Avec le télétravail, travaillons en circuit court !

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Comme notre législation a avancé vers un droit au télétravail, elle devra garantir à l'avenir un droit au travail en présentiel. La valeur ajoutée générée par la diminution des charges fixes de locations des locaux devra être redistribuée aux salariés.
Comme notre législation a avancé vers un droit au télétravail, elle devra garantir à l'avenir un droit au travail en présentiel. La valeur ajoutée générée par la diminution des charges fixes de locations des locaux devra être redistribuée aux salariés. (Crédits : AdobeStock)
OPINION. Alors que la Convention citoyenne pour le climat se saisit du télétravail comme vecteur de transition écologique, et que les articles décrivant le mal-être des télétravailleurs se multiplient, nous préconisons une solution permettant d’allier les avantages du télétravail et les droits des télétravailleurs. Par Paula Forteza, co-présidente du groupe parlementaire Ecologie Démocratie Solidarité, Députée des Français d’Amérique Latine et des Caraïbes.

Le confinement a produit une révolution : l'essor massif et généralisé du télétravail en un temps record. En quelques jours, 36% des actifs, du public comme du privé, l'ont adopté. Nous ne mesurons pas encore les transformations à terme de ce changement de l'organisation du travail. Cette question suscite débats et intérêts, comme le suggère l'occurrence des propositions enregistrées sur la plateforme "le Jour d'Après". Mais, demain, le télétravail ne sera plus synonyme de confinement. Et ne devra pas nécessairement se tenir à domicile. Nous proposons la prise en charge par l'employeur de postes de travail dans des espaces partagés, permettant une nouvelle géographie du travail plus décentralisée.

Le télétravail entre bien-être collectif et mal-être individuel

Le télétravail est, de toute évidence, un accélérateur de la transition écologique : il rapproche lieu de travail et lieu de vie et permet ainsi de réduire l'empreinte carbone associée à nos trajets. 50% des actifs vivent à plus de 15km de leur lieu de travail. Cette distance s'est allongée de 2km en 20 ans, faisant augmenter le nombre de "navetteurs" à 64% (+6 points). Autre indicateur : plus du quart des déplacements en avion sont liés à des motifs professionnels.

Mais le télétravail s'est aussi révélé être un catalyseur des inégalités à la fois économiques et sociales. Tout d'abord, quels sont les métiers qui permettent le télétravail ? S'agit-t-il des emplois les plus fortement diplômés, les mieux rémunérés ? Par ailleurs, alors que 70% des tâches domestiques sont assurées par les femmes, certaines d'entre elles se sont retrouvées proches de l'épuisement total, devant concilier au même moment et dans le même espace des responsabilités professionnelles et familiales. Se pose enfin la question du logement : télétravailler dans 20m2 ou 120m2, avoir ou pas un équipement adéquat chez soi, ne conduit pas aux mêmes conditions de travail ni à la même productivité.

La numérisation de l'ensemble de nos relations professionnelles signerait aussi la fin de la socialisation par le travail. Isolés derrière leur ordinateur, la relation de subordination du télétravailleur à l'employeur prend une toute autre dimension en créant de surcroît de nouveaux risques psycho-sociaux. Un sondage réalisé le 20 avril dernier par OpinionWat montrait que 44% des télétravailleurs interrogées se disaient en situation de "détresse psychologique". Rappelons à cet égard que 14% des couples se forment sur le lieu de travail (soit plus que lors des études, dans les discothèques ou sur des applications).

Certaines grandes entreprises commencent à s'interroger sur le maintien même de l'activité présentielle. Mark Zuckerberg a par exemple affiché l'ambition de mettre en place un télétravail complet pour 50% des employés de Facebook d'ici 10 ans, y voyant la potentialité d'économies majeures en termes d'infrastructures. Si cette impulsion peut créer un fenêtre d'opportunité pour des avancées positives pour l'intérêt général, la généralisation du télétravail ne doit pas se faire dans n'importe quelles conditions.

Comment faire levier sur les avantages du télétravail tout en évitant risques et dérives ?

Le tout à distance n'est pas plus souhaitable que le tout présentiel. Il faut donner la liberté au travailleur de maîtriser son quotidien pour équilibrer son temps entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Comme notre législation a avancé vers un droit au télétravail, elle devra garantir à l'avenir un droit au travail en présentiel.

La valeur ajoutée générée par la diminution des charges fixes de locations des locaux devra être redistribuée aux salariés. Chaque entreprise finance aujourd'hui une partie de frais de transports. Demain, elle pourrait financer une partie de la location journalière d'un poste de travail dans un espace partagé (coworking). L'équipement, les conditions de travail seraient équivalente à celles du siège de l'entreprise. De plus, la rencontre quotidienne entre différents profils et différents projets est un facteur de créativité et d'innovation.

Le télétravail est aussi une opportunité pour repenser le syndicalisme, notamment en rapprochant travailleurs indépendants et salariés, amenés à partager davantage leurs expériences. Télétravailleurs, auto-entrepreneurs, free-lancers, travailleurs de l'ESS, travailleurs des plateformes... : les nouvelles formes de travail appellent à de nouvelles formes de syndicalisme et de socialisation en dehors du cadre de l'entreprise.

Le développement du travail en circuit court, rapprochant domicile et bureaux, peut permettre de construire une nouvelle géographie du travail, plus décentralisée. Un nouvel équilibre territorial, amorcé par l'exode urbaine s'accélérant, pourrait redonner de l'attractivité aux territoires ruraux par rapport aux métropoles. Demain, un territoire redeviendra attractif non pas parce qu'il est uniquement un bassin d'emploi, mais parce qu'il devient un "bassin de services", avec un cadre de vie à taille humaine. Le télétravail peut devenir, a ce titre, la pierre angulaire d'une stratégie politique de relocalisation, appelée de leurs vœux par nos concitoyens.

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Commentaires
a écrit le 29/06/2020 à 10:51 :
C'est à réfléchir et surtout à discuter avec les salariés parce que nombreux préfèrent avoir un lieu fixe mais encore plus nombreux aimeraient cumuler les deux à savoir deux ou trois jours de travail au bureau et deux ou trois jours chez eux, en tout cas une belle occasion pour enfin parler du travail en soi et pour enfin valoriser les salariés les plus motivés.
a écrit le 29/06/2020 à 10:01 :
je suggere que les macons et les electriciens teletravaillent pour eviter le rechauffement boboclimatique

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