Changer de modèle énergétique, vite !

 |   |  864  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : Albert Caen)

L'énergie la moins chère est celle que l'on ne consomme pas. C'est en vertu de ce principe de bon sens que se dessine la transition énergétique.

En France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées, disait-on au bon vieux temps de la « chasse au gaspi », le slogan gouvernemental de l'après-choc pétrolier de 1973. Depuis la fin des années 1970, le monde a bien changé. L'énergie, nous sommes de plus en plus nombreux à en avoir besoin. 7 milliards, bientôt 9 milliards d'habitants sur terre. Comme le répète souvent Christophe de Margerie, le patron de Total, du pétrole, il y a en a plein...

La question est le prix que nous sommes prêts à payer pour l'extraire. Aujourd'hui, on va de plus en plus loin et de plus en plus profond. Pétrole, gaz et charbon, les énergies carbonées resteront encore longtemps majoritaires dans le mix énergétique de la planète. Le défi, pour les pays qui n'en ont pas, est donc sans ambiguïté. Pour compenser la hausse du prix de l'énergie, nous devons nous accoutumer à en consommer moins pour les transports, le logement et l'industrie.

La France a dans ce cadre une situation particulière. Ses puits de pétrole à elle, ce sont les 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales construites dans les années de vaches grasses pour assurer son indépendance énergétique. Ce fut un choix de raison malgré les risques associés, mais, en fait d'indépendance, le nucléaire ne couvre en réalité que le cinquième de nos besoins en énergie. Il nous permet toutefois de bénéficier d'un avantage compétitif de taille : un prix de l'électricité inférieur de moitié à celui payé en Allemagne, notre principal compétiteur.

Le problème que révèle bien le débat sur la transition énergétique, c'est que ce prix n'a aucune vertu pédagogique et n'incite pas assez les consommateurs, ménages et entreprises à faire des économies. Or, en matière d'énergie, ce qui compte le plus, c'est le signal prix, comme disent les économistes. La vraie question, à laquelle les gouvernements français successifs se sont bien gardés de répondre, c'est donc celle du vrai prix de l'électricité, qui doit inclure tous les coûts induits pour la sécurité, l'entretien et le démantèlement des centrales nucléaires.

Il doit aussi prendre en compte les investissements massifs dans les réseaux électriques indispensables pour développer les énergies renouvelables, dont le coût est aujourd'hui de plus du double à celui auquel nous sommes habitués. Résultat, les énergies nouvelles doivent être subventionnées, ce qui n'est pas le meilleur moyen de favoriser le développement d'une filière compétitive.

Il va donc falloir que nous changions de modèle : pour réduire la part du nucléaire à 50% de la production électrique en 2025, François Hollande doit expliquer aux Français qu'ils devront payer leur énergie de plus en plus cher. Pas facile à assumer en pleine récession, comme l'a montré le flop du débat sur la taxation du diesel. Cela semble aussi incompatible avec les objectifs de réindustrialisation défendus par Arnaud Montebourg, sauf à libérer l'exploitation du gaz de schiste. On en est loin.

Faute de consensus sur les enjeux à long terme, cette transition énergétique a tout pour fabriquer un débat explosif que le chef de l'État, qui bat chaque jour des records d'impopularité, se passera volontiers de trancher. On va donc marcher sur des oeufs, avancer en crabe, en commençant par le plus « facile » à vendre à l'opinion. À l'image du plan de rénovation thermique des bâtiments annoncé la semaine dernière, qui aura au moins un effet de relance vertueux en cette période de disette pour le BTP, à défaut d'aller assez vite au regard des enjeux.

Pourtant, cette transition énergétique est l'un de nos seuls vrais espoirs pour demain. Par l'effort d'innovation qu'elle impose, de façon transversale dans tous les secteurs économiques, dans l'organisation même de la société et de l'aménagement urbain, cette révolution invite à changer de modèle de croissance, non pas pour la faire disparaître, comme le rêvent encore les ultras de l'écologie, mais pour la rendre « renouvelable », plus sobre et plus responsable.

Pour y parvenir, il faudra contourner quelques « vaches sacrées » et cesser de se focaliser sur le seul nucléaire. Créer, enfin, une vraie écotaxe, qui ne peut se résumer à feu la « taxe carbone » de Nicolas Sarkozy, trop discriminatoire. Et ouvrir le secteur de l'énergie à la concurrence en accompagnant la fin des vieux monopoles, à commencer par celui d'EDF, qui a beaucoup fait pour bloquer, par son conservatisme, le tournant énergétique. C'est la responsabilité du régulateur (de l'électricité comme de la concurrence) que de forcer le pouvoir politique à avoir le courage d'affronter l'opinion. Quitte à agir par ordonnances pour aller plus vite ? Et pourquoi pas...

Editorial publié dans La Tribune Hebdomadaire du 22 mars 2013 - Dossier sur "L'impossible transition énergétique ?".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/05/2013 à 22:41 :
a kakech : le nucléaire est très nettement plus subventionné que les les ENR : RECHERCHE: 1,4 milliards en 2010 pour le nucléaire, 70 millions pour les ENR; ASSURANCE: c est le CONTRIBUABLE qui paiera les 430 milliards en cas d accident; DEMANTELEMENT : 3 milliards par réacteur en grande Bretagne et 6 fois moins chez nous ? EDF compte sur qui pour payer la différence ? DECHETS: prévenez vos arrière-arrière-...arrière (à répéter 4000 fois) petits enfants qu on leur laissera un petit cadeau. Le pire, c est que même avec toutes ces subventions les ENR sont quand même DEJA moins chères : éolien 65E/MWh, solaire 40 E/MWh en Espagne, Flamenville : 100 à 130 E/MWh. Quant aux Chinois, ça fait longtemps qu ils ont compris l intérêt des ENR, leur production éolienne dépasse leur production nucléaire !
a écrit le 18/04/2013 à 19:37 :
les américains, chinois, et autres indiens doivent se marrer de nous voir nous exciter sur une transition énergétique ruineuse en l'état actuel des technologies et moyens de production censés pouvoir assurer notre futur énergétique .
L'invocation du risque nucléaire, du réchauffement climatique, de la raréfaction des ressources fossiles , ne tient pas face aux nécessités économiques actuelles et à une concurrence mondialisée où seule la loi du plus fort prévaut. Les puissances politiques et économiques précitées n'ont pas du tout envie de réduire leurs consommations d'énergie nucléaire,énergies carbonnées pétrole, charbon,gaz,biomasse,tant qu'elles présenteront un avantage compétitif déterminant pour leur développement .
Alors ne soyons pas les dindons de la farce en acceptant un sacrifice idiot et très dangereux pour notre compétitivité industrielle et pour le pouvoir d'achat des français .
Il faut arrêter de subventionner l'éolien et le photovoltaïque ,mais plutôt développer la recherche de pétrole et gaz dans nos zones maritimes, ouvrir l'exploitation des gaz de schistes sur notre territoire, améliorer l'isolation thermique des bâtiments et optimiser la régulation des systèmes de chauffage,aider les industriels à améliorer les rendements des moteurs et autres appareils thermiques , développer la recherche appliquée sur des technologies encore expérimentales comme la pile à combustible.
a écrit le 25/03/2013 à 19:53 :
A quoi sert cet article...?
Réponse de le 26/03/2013 à 1:04 :
Pour moi cet article ne sert à rien puisque la Nomenklatura Radioactive (qui n'est jamais passée devant les urnes) décide seule toute notre politique de l'énergie sans jamais consulter la population depuis 40 ans. Ca doit bien faire rigoler le Village Nucléaire de voir toute cette parodie de démocratie à propos de la Transition Energétique qui ne verra jamais le jour en France ! La Mafia du Corps des Mines veut qu'on reste dans l'Atom-Cratie jusqu'au grand feu d'artifice, aucun politicien ni activiste écolo n'y changera rien, le systeme est completement verrouillé et vérolé.
Réponse de le 26/03/2013 à 7:52 :
Je me posais la même question!
Réponse de le 26/03/2013 à 14:09 :
Ben vous voyez bien que cet article ne sert à rien puisque c'est le titre du dossier écrit en bas de l'article "L'impossible transition énergétique ?"
a écrit le 25/03/2013 à 19:18 :
Pourquoi se focaliser encore et toujours uniquement sur l'électricité quand on a construit une société basée sur la sur consommation avec des consommateurs et des entreprises championnes du jetable???? Des capsules pour le café aujourd'hui et des capsules pour les boissons à bulles pour demain!!! Mais de qui se moque t'on!!! Ces entreprises sont des parasites qui créent des marchés captifs dont le consommateur devient otage!!!! L'extraction du pétrole est une chose son bon usage en est un autre!!!!!
a écrit le 25/03/2013 à 18:24 :
Depuis plus de 10 ans l'Association www.negawatt.org a indiqué comment mettre en place la sobriété énergétique en France. Résultat = zéro, tout le monde s'en fout. Les Français ne voient pas plus loin que leur bout du nez, du moment que l'électricité est pas cher ils ne feront aucun effort. Et comme la religion nucléaire est basée sur le principe de l'électricité vendue à perte, y'a aucune chance que l'on sorte de cette spirale infernale.
Réponse de le 25/03/2013 à 18:42 :
yes ! La seule issue c'est un Fukushima chez nous, merci à EDF et Areva d'avoir si bien préparé la mise en scène.
a écrit le 25/03/2013 à 15:08 :
Le systeme de production électrique Français est d'une grande perversion: sont but est de tromper les usagers en baissant frauduleusement le prix de l'électricité (pour cela il suffit de sou- évaluer les couts de démentellement, de stockage et surtout de ne pas prévoir une assurance accident qui se chiffre entre 400 et 5000 milliards d'euros). Résultat: la France est une véritable droguée de l'électricité, notre consommation augmente de 2% par an alors qu'en Allemagne, ou le signal prix est élevé, elle diminue de 2% par an. Le lobby nucléaire ayant sabordé toutes les alternatives à son oligopole (économies d'énergie, enr), cette escroquerie va se terminer par un désastre: ou bien on aura une catastrophe nucléaire qui nous ruinera ou bien ça sera la faillite d'EDF, Areva and co (entreprises d'état) qui n'ont toujours pas compris que les ENR vont vite devenir moins cher que le nuc et donc se généraliseront bientôt partout sans qu'ils ne puissent s'y opposer.
Réponse de le 25/03/2013 à 15:42 :
En effet c'est pas la peine disserter sur le "signal prix" ou de motiver la population pour qu'elle fasse des "économies d'énergie" si on continue à maintenir artificiellement bas l'électrcité nucléaire. Les drogués apprécient toujours de trouver de la came pas cher...jusqu'à leur mort par overdose.
a écrit le 25/03/2013 à 15:07 :
Dommage, l'article commence par une analyse assez rationnelle de la situation pour se terminer par une solution passant par la fin du monopole d'EDF, comme si celui-ci existait encore.....et comme s'il fallait toujours trouver un coupable à tous les problèmes rencontrés.
Il me semblait pourtant acquis que les concurrents d'EDF réclamaient une hausse des prix pour devenir compétitifs (sic) et que c'étaient les gouvernements successifs qui limitaient la hausse des prix à un niveau bien inférieur à ce que proposait le régulateur, la CRE.
Alors pourquoi lier cette question absolument hors sujet à la véritable conclusion sur le courage nécessaire et peut-être suicidaire à augmenter les prix ?
Pour rendre l'article plus vendeur ?
Réponse de le 25/03/2013 à 19:32 :
Tout à fait d'accord avec votre opinion sur cet article. On se demande ce que vient faire cet appel idéologique à l'ouverture de la concurrence de l'électricité, qui existe déjà, du moins sur le papier. Dans la réalité, on pourrait dire beaucoup de la loi Nome. Qui oblige EDF à vendre son courant à ses propres concurrents. Un peu comme si l'hypermarché du coin était obligé de vendre ses produits aux petits épiciers du centre-ville, avec au passage, pour rendre l'opération rentable pour tous (sauf pour le consommateur), l'ensemble des prix augmentait de 20 à 30 %. Drôle de concurrence. Pas libre et totalement faussée !
a écrit le 25/03/2013 à 14:55 :
Si le nucléaire devait assurer ses risques, son démantèlement et la gestion de ses déchets à très long terme, le renouvelable serait moins cher. Donc c'est un faut problème. Quant-a l'indépendance énergétique, on est mort de rire, et on entretien une guerre au mali sans que les frais soit imputé sur le tarif de l'électricité alors que l'on protège nos mines d'uranium qui sont situés sur la frontière au Niger.
Réponse de le 25/03/2013 à 15:37 :
Legrand vous résumez bien la situation: le model économique d'EDF n'est rien d'autre qu'une escroquerie qui cherche à rendre complices ses victimes en leur redonnant une petite partie du butin volé. Les vrais perdants sont nos enfants qui seront ruinés par le fardeau des déchets radioactifs et/ou d'un accident.
Réponse de le 26/03/2013 à 22:03 :
a legrand : les renouvelables sont DEJA moins cher ! (65 ? le MWh éolien, 82 le MWh solaire > 100kW contre plus de 100 ?/MWh EPR; si on intègre la recherche, l'assurance et le démantèlement, les ENR sont également moins cher que le vieux nucléaire). Quant à qui paiera l'addition, avec une demi vie de 22 000 ans pour le plutonium, il faudra 100 000 ans pour avoir une réduction de la toxicité des déchets. Donc, ce ne seront pas vos enfants, mais vos arrière -arrière -arrière etc( à répéter 4000 fois) petits enfants qui paieront.
a écrit le 25/03/2013 à 14:48 :
L'auteur prétend que l'életricité française donne un avantage compétitif à nos entreprises. C'est faux ! En Allemagne c'est uniquement les consommateurs qui paient plus cher leur électrcité, les entreprises qui consomment beaucoup d'électricité ont des dérogations et adaptations qui leur permet souvent de payer leur électrcité moins cher que leurs concurrents Français .
Réponse de le 25/03/2013 à 15:56 :
Nos Apparatchiks du nucléaires préfèrent faire pleurer dans les chaumières Française en parlant des "malheureux Allemands qui se font pigeonner" par les ENR ou lieu de nous montrer la réalité: la population Allemande soutient à 80% la transition énergétique et c'est elle qui la porte puisque 70% de investissements dans les ENR sont fait par les particuliers, les agriculteurs et les petites entreprises. Le deal des Allemands que nos zélés technocrates sont incapables de comprendre est le suivant: la population supporte l'essentiel des coûts de la transition énergétique en faisant de vrais efforts de baisse des consommations, les entreprises continuent à très peu payer pour l'électricité donc elles restent compétitives et maintiennent beaucoup d'emplois et de bénéfices en Allemagne.
a écrit le 25/03/2013 à 14:05 :
En France, 40% de l'électricité consommée peut être économisée. En 2007, la France a consommé 433 TWh d'électricité (consommation finale). Le chauffage (résidentiel/tertiaire et industriel) a utilisé 138 TWh. L'éclairage et la réfrigération ont utilisé environ 86 TWh.
Au total, le chauffage, l'éclairage et la réfrigération ont utilisé 224 TWh d'électricité soit 52% de l'électricité utilisé en 2007.
Avec l'isolation, les chaudières biomasses, les chauffe-eau solaires, l'éclairage basse consommation et la réfrigération par stockage de froid la nuit.. la France peut économiser environ 170 TWh (Soit 15 fois la production de Fessenheim).
Et, en même temps, réduire de 50% la consommation de gaz naturel car, en France, 50% du gaz naturel est utilisé pour le chauffage (donc l'eau chaude sanitaire) dans le secteur résidentiel et tertiaire.
Réponse de le 25/03/2013 à 14:14 :
Yaka ?
Réponse de le 25/03/2013 à 14:36 :
D'où sortent ces beaux chiffres ? De la cervelle embrumée de quelques écologistes chevelus dont le crâne chauffe trop pour prendre le temps de réfléchir et de se rendre compte que les choses changent lentement ?
Réponse de le 25/03/2013 à 14:59 :
Quelques chiffres - Dans le monde, l'éclairage consomme 3 418 TWh par an. Selon une étude de l?Agence internationale de l'énergie, le potentiel d'économie est de 2 217 TWh par an, soit 5 fois la consommation française d'électricité. (Voir World Electricity Consumption for Lighting by Sector and Potential Electricity Savings, 2005).
- Le Centre Hospitalier de Valenciennes économise 50% d'énergie sur la climatisation grâce au stockage de froid la nuit. - L?Hôtel Golden Tulip à St?Priest (près de Lyon) utilise, pour le chauffage, une pompe à chaleur sur eaux usées qui consomme 6 à 7 fois moins d'électricité qu'un chauffage électrique.
Réponse de le 25/03/2013 à 14:59 :
Quelques chiffres - Dans le monde, l'éclairage consomme 3 418 TWh par an. Selon une étude de l?Agence internationale de l'énergie, le potentiel d'économie est de 2 217 TWh par an, soit 5 fois la consommation française d'électricité. (Voir World Electricity Consumption for Lighting by Sector and Potential Electricity Savings, 2005).
- Le Centre Hospitalier de Valenciennes économise 50% d'énergie sur la climatisation grâce au stockage de froid la nuit. - L?Hôtel Golden Tulip à St?Priest (près de Lyon) utilise, pour le chauffage, une pompe à chaleur sur eaux usées qui consomme 6 à 7 fois moins d'électricité qu'un chauffage électrique.
a écrit le 25/03/2013 à 12:46 :
Faudrait arreter de déconner ... Si l'energie augmente vous allez avoir une révolution car les français sont fatigués de se faire traire par idéologie ...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :