... de la transformation du système. Par Patrick D'Humières, président de l'Académie durable internationale, professeur à Sciences Po.
Les procès en légitimité sont le lot du capitalisme depuis son origine ; le débat qui monte aujourd'hui, aux États-Unis notamment, sur la reconquête d'un espace de « biens communs » contre la privatisation mal assumée des services essentiels, n'est qu'une étape critique de plus ; elle pousse plutôt le système à s'adapter, comme on le voit avec la prise en charge croissante des enjeux de durabilité par quelques grandes firmes pionnières.
Le débat sur le partage de la valeur, faisant suite aux analyses économiques très documentées de Branko Milanovic, Thomas Piketty ou Joseph Stiglitz, sur l'incroyable déséquilibre dans l'accumulation des richesses entre les 1 % et moins de « gagnants » de la mondialisation et le reste de la planète, s'avère plus dérangeant ; de fait, on revient à la thèse de Marx sur la paupérisation générale, qu'alimente Christine Lagarde, la présidente de la BCE, quand elle se plaint de l'asymétrie gigantesque entre le défaut d'investissements et l'immensité des besoins, dans un océan de liquidités qui a de plus en plus de mal à se rémunérer alors que la crise du pouvoir d'achat des classes moyennes se traduit en tensions politiques violentes.
Si les banquiers centraux sont conscients du contexte, plus que les chefs d'État, il est une catégorie d'acteurs de premier rang étrangement absente à la barre, alors qu'ils sont cités en premier chef : les gestionnaires d'actifs et managers des firmes qui alimentent le court-termisme structurel, dont il n'existe pas de représentation engagée au G7, au G20, ou dans les organisations pilotes ; ils ont le nez dans le guidon et se persuadent qu'ils n'ont pas le pouvoir de « changer la roue en roulant », considérant qu'ils font le job en rajoutant ici une « raison d'être » politique à leur objet social ou en publiant là des indicateurs extrafinanciers ; ils savent qu'ils vont dans le mur du climat et des remises en cause sociétales mais continuent de « jouer sur le pont » des airs anciens...