » son référendum. En réalité, il prend le risque de rabaisser les Grecs au rang de pays en détresse... pour tenter d'obtenir une aide sans conditions. Il leur cache qu'un « Non » aura des conséquences dramatiques que le contrôle des changes - un véritable anesthésiant de l'activité économique - ne va pas tarder à faire sentir.

Mais Juncker bluffe aussi, parce que rien n'est moins clair que le chemin à suivre en cas de « Non ». Ces jours-ci à Bruxelles, les jurisconsultes s'en donnent à coeur joie et chacun y va de son analyse du traité. Le point de départ est simple : la sortie de la zone euro n'est pas prévue.

Les rédacteurs du traité ont tendu un piège aux politiques, celui de l'union forcée. Passé ce constat, on entre dans des débats techniques.

Que peut faire la Banque centrale européenne si la Banque de Grèce se mettait à imprimer sa propre monnaie ? Est-elle d'ailleurs tenue de couper les vivres à la Grèce une fois constaté que celle-ci ne peut rembourser les autres États européens ou elle-même ? Dans tous les cas, il semble que la réponse réside... auprès du chef des gouverneurs qui siègent à son conseil. Quant à savoir si l'on peut sortir de l'euro sans sortir de l'Europe... Là aussi, juridiquement, la réponse est non, puisque seul un pays peut décider unilatéralement de sortir de l'Union, ce que la Grèce ne veut pas.

La situation est si peu claire que Yanis Varoufakis a déjà fait savoir qu'il saisirait la Cour de justice à Luxembourg si la BCE s'avisait de couper le robinet.

Le mieux aurait été que cette consultation populaire porte non pas sur le maintien ou pas dans l'Union européenne, mais sur un sas de transition, voire la création d'un statut ad hoc pour ce petit pays en faillite, le temps qu'il se remette, sur une option raisonnable de cohabitation avec ses voisins européens, option qui ne serait ni un programme de purge économique drastique, ni la rétrogradation au rang de sous-État membre.

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Ce n'est pas exactement le cours que prennent les choses

Le plus prévisible est qu'au coeur de l'été, la Banque centrale, les ministres des Finances ou les chefs d'État décident dans la plus grande opacité d'une solution pour maintenir une Grèce en défaut dans l'Union. Et que la guerre latente entre Athènes et ses partenaires/créanciers européens ne finisse un jour ou l'autre devant la Cour de justice à Luxembourg. En somme, tout se passe comme si, devant l'impossibilité d'avoir une négociation politique « entre adultes », il fallait que ce soit les banquiers centraux de Francfort ou les juges de Luxembourg qui décident si et comment la Grèce pouvait rester dans l'Union européenne. De là à penser que cette campagne et ce référendum sont d'ores et déjà, en dépit des apparences, un déni de démocratie pour le peuple grec, il n'y a qu'un pas, que l'on n'hésitera pas à franchir.

Florence Autret

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